Wagner et Mahler par Carlos Païta

par

Richard Wagner (1813-1883) : Le voyage sur le Rhin de Siegfried, Mort de Siegfried & Marche funèbre, extraits de Götterdämmerung ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 « Titan ». Royal Philharmonic Orchestra, Royal Symphony Orchestra / Carlos Païta. Enregistrement : 1982-1983 et 1976, Kingsway Hall, Londres. 76’58” Le Palais des Dégustateurs PDD052

Le Palais des Dégustateurs poursuit inlassablement son travail de mémoire autour de l'immense Carlos Païta, avec le retour de deux gravures de référence d'œuvres de Mahler et de Wagner, parues chez Decca et Lodia, que l'on est ravis de retrouver !

Nous commençons avec des extraits symphoniques du Götterdämmerung de Wagner — « Le Voyage sur le Rhin de Siegfried » et « La Mort de Siegfried & Marche funèbre ». C'est brut, tellurique, d'une violence dans les contrastes, avec un orchestre porté à incandescence. On imagine mal une intégrale de l’opéra menée à ce rythme et avec cette conception, mais c’est une leçon de direction par la puissance dramatique et le charisme de la baguette. La prise de son est assez mate, mais elle renforce la force démoniaque de cette lecture d'un Wagner « sous acide » qui se perd dans un tableau expressionniste.

Curieusement, Païta n’a enregistré que cette seule Symphonie n°1 de Mahler, pourtant cette musique de chef était taillée sur mesure pour son énergie. Dès lors, il faut se régaler de cette « Titan ». On n'est pas ici dans un éveil de nature dans le "Langsam, schleppend" initial, ou dans la recherche d’une poésie de danses campagnardes dans les mouvements médians, le chef avance dans un geste alliant la force à la gravité, ouvrant l’esprit mahlérien vers une noirceur totale comme évadée d’un cauchemar symboliste. Rarement cette symphonie n’aura autant sonné comme un sabbat de sorcières berliozien dans le traitement de l’abrasivité orchestrale. Encore une fois, le travail sur les contrastes dynamiques fabuleusement explosifs et des transitions thématiques est d’une virtuosité magistrale. Païta conserve une acidité des timbres, renforcée par la prise de son d’origine Decca. C’est un parcours mahlérien atypique, mais c’est une vision de chef personnelle et évidemment convaincante.

Encore une fois, un album pour les amoureux de la direction, un album qui, près de 50 ans après son enregistrement, a encore la puissance des propositions clivantes mais passionnantes qui constituent l’ADN de ce chef hors normes.

Son : 8 – Livret : 7 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

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