Le Bach impressionnant de Johanna Martzy 

par
0126_JOKERJohan Sebatian BACH (1685 - 1750) Sonates et Partitas pour violon seul, BWV 1001-1006 Johanna Martzy 2016 (enregistrements 1954 et 1955) - ADD- CD 1: 66’39, CD 2: 73’53 - Textes de présentation en allemand et anglais - Profil Hänssler PH 15036 La rareté des enregistrements de Johanna Martzy (née en 1924, elle n’enregistra commercialement qu’entre 1950 et 1955, même si l’on trouve sur cd des rééditions de captations radio ultérieures) et l’espèce de semi-oubli qui a suivi une carrière freinée d’abord par la guerre, et ensuite par des vicissitudes privées (en ce compris une semi-retraite entre 1956 et le début des années 60), puis la mort de l’artiste -jeune encore- en 1979 d’un cancer, ont fait que -si on exclut quelques connaisseurs qui ont entretenu sa légende- elle n’a pas eu droit à une gloire digne de son talent. Et l’on ne peut qu’espérer que la présente réédition des Sonates et Partitas de Bach que la violoniste hongroise grava pour Columbia à Londres en 1954 et 1955 (déjà disponibles précédemment chez Testament et rééditées également il y a quelques années par EMI dans un coffret reprenant également les Suites pour violoncelle seul de Bach sous l’archet de Janos Starker), et offertes ici dans un très bon son mono remarquablement restauré, convaincra le plus large public possible des exceptionnelles aptitudes de violoniste et, plus encore, de musicienne de Johanna Martzy. Dès les premières notes de l’Adagio qui ouvre la Première Sonate, on une peut manquer d’être conquis par la maîtrise intellectuelle et musicale de Martzy qui donne de ce mouvement une version qui subjugue de bout en bout. Ici, comme tout au long de cette magistrale gravure, on ne peut qu’admirer la beauté et l’ampleur du son ainsi que l’infaillible contrôle de l’intonation et la subtilité rythmique de l’interprète. Martzy aborde ensuite la Fugue avec une ampleur symphonique, un dramatisme et un sens du discours vraiment hors du commun. Quant à la Sicilienne, prise dans un tempo sans doute trop lent pour nos oreilles désormais habituées à l’approche des baroqueux (même si en revanche la Sarabande de la Première Partita est particulièrement rapide), elle est véritablement hypnotique (mais ce n’est plus une danse). Quant au Presto conclusif, il est brillamment enlevé. Il n’est sans doute pas nécessaire d’aborder l’interprétation de chacune des oeuvres en détail, mais on aura compris qu’on se situe ici au plus haut niveau. Par rapport aux contemporains de Martzy, on pense souvent à Kogan pour l’infaillibilité technique et la rigueur , à Oistrakh pour la sérénité et la richesse du son ainsi qu’à l’ardeur de Ginette Neveu (et on y ajoutera un peu de l’honnêteté foncière de Grumiaux, dont elle n’a pas toutefois la grâce). Mais que de perles dans cette magnifique version: l’Andante de la Deuxième Sonate, murmuré sur le ton de la confidence et qui instaure une ambiance magique, ou encore l’esprit et l’élan (sans parler de la justesse parfaite) avec laquelle l’artiste aborde l’Allegro final de cette oeuvre. Quant à la monumentale Chaconne de la Deuxième Partita, Martzy en offre ici une version noble et altière qui, dans une progression inexorable, captive de la première à la dernière note, laissant l’auditeur stupéfait. On saluera tout autant la construction patiente et sans faille, ainsi que la façon exemplaire dont Martzy gère la tension dans la grande Fugue de la Troisième Sonate. Et dans la Troisième Partita, que dire de la grâce ineffable de la Loure et de la Gavotte finement dansante , et qui surprendra certainement agréablement plus d’un tenant de l’authenticité? On aura compris qu’on est face ici à une réalisation de premier plan au niveau des plus belles réussites dans ce répertoire (Grumiaux pour les grands classiques, Isabelle Faust pour la génération actuelle). Patrice Lieberman Son 8 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10 bam-button_142

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