L'émotion orchestrale à l'état pur

par
Christian Arming

La 8e Symphonie d'Anton BRUCKNER 
Une exécution de la huitième symphonie de Bruckner constitue toujours un événement. Apothéose de la symphonie romantique, monument orchestral absolu, il s'agit de la plus longue oeuvre du compositeur (80'). Entreprise dès 1884, elle ne fut créée, par Hans Richter, qu'en 1892, après  bon nombre de remaniements, et avec un très grand succès : ce fut d'ailleurs le sommet de la carrière publique de Bruckner.

Réincorporant certains passages supprimés, le musicologue Robert Haas édita une nouvelle version en 1935 : c'est cette version que l'on offrit ce soir, dans la grande salle Henry Le Boeuf du Palais des Beaux-Arts, à Bruxelles, devant un public attentif et passionné, mais qui aurait pu être plus nombreux. Directeur musical de l'OPRL depuis 2011, le chef autrichien Christian Arming possède un don exceptionnel : celui d'exprimer le climat de l'instant à chaque moment de son interprétation. Dès l'entrée des cors au début, l'ambiance était installée, l'auditeur se sentait comblé : il était dans la symphonie, parti pour une superbe aventure de plus d'une heure. Certes, l'emphase nécessaire était présente, mais les accalmies aussi : Arming maîtrise parfaitement ce sens de l'alternance essentiel chez Bruckner. L'exaltation succède toujours au recueillement, les chorals de cuivres aux doux tapis des cordes : une symphonie de Bruckner s'apparente à la lecture d'un long roman à épisodes. Cette respiration est essentielle au scherzo, dirigé par les baguettes du timbalier, et charmé par les deux harpistes. Harpistes aussi présentes dans l'admirable adagio, d'une rare élévation, dominé par le velouté des cordes. L'intense spiritualité de ces instants magiques est magnifiée par l'écriture splendide des "Wagner-tuben", sans oublier les deux fameux - et uniques - coups de cymbales ! Entonné par les cuivres (dont des cors tristanesques) et les timbales, soutenu par l'ensemble vigoureux des contrebasses, le finale dépeignait bien ce portique ample et majestueux qu'on aime attendre. Et c'est avec joie et émotion que le public a pu vivre ce sentiment intense de montée presque insoutenable vers la coda, grandiose.
Bruno Peeters
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 30 mars 2017

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