Toute la grandeur de Rachmaninov

par
Rachmaninov

Sergueï RACHMANINOV
(1873 - 1943)
Trio élégiaque n° 1 en sol mineur - Trio élégiaque n°2 en ré mineur op. 9
Alan James Ball (piano), Bernard Mathern (violon), Elisabeth Beaussier (violoncelle)
2017-DDD-59'30''-Textes de présentation en français et en anglais-Calliope CAL1743

Le "Trio Elégiaque" est un genre privilégié de la musique de chambre russe. En 1882, Tchaikovsky composait son magnifique opus 50 dédié à Nikolaï Rubinstein; en 1944 Chostakovitch mettait en chantier son opus 67 à la mémoire de son ami, le musicologue Ivan I. Sollertinsky. En 1893, c'est la mort brutale de Tchaikovski, le 25 octobre, qui incita Rachmaninov, sous le choc, à se lancer le jour même dans son 2e Trio élégiaque, oeuvre monumentale de 45 minutes (19' pour le seul premier mouvement, plus de 18' pour le second et un peu plus de 8' pour le troisième). Il revisa son oeuvre en 1903 et en 1917, version éditée seulement en 1950. Oeuvres d'un jeune homme de vingt ans, le 2e Trio comme le 1er, en un seul mouvement, sont déjà indubitablement signées : sombre tapis de cordes d'où va se détacher le large thème mélodique au piano, motifs récurrents, épisodes noirs et tourmentés, fulgurances virtuoses, contrastes de dynamique et d'humeurs dans les variations du 2e mouvement du 2e Trio, une musique totalement pénétrée de cette Sehnsucht, ce terme intraduisible pour signifier ce désir de l'inatteignable. 
Les musiciens réunis ici ne forment pas un trio constitué mais il est évident qu'une profonde intimité les unit. Ils s'écoutent, se répondent, trouvent l'émotion juste, créent ensemble les tensions et les détentes, chantent amoureusement les mélodies qui s'enchaînent tout naturellement pour livrer la grandeur de Rachmaninov trop longtemps décrié pour son côté "chocolat chaud" quand certains artistes se l'approprient malheureusement ainsi. En février, Gidon Kremer, avec Daniil Trifonov et Giedre Dirvanauskaite proposait ces deux Trios chez DG (Joker). En 1984, le Trio Borodin en donnait une vision mémorable chez Chandos. Cette nouvelle version Ball/Mathern/Beaussier trouvera sa place aux côtés de ces deux références. Un bémol toutefois : une prise de son assez réverbérante. Dommage. 
Bernadette Beyne

Son 7 - Livret 7 - Répertoire 10 - Interprétation 10 

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>