250 ans d'histoire et de musique à Pittsburgh. Dvořák et Simon, deux lectures de l'esprit américain

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Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 en mi mineur, op. 95, B. 178, « Du Nouveau Monde » ; Carlos Simon (né en 1986) : Four Black American Dances. Pittsburgh Symphony Orchestra, direction : Manfred Honeck. 2025 — Live (Heinz Hall, Pittsburgh, février 2025) — Livret en anglais — 58'51 — 1 SACD Fresh! / Reference Recordings FR-769SACD.

Le nouvel enregistrement du Pittsburgh Symphony Orchestra dirigé par le toujours excellent Manfred Honeck a le bon goût de ne pas se présenter comme un simple objet de catalogue discographique. En réunissant la Symphonie n° 9 de Dvořák et Four Black American Dances de Carlos Simon, il construit un vrai programme, pensé comme une confrontation de deux visions de l'Amérique plutôt que comme un couplage de circonstance. Capté en live au Heinz Hall en février 2025 et publié par Reference Recordings en ce mois de juillet 2026, l'album bénéficie d'une prise de son ample et lisible qui sert parfaitement la pâte orchestrale du Pittsburgh Symphony.

Chez Honeck, Dvořák n'est jamais traité comme un monument à contempler à distance. Le chef privilégie une lecture nerveuse, claire, d'une grande tenue de ligne, où le discours avance sans emphase inutile. L'orchestre répond avec ce mélange de puissance et de souplesse qui permet à la symphonie de garder son souffle sans perdre sa netteté.

Le premier mouvement, Adagio – Allegro molto, installe d'emblée une tension intérieure plutôt qu'un effet de grand large et conserve tout du long cette même discipline, avec une énergie qui ne déborde jamais du cadre. Le Largo, souvent victime d'une sentimentalité trop appuyée, trouve ici une noblesse plus simple, plus chantée, plus humaine. Le Scherzo ne perd pas en légèreté, au contraire, une mobilité presque dansée s'en dégage. Ces trois mouvements relèvent du grand art. Nous les adorons tout simplement.

L'Allegro con fuoco qui vient conclure l'œuvre évite toute surenchère spectaculaire pour privilégier la cohérence dramatique. On en prend plein les oreilles mais pas à n'importe quel prix ! C'est ce qui fait la force de cette lecture, ce refus du décoratif. Honeck ne revisite pas Dvořák, il le valorise en lui offrant un regard objectif, il l'humanise. Les cris et autres encouragements du chef à ses troupes, discernables ici ou là, nous emportent avec lui.

Four Black American Dances, qui complète le CD, n'est pas une simple « Face B ». La pièce de Carlos Simon accompagne la Symphonie du Nouveau Monde avec une vraie légitimité, et c'est sans doute l'une des grandes qualités du projet. Simon y fait entendre quatre figures de danse — Ring Shout, Waltz, Tap! et Holy Dance — comme autant de variations sur la mémoire, le rythme et la spiritualité.

L'écriture que nous découvrons ici est directe. Elle sait être percussive, dansante, irisée, puis plus recueillie, avec une vraie intelligence des contrastes. L'orchestre de Pittsburgh en tire une lecture nette et tendue, qui fait ressortir la vitalité de la partition sans la réduire en simple pièce de démonstration.

Le rapprochement entre Dvořák et Simon fonctionne parce qu'il ne force rien. Dvořák regarde l'Amérique depuis l'Europe ; Simon parle d'une mémoire américaine intérieure, héritée, vivante. Honeck place les deux œuvres dans un même champ de résonance, et l'on comprend alors que le disque ne cherche pas seulement à séduire, mais à faire entendre deux façons de dire un pays en musique.

C'est là que le programme prend son intérêt : dans cette manière de faire dialoguer un chef-d'œuvre du répertoire et une partition récente sans hiérarchie factice. On n'a pas l'impression qu'une œuvre sert l'autre ; elles se renforcent, chacune révélant chez l'autre un angle inattendu.

La captation live compte beaucoup dans la réussite de l'album. Le son est ample, aéré, bien focalisé, avec des pupitres clairement dessinés et des graves solides. Rien n'est surchargé, rien n'est artificiellement mis en avant, et cela donne à l'ensemble une vraie crédibilité musicale. Cette qualité technique sert directement l'approche de Honeck, fondée sur les équilibres, les respirations et la précision du détail. On entend un orchestre pleinement présent, jamais écrasé, toujours lisible.

Au bout du compte, voici un disque sérieux et franchement réussi. Dvořák y retrouve une fraîcheur sans banalisation, Carlos Simon une visibilité qui ne le réduit pas à l'actualité, et Manfred Honeck confirme une fois de plus qu'il sait donner une cohérence réelle à ses programmes. C'est une parution qui fait du bien en cette période où l'Amérique semble parfois perdre ses repères.

Happy Birthday USA !

Son : 10 — Répertoire : 10 — Interprétation : 10

Bertrand Balmitgère

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