5 albums pour passer la semaine : García-Tomás, Martinů, Elgar — et deux escales argentine et française
1. Raquel García-Tomás : Orchestral Works
Raquel García-Tomás (née en 1984) : Orchestral Works. Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya ; Ludovic Morlot, direction. Référence : 8721466814636.
Ludovic Morlot poursuit son compagnonnage avec les compositrices d'aujourd'hui et signe avec l'Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya un portrait orchestral de Raquel García-Tomás. La compositrice catalane, déjà bien identifiée sur la scène lyrique européenne, déploie ici une écriture orchestrale d'une grande sensualité timbrique, où les textures se construisent par strates et où l'humour n'est jamais absent. Morlot, fidèle à son sens de la clarté et de la respiration, sert idéalement ces pages qui méritent toute notre attention. Une découverte à inscrire au registre des voix qui comptent dans la création d'aujourd'hui.

2. Martinů : The Symphonies
Bohuslav Martinů (1890-1959) : Symphonies n°1 à 6. Bamberger Symphoniker ; Jakub Hrůša, direction. Deutsche Grammophon 00028948678150.
Voilà l'événement martinůien que l'on attendait. Jakub Hrůša, l'un des grands chefs tchèques de sa génération, livre avec son fidèle Orchestre Symphonique de Bamberg une intégrale des six symphonies qui pourrait bien faire date. On y retrouve la nervosité rythmique, les couleurs ambrées des cuivres, ce climat si singulier — entre mélancolie morave et fièvre américaine des années d'exil — qui fait toute la singularité de Martinů. Hrůša ne se contente pas de bien faire : il pense ce cycle dans sa continuité dramaturgique, d'une Première encore néoclassique à une Sixième fantasmagorique. Une intégrale à placer aux côtés des grandes références.

3. Figures argentines
Alberto Ginastera (1916-1983) et arrangements de tangos et milongas. Quatuor Voce ; Pablo Márquez, guitare ; Jean-Baptiste Henry, bandonéon. Référence : 3701624512180.
Le Quatuor Voce a le goût des programmes qui décloisonnent et celui-ci ne fait pas exception. Réunir Ginastera, le bandonéon de Jean-Baptiste Henry et la guitare de Pablo Márquez autour d'une traversée argentine, c'est faire dialoguer la grande tradition du quatuor avec ce qui en constitue, en Amérique du Sud, le terreau populaire — tango, milonga, folklore des estancias. L'équilibre est subtil et l'on évite l'écueil du programme « cross-over » : ici tout sonne juste, vibrant, charnel. Une belle proposition discographique qui rappelle, s'il le fallait, à quel point la musique argentine du XXᵉ siècle est l'une des plus riches du continent.

4. Elgar : Concerto pour violon
Edward Elgar (1857-1934) : Concerto pour violon en si mineur op. 61. Frank Peter Zimmermann, violon ; London Philharmonic Orchestra ; Edward Gardner, direction. BIS 7318599928470.
Frank Peter Zimmermann aborde sur le tard ce monument qu'est le Concerto d'Elgar — partition redoutable, longue, exigeante, où le violoniste doit tenir près de cinquante minutes une tension lyrique permanente. Et c'est précisément cette maturité d'archet qui fait le prix de cette nouvelle version : pas d'effet, pas d'épanchement, mais une intelligence de la phrase et une noblesse de ton qui rendent justice à l'âme édouardienne de l'œuvre. Edward Gardner et un London Philharmonic somptueux accompagnent avec une attention de chambre. Une grande version, à ranger sans complexe aux côtés de Hilary Hahn et James Ehnes.

5. Reynaldo Hahn : Mélodies
Reynaldo Hahn (1874-1947) : Mélodies. Mady Mesplé, soprano ; Dalton Baldwin, piano. Erato 0827568015235.
Réédition bienvenue de ce témoignage précieux qu'est le récital Hahn de Mady Mesplé et Dalton Baldwin. La soprano colorature française y déploie, dans un répertoire qui n'est pas spontanément le sien, une délicatesse de diseuse et un sens du mot qui font merveille dans « À Chloris », « L'Heure exquise » ou les Chansons grises. Dalton Baldwin, accompagnateur d'exception et complice de toujours des grandes voix françaises, tisse autour d'elle un piano d'une rare élégance. Le charme suranné — au sens le plus noble — d'une certaine idée de la mélodie française d'avant-guerre. À redécouvrir absolument.



