Beethoven, piano et pianoforte

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Ludwig von Beethoven (1770 – 1827)
Sonate op. 31 n°2 « Tempête » - Sonate op. 53 « Waldstein » - Sonate op. 57 « Appassionata »
Soo Park, pianoforte
DDA- 72'45 '' - Livret de présentation en français et en anglais – 2014 -Hérisson – LH10

Sonate op. 28 « Pastorale » - Sonate op. 31 n°1 - Sonate op. 53 « Waldstein »
Jonathan Biss , piano
DDA – 70'33''- livret de présentation en anglais, allemand, français – 2013 - ONYX 4115

Voici deux enregistrements consacrés aux sonates pour piano de Beethoven. L'un par Soo Park, l'autre par Jonathan Biss avec la Sonate op. 53 « Waldstein ». Les objectifs sont néanmoins différents. Le disque de Biss est le troisième volume de ce qui sera probablement une intégrale. Soo Park quant à elle a enregistré sur pianoforte. Elle nous rappelle d'ailleurs que le corpus des sonates pour piano de Beethoven s'étend entre 1794 et 1821. Il faut bien garder à l'esprit que la facture du piano était en pleine évolution. Beethoven était d'ailleurs un des compositeurs qui poussaient la technique et les ressources de l'instrument jusqu'à ses extrêmes limites, contribuant à l'évolution organologique. Soo Park a choisi pour cet enregistrement des sonates écrites entre 1801 et 1806 en les replaçant dans leur contexte instrumental qui a vu naître le pianoforte de Jakob Weimes. Elle joue sur un pianoforte issu de la collection de Petr Sefl à Prague, typique du début du XIXe siècle : construction légère, faible enfoncement du clavier, genouillères au lieu des pédales mais déjà 6 octaves et trois cordes par note assurant plus de puissance. Une écoute comparative de cette même sonate permet de prendre conscience à la fois des nouvelles capacités de l'instrument que Beethoven s'empresse d'exploiter mais aussi de ses limites et de la voie d'améliorations à suivre pour les facteurs. Le piano d'époque sur lequel joue Soo Park présente déjà une partie medium ample et ronde. Les basses n'ont pas encore la profondeur et la force de nos pianos modernes. La partie aiguë propose une sonorité très éloignée : son mat et très peu de prolongement. Si le piano réagit bien dans les moments virtuoses, il est par contre malaisé de conduire une phrase en valeurs longues tant les sons disparaissent rapidement. Il est aussi très intéressant de comparer la pédalisation de ces deux versions a priori plus adaptée au piano d'époque. Soo Park indique d'ailleurs qu'elle a entrepris un travail de recherche dans les manuscrits et les partitions autographes afin de satisfaire autant que faire se peut la volonté du compositeur. Concernant les prestations individuelles de cette redoutable sonate, il faut convenir qu'aucune de ces deux versions n'est pleinement convaincante même si Soo Park tire mieux son épingle du jeu que Jonathan Biss. Si les qualités pianistiques et virtuoses sont évidentes, la prestation de ce dernier souffre d'une instabilité de tempo pas toujours justifiable ni cohérente. Les rubati sont souvent mal construits et systématiques. Certains détails de la partition disparaissent ou des choix de pédale modifient la nature du phrasé. Soo Park est plus stable et plus proche du texte. Le mouvement lent est conçu par Beethoven comme l'introduction du rondo. Cette partie est musicalement très difficile du fait du tempo adagio molto voulu par le compositeur. Biss est trop lent, il perd à la fois la structure du 6/8 et la direction naturelle de la phrase par certains temps systématiquement posés et des appuis malvenus. Le rondo attire l'attention sur l'utilisation de la pédale. En effet, Beethoven demande des pédales très longues (parfois sur 8 mesures) englobant des harmonies différentes. Le rendu du jeu et du piano de Park est intéressant et le texte ne se noie pas dans ces longues pédales. Biss joue le jeu aussi et ne s'en tire pas mal mais il s'écarte du texte à certains moments en ajoutant des pédales là où Beethoven n'en demandait pas.
Beethoven Soo ParkSoo Park interprète également La Tempête qui est globalement convaincante. La sonate Appassionata démontre encore le caractère visionnaire de Beethoven. Son écriture dépasse les limites de l'instrument. On est tout de même dérouté par cette version sur pianoforte. Si le témoignage historique est apprécié à sa juste valeur, le chef d'oeuvre n'atteint pas sa plénitude. On n'en est que plus frappé par le génie du compositeur qui semble avoir conscience que sa musique est en avance sur son temps et qu'on pourra en tirer la quintessence des années plus tard.
La sonate Pastorale op. 28 de même que la sonate op 31 n°1 renforce le sentiment laissé par la sonate Waldstein, à savoir que Jonathan Biss est un pianiste aux qualités indéniables. Néanmoins certaines instabilités ou originalités surprennent. De plus, ses qualités pianistiques ne suffisent pas à conférer à ce disque un statut de «must!».
Michel Lambert

Jonathan Biss
Son 9 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 7

Soo Park
Son 9 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 8

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