A Genève, un magnifique Orchestre Symphonique d'Islande

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Pour la première fois, l’Iceland Symphony Orchestra, qui a été fondé en 1950, se produit en Suisse grâce à l’invitation du Pour-cent culturel Migros qui lui a organisé trois concerts à Genève, Berne et Zürich.  Et c’est sous la direction de la Finlandaise Eva Ollikainen, sa cheffe attitrée et directrice artistique, que s’effectue cette tournée qui a pour soliste l’artiste en résidence, le violoncelliste Kian Soltani, né à Bregenz dans une famille d’origine persane.

Par une page de la compositrice islandaise Anna Thorvaldsdottir, Archora, commence le programme. Présente dans la salle, l’auteure vient sur scène pour expliquer son œuvre au micro de Mischa Damev, le directeur artistique du Service Culturel Migros. Le mot archora est la fusion de deux mots grecs anciens, archè, signifiant début, origine, principe et chôra, espace ou réceptacle. Elle nous parle d’un monde archaïque aussi familier qu’étrange, statique et en pleine transformation. Et Eva Ollikainen, qui en a assuré la création mondiale avec le BBC Symphoy Orchestra le 11 août 2022 lors des Proms, en dégage la dimension spatiale en accumulant des strates que ponctuent sauvagement les clusters de contrebasse puis la percussion. Les éléments qui semblent se désagréger font table rase devant une avancée du tutti parvenant à une péroraison solennelle soutenue par le tremolo des cordes.

Intervient ensuite Kian Soltani, interprète du Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur op.85 d’Edward Elgar. Par un trait volontairement râpeux, le soliste développe son récitatif, avant d’empreindre le motif du Moderato d’inflexions nostalgiques sur le pianissimo ténu des cordes. Sa sonorité concentrée assouplit les lignes, tout en se mariant au tutti dans un lyrisme généreux débouchant sur un Allegro molto où il semble improviser, tant il se joue des traits les plus périlleux. Par contre, sur un canevas en demi-teintes, l’Adagio est un cantabile à fendre l’âme par ses pianissimi éthérés. Mais une cadenza pathétique concède une fière attaque du Final où la virtuosité cède le pas face à cette nostalgie omniprésente, rendant d’autant plus surprenant le tutti conclusif semblable à un ultime coup de chapeau. En réponse aux hourras du public, Kian Soltani sollicite le soutien du pupitre des violoncelles pour présenter, en ce jour du nouvel an persan, une mélodie populaire ancienne, La Fille de Shiraz, incantation qui fascine l’auditoire.

En seconde partie, Eva Ollikainen propose la plus connue des symphonies de Jean Sibelius, la Deuxième en ré majeur op.43. Dès les premières mesures de l’Allegretto, elle fait émerger un phrasé nuancé comme un flux que dominent les bois, alors que les premiers tutti de cordes semblent tirés à la pointe sèche, avant de se muer en pizzicati d’une rare précision auxquels répondra le lyrisme expressif du cantabile soutenu par les cuivres. Le deuxième mouvement (Tempo andante ma rubato) est parcouru par la progression en pianissimo des contrebasses puis des violoncelles en pizzicato. Le basson l’imprègne d’une anxiété que les cordes divisées ne parviendront pas à dissiper. Le Scherzo (Vivacissimo) est emporté par les cordes virulentes provoquant un pandémonium que tentera d’apaiser le hautbois, le temps d’un trio bucolique, avant la reprise du scherzo. Le Final (Allegro moderato) s’y enchaîne dans ce souffle tragique qu’alimentent les cuivres, tandis que le hautbois s’ingénie à rasséréner un discours qui va s’amplifiant afin de parvenir à une coda aux élans triomphalistes.

Face à l’enthousiasme délirant du public, Eva Ollikainen offre en bis une page méditative du musicien islandais Daniel Bjarnason qu’elle se fait un point d’honneur de lui révéler.

Par Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, 20 mars 2026

Crédits photographiques : Nikolaj

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