Célébrons le printemps avec Strauss, Bruckner et l’Orchestre national de Lyon 

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Âmes sensibles s’abstenir. En convoquant deux chefs-d’œuvre d’un post-romantisme exacerbé, l’Orchestre national de Lyon a fait le pari de l’émotion. Avec les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss et la Quatrième Symphonie d’Anton Bruckner, c’est un programme dense que nous offre la phalange lyonnaise avec à leur tête, le chef d’orchestre franco-suisse, Bertrand de Billy.

Composés entre 1946 et 1948, les Quatre Derniers Lieder mettent en lumière les poèmes de Hermann Hasse et de Joseph von Eichendorff. Ce cycle pour soprano et orchestre transcende la force et la beauté de la nature en créant un lien puissant avec la fragilité de la vie humaine. Pour faire face à ce monument lyrique, il faut une voix riche, qui puisse faire surgir les aspérités de cette partition. Habituée des rôles mozartiens et également familière de la musique de Richard Strauss (et plus particulièrement de La Maréchale du Chevalier à la Rose), la soprano suédoise Maria Bengtsson connaît intimement ce répertoire. Dès le Frühling d’ouverture, sa voix se fond dans l’orchestre pour ne former qu’un seul et même instrument. Les troupes avancent dans la même direction, quitte à trouver la voix parfois peu perceptible dans cette masse sonore. Bertrand de Billy réussit toutefois à maintenir cette profusion musicale pour que la soprano puisse se libérer et émerger de cette vague orchestrale. Son aigu lumineux conjugué à un mezzo pertinemment plus sombre rend justice à la musique de Strauss. Le tempo allant révèle le caractère pastoral et spirituel de ces lieder. C’est une version plus brillante et optimiste que nous propose le chef : ici les vallées sont en fleurs et c’est avec une intense sérénité que la soprano clôt ce cycle dans un Im Abendrot ravissant.

En seconde partie de programme, l’Orchestre s’attèle à l’une des plus populaires symphonies de Bruckner : la Quatrième Symphonie en mi bémol majeur. Créée en 1881 à Vienne, après de multiples révisions (c’est ici la version de Leopold Nowak de 1878-1880 qui est présentée), cette oeuvre surnommée « Romantique » par le compositeur, est empreinte d’un mysticisme troublant. Comme l’indique Bruckner dans sa partition, il nous dépeint ici et là une « cité médiévale », des valeureux « chevaliers » ainsi qu’une « Danse pour le repas de la chasse ». Dès les premières mesures, l’appel magistral du cor de Guillaume Tétu semble émerger des profondeurs d’une forêt obscure. Très sollicités, les cors ont une place quasiment concertante dans cette symphonie et l’ensemble du pupitre l’a bien compris : tout le mystère de cette œuvre réside entre leurs doigts. Dans ce premier mouvement, Bertrand de Billy laisse respirer les lignes, notamment celle des violoncelles et joue des contrastes qu’offre cette musique. L’Andante du second mouvement met quant à lui la lumière sur le pupitre d’altos, qui a à sa disposition l’une des plus belles mélodies de cette œuvre. Entourés des pizzicati des autres cordes, les altos chantent leur leitmotiv tout en maintenant une certaine tension, nous rappelant l’amour que portait Bruckner à Wagner. Dans le célèbre scherzo, les cuivres démontrent des attaques incisives ponctuées par l’énergie champêtre des cordes emmenées par le violon solo de Jennifer Gilbert. Le chef démontre toute la modernité de cette symphonie et réussit à ne pas tomber dans certains pièges. Il évite ainsi une lecture maniérée et trop marquée, notamment grâce à la clarté sonore des vents. Saluons d’ailleurs la flûte d’Emmanuelle Réville et Anna Strbova, hautbois solo, dont leurs lignes confinent à de la musique de chambre. La spiritualité de Bruckner résonne ici remarquablement. Le Finale éblouissant captive par ses tensions dramatiques qui semblent se résoudre dans les dernières mesures. Le mystère est enfin levé et l’Orchestre national de Lyon l’a bien compris.

Le Vendredi 3 avril 2026 à l’Auditorium de Lyon

Marion Guillemet

Crédits photographiques :  Monika Rittershaus

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