La voix solaire de la soprano Rosa Feola pour le volume 7 des mélodies de Donizetti

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Gaetano Donizetti (1797-1848) : Mélodies, volume 7. Rosa Feola, soprano ; Carlo Rizzi, piano. 2024. Notice en anglais. Textes chantés reproduits, avec traductions en anglais. 81’ 27’’. Opera Rara ORR260.

Entamé en 2023, le projet d’enregistrer en huit albums près de deux cents mélodies de Donizetti, peu fréquentées ou inconnues, a fait son chemin. Voici déjà le septième volume, après ceux qui ont été confiés, dans l’ordre, à Lawrence Brownlee, Nicola Alaimo, Michael Spyres, Marie-Nicole Lemieux et Ermonela Jaho. Crescendo a fait écho, en 2025, aux trois premiers volumes, et a reproduit un entretien d’Ermonela Jaho avec Nicola Cattò, traduit de l’Italien, autour des volumes 5 et 6. Cette fois, c’est la soprano Rosa Feola qui officie, avec la complicité, au piano, de Carlo Rizzi, présent tout au long de cette passionnante série. Pour rappel, celle-ci est née, à l’occasion des 50 ans du label Opera Rara, suite à l’édition critique des mélodies par le musicologue anglais Roger Parker (°1951).

Vingt-quatre mélodies habillent ce septième volume, interprété donc par l’Italienne Rosa Feola (°1986), qui a étudié au Conservatoire Martucci de Salerne avec Mara Naddei, puis à l’Académie Sainte-Cécile de Rome, où elle reçut notamment des conseils de Renata Scotto. Cette technicienne accomplie, voix harmonieuse et sensible aux couleurs et aux nuances, s’est distinguée sur les scènes internationales dans Mozart, Rossini, Verdi ou Bizet, mais aussi dans Donizetti. En mai 2024, le public de l’Opéra royal de Wallonie a pu apprécier sa beauté vocale et son legato en Giulietta, dans I Capuleti e I Montecchi de Bellini. 

Dans ce septième volume donizettien, on constate que le compositeur s’est inspiré d’un grand nombre de textes de poètes différents : dix sont d’origine inconnue, cinq de la main du Romain Pietro Metastasio (1698-1782), connu sous le nom de Métastase, qui écrivit des livrets pour Porpora, Caldara, Gluck ou Mozart (Il sogne di Scipione, Betulia liberata). Les autres textes des mélodies trouvent leur source chez Vincenzo Monti (1754-1828), qui traduisit L’Iliade en italien, Leopoldo Tarantini (1811-1882), avocat et librettiste, Giuseppe Regaldi (1809-1883), que Victor Hugo encouragea après l’écriture du Saule de Sainte-Hélène en 1839, Felice Romani (1788-1865), qui rédigea des livrets pour Donizetti, Bellini, Mayr ou Mercadante, mais aussi pour Rossini (Il Turco in Italia) ou Verdi (Un giorno di regno), Aurelio de’ Giorgi Bartola (1753-1798), qui introduisit la littérature allemande en Italie, Carlo Guaita (c. 1800-1850), Carlo Mele (1792-1841), et Armonia dei  Donadei. Une brochette d’écrivains pour un éventail de pages élégantes, touchantes ou dramatiques, au contenu poétique souvent séduisant.  

Le programme, qui s’étale sur un peu plus de deux décennies de composition, contient une série de mélodies de courte ou moyenne durée, dont l’amour ou la passion sont souvent le sujet. Dès la plage 2, apparaît La gondoliera « Vieni, la barca è pronta » (poète inconnu) qui s’inscrit dans l’attrait du XIXe siècle pour une sorte d’exotisme maritime. D’autres pièces de caractère vont suivre, centrées sur des personnages de femmes : La sultana « Là sedeva, sull’erto verone » (texte de Tarantini), dédiée à la soprano Giulia Grisi (1811-1869), qui créa en 1843 le rôle de Norina dans Don Pasquale ; l’exotique et plaisante La Bohémienne « Sono nata in Oriente » (poète inconnu), en trois strophes que Donizetti reprendra dans le final du même opéra ; la virtuose La zingara « Fra l’erbe cosparse », qui date de la période parisienne, ou la sombre La rosa dei sepolcri « Una vergine donzella », d’après Regaldi, ornementation valorisée et piano développé. Des pages où l’aspect sentimental est souvent dominant.

Coup de cœur pour la plage 11, Una tortora innocente, qui doit dater de la fin des années 1820, et est dédiée, entre drame et affectivité, à Virginia Vasselli, fille d’un juriste romain que Donizetti épousa en 1828 et dont l’existence fut brève (elle devait décéder en 1837, à moins de 30 ans), plongeant le compositeur dans une dépression profonde. Un tableau, reproduit dans la notice, montre la beauté fragile de la jeune femme (comme dans les autres volumes de la série, les illustrations abondent). Autre coup de cœur pour la plage suivante : les six bonnes minutes de La fidanzata « No : tu non m’hai tradita ! », mélodie d’un auteur inconnu où il est question d’amour trahi et au sein de laquelle l’accompagnement, plein de finesse, est confié à une harpe, ici jouée par l’Anglaise Sally Price. Attrait particulier encore, pour la plage 22 : Io son farfalla e volo, sur un texte de Carlo Mele (1792-1841), où les évolutions inconstantes d’un papillon, qui évoque aussi la beauté d’une femme, sont traduites par des imitations vocales, avant l’aveu d’amour sincère énoncé par le poète. 

Les mélodies sur des textes de Métastase débutent par une simple et délicate structure strophique des années 1820, Perché, se mia tu sei, et se poursuivent par une justification de l’amour enflammé et des élans du cœur dans D’un genio che m’accende, dans Già presso al termine de’ suoi martiri, ou encore dans Amor tiranno « Perché due cori insieme ». La qualité poétique de ces vers mis tôt en musique conjugue un style adapté et un subtil accompagnement pianistique. On épinglera encore, dans ce programme dont on ne peut tout citer, la ligne vocale délicate de Quando notte sarà oscura (poète inconnu), où la nuit et l’amour sont complices, une pièce dédiée au réputé ténor Giovanni Battista Rubini (1794-1854), qui créa des opéras de Rossini, Bellini et Donizetti. Sans oublier deux mélodies dédiées à Zélie de Coussy, épouse d’un riche banquier parisien qui tenait salon et était proche du compositeur : Il barcaiuolo « Voga, voga, il vento tace » (texte de Tarantini), qui rejoint le côté maritime exotique cité plus avant, et Tu mi chiedi s’io t’adoro (poète inconnu), déclaration d’amour très virtuose.

Nouvelle réussite pour ce volume 7 d’un projet qui va être complété par un dernier numéro, confié à Nicola Alaimo. Ici, Rosa Feola se révèle sensible, voix chaleureuse et affinée, avec un sens de la déclamation qui met bien en valeur les textes. Au piano, Carlo Rizzi se révèle, comme dans chacun des autres numéros de la série, un complice idéal. On peut déjà tirer une conclusion globale très positive de l’ensemble, enrichi par une précieuse documentation et illustré avec goût : l’approfondissement de la connaissance de Donizetti s’en trouve renforcé.

Son : 8,5    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation : 9

Jean Lacroix

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