Thibaudet et Grandy célèbrent Saint-Saëns et Mahler

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo réunissait le chef Elias Grandy et le pianiste Jean-Yves Thibaudet dans un programme consacré à Camille Saint-Saëns et Gustav Mahler.

La soirée s'ouvrait avec le Concerto pour piano n° 5 « L'Égyptien » de Saint-Saëns, l'une des œuvres fétiches de Jean-Yves Thibaudet. C'est Charles Dutoit qui, dès 1986, l'incita à s'intéresser à cette oeuvre, avant de l'enregistrer avec l'Orchestre de la Suisse romande pour le label Decca, dans une version devenue une référence absolue.

Grand voyageur, Saint-Saëns commença à composer ce concerto à Louxor avant de l'achever au Caire. Son sous-titre s'explique par les motifs orientalisants inspirés d'un chant d'amour nubien entendu lors d'une traversée sur le Nil.

Jean-Yves Thibaudet se montre dans une forme particulièrement brillante. Il se délecte du brio et de la complexité pianistique de Saint-Saëns et défend avec une éloquence toute française ce concerto enchanteur, où le soliste est mis en valeur dès l'Allegro animato initial, foisonnant de traits virtuoses. Son jeu apporte clarté, élégance et audace à cette partition chatoyante.

L'Andante constitue le moment le plus mystérieux de l'œuvre, avec son atmosphère orientale faite de syncopes et de degrés altérés. Le piano y produit des effets sonores étonnants, allant jusqu'à imiter le coassement des grenouilles. Ce dépaysement sonore s'achève dans un frémissement des cordes qui semble se dissoudre dans l'air.

Dans le Molto allegro final, Thibaudet fait étinceler l'écriture virtuose avec un toucher d'une brillance exceptionnelle. Ce mouvement effervescent, proche d'un perpétuel tourbillon, s'achève dans un feu d'artifice d'octaves crépitantes.

Thibaudet, Grandy et l'OPMC traversent avec une aisance souveraine les paysages sonores de ce chef-d'œuvre complexe. Une prestation magistrale.

Après une ovation debout, Thibaudet offre en bis un Intermezzo de Johannes Brahms, sobre et profondément émouvant, suivi du Polichinelle de Heitor Villa-Lobos, joué à une vitesse étourdissante.

De retour à Monte-Carlo pour la troisième fois, Elias Grandy confirme une nouvelle fois son immense talent. Cette fois-ci, il s'attaque à la monumentale Symphonie n° 1 « Titan » de Mahler. Le voir diriger relève du privilège : sa fougue, son amour visible des musiciens et sa profonde bienveillance sont la marque des très grands chefs.

La musique de Mahler possède une beauté et une profondeur spirituelle uniques, une véritable explosion de sons et d'émotions. L'interprétation de Grandy se révèle bouleversante, tendre et exaltante à la fois. Il éclaire avec une rare sensibilité les passages les plus intimes de la partition, même lorsqu'ils surgissent au milieu de sombres pressentiments ou de déchaînements orchestraux grandioses.

Par instants, le chef suspend littéralement le temps et nous plonge dans cette humanité profondément mahlérienne, où la fragilité côtoie l'immensité. Elias Grandy semble saisir cette musique dans toute sa vérité, avec une justesse et une intensité remarquables.

Au terme de cette interprétation saisissante, le public réserve à Elias Grandy et à l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo une longue standing ovation, saluant une soirée musicale d'une intensité rare.

Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, dimanche 24 mai 2026

Crédits photographiques : Shervin Lainez 

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