Le Briefing classique de la semaine

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Chères et chers mélomanes,

Semaine marquée par la disparition de David Hockney, qui rouvre rétrospectivement la question d'un héritage scénographique parmi les plus singuliers du dernier demi-siècle. Au-delà du deuil, une mécanique de nominations à très haute altitude — Munich, Helsinki, Pittsburgh — redessine les organigrammes des grandes maisons lyriques et symphoniques. À Copenhague, Kirill Petrenko transforme le Prix Sonning en geste politique en faveur de l'Ukraine, et à Bruxelles, Flagey dévoile une saison 2026-2027 placée sous le signe de la Première École de Vienne. Tour d'horizon des faits qui ont rythmé nos scènes et nos studios, glanés du côté de nos confrères de Pizzicato, Scherzo, The Violin Channel, Slipped Disc et Gramophone, sans oublier notre propre Journal Crescendo.

À la une : David Hockney, le peintre qui voyait l'opéra en couleurs

L'artiste britannique David Hockney s'est éteint paisiblement à son domicile londonien le 11 juin 2026, à 88 ans, un mois avant son quatre-vingt-neuvième anniversaire. La nouvelle, confirmée le lendemain par son agente Erica Bolton, prend dans le monde lyrique une résonance particulière : Hockney aura mené, en parallèle de sa carrière de peintre, une seconde vie d'opera designer parmi les plus marquantes de son temps — onze productions entre 1975 et 1992, de Glyndebourne au Metropolitan Opera, en passant par le Royal Opera House et le Los Angeles Music Center Opera. Tout commence en 1966 au Royal Court Theatre londonien avec Ubu Roi d'Alfred Jarry. Suivront, à Glyndebourne, The Rake's Progress (1975) — esthétique de gravure vivante en hommage direct à Hogarth — et La Flûte enchantée (1978), où il déploie un imaginaire mêlant Égypte ancienne, Renaissance italienne et paysages méditerranéens. La Tate annonçait pour 2027, à l'occasion de ce qui aurait été ses quatre-vingt-dix ans, un dispositif immersif au Turbine Hall de Tate Modern entièrement consacré à ses décors d'opéra, en amont d'une rétrospective au Tate Britain. Notre Journal revient en détail sur cette double carrière et ses zones les plus singulières.

Cascade de nominations : Munich, Helsinki, Pittsburgh

Triple secousse sur la carte des grandes maisons. À Munich, Petr Popelka, 40 ans, devient Generalmusikdirektor du Bayerische Staatsoper à compter de la saison 2029-2030, succédant à Vladimir Jurowski pour un mandat initial de cinq ans. Actuellement chef principal des Wiener Symphoniker depuis 2024-2025 — poste qu'il quittera —, le chef tchèque incarne une trajectoire fulgurante : ancien contrebassiste solo adjoint de la Staatskapelle de Dresde jusqu'en 2019, il aura mis dix ans pour accéder à l'une des plus prestigieuses positions opératiques d'Europe. Le ministre bavarois de la Culture Markus Blume y voit une « idéale distribution » ; l'intendant général Serge Dorny salue « une substance musicale exceptionnelle, accompagnée d'une véritable qualité humaine ».

À Helsinki, le Suomen Kansallisooppera ja -baletti a officialisé le 10 juin la nomination de Dima Slobodeniouk comme chef principal, pour un mandat de quatre ans courant du 1ᵉʳ août 2026 au 31 juillet 2030. Russo-finlandais de 51 ans, formé à l'Académie Sibelius dans la classe de violon d'Olga Parkhomenko puis aux côtés de Leif Segerstam, Jorma Panula et Atso Almila, Slobodeniouk succède à Hannu Lintu. Sa première saison s'ouvrira avec Peter Grimes de Britten à l'automne 2026, après un Requiem de Verdi déjà donné à Helsinki en 2023.

À Pittsburgh enfin, le Pittsburgh Symphony Orchestra annonce une prolongation spectaculaire : le contrat de son directeur musical Manfred Honeck est étendu jusqu'à la saison 2032-2033. Le chef autrichien atteindra alors vingt-cinq saisons à la tête de la phalange — la plus longue durée jamais enregistrée dans une histoire de cent trente-et-un ans, dépassant le record de William Steinberg (1952-1976). Le maire Corey O'Connor a proclamé le 10 juin « Manfred Honeck Day » à Pittsburgh ; l'annonce, faite en grande cérémonie dans le hall de marbre du Heinz Hall, a été saluée par une ovation des musiciens — signe d'une relation qui se présente comme l'une des plus abouties du XXIᵉ siècle entre un chef et son orchestre.

Le geste : Petrenko reverse le Prix Sonning à l'Ukraine

À Copenhague, Kirill Petrenko a reçu le 13 juin, des mains du roi Frederik X, le Prix Léonie Sonning 2026 — la plus haute distinction musicale danoise, dotée d'un million de couronnes (environ 134 000 €). Le chef d'orchestre, directeur musical de la Berliner Philharmoniker depuis 2019, a immédiatement annoncé, dans son discours de remerciement, qu'il reversait l'intégralité du montant à des organisations engagées dans la reconstruction d'opéras, de musées et d'institutions culturelles en Ukraine. Le gala au DR Koncerthuset s'est conclu sur Also sprach Zarathustra de Richard Strauss, précédé de l'Ouverture des Hébrides de Mendelssohn et du Concerto pour piano de Schumann avec Polina Osetinskaïa. Geste rare, dans une saison où la posture des artistes russes face à la guerre demeure objet de débats permanents.

Saison 2026-2027 : Flagey, « Faire face en musique »

À Bruxelles, Flagey a dévoilé sa saison 2026-2027 placée sous l'enseigne de la Première École de Vienne, à l'approche du bicentenaire de la mort de Beethoven. La formule « Faire face en musique » entend interroger le présent à la lumière du passé : Haydn, Mozart, Schubert et Schönberg viennent éclairer tour à tour la figure beethovénienne. Le dispositif central s'articule autour de deux résidences pianistiques. Boris Giltburg y poursuivra, sur deux saisons, son intégrale des sonates de Beethoven dans un format inédit — sonates en première partie, volet symphonique avec le Brussels Philharmonic en seconde (26-27 mars et 4-5 juin 2027). À ses côtés, on retrouvera Mitsuko Uchida, Paul Lewis, András Schiff, Alexander Melnikov, le Quatuor Ébène, ou encore Frank Peter Zimmermann et Dmytro Choni dans un programme reliant Schubert à la Seconde École de Vienne (13 avril 2027). Initiative à saluer : le 300ᵉ anniversaire de Johann Gottlieb Goldberg sera marqué par deux relectures contrastées des Variations — par le TrioFenix (16 octobre 2026) et par le duo de guitares Thibaut Garcia / Antoine Morinière (20 octobre 2026). Les séries Piknik et Entre Chien et Loup accueilleront plusieurs lauréats récents du Concours Reine Elisabeth : Valère Burnon, Uladzislau Khandohi, Mirabelle Kajenjeri, Sergey Tanin, Arthur Hinnewinkel.

Honneurs, conflits, turbulences

Outre-Manche, les Honours List publiées le 13 juin à l'occasion de l'anniversaire officiel du roi Charles III ont distingué plusieurs personnalités musicales. Deux chefs d'orchestre sont nommés Commander of the Order of the British Empire (CBE) : Anthony Negus, directeur musical sortant du Longborough Festival Opera et défenseur opiniâtre de Wagner, et Paul McCreesh, fondateur et directeur du Gabrieli Consort. Le compositeur de musique de film écossais Patrick Doyle reçoit également un CBE. La compositrice Roxanna Panufnik est faite Officer (OBE), et la soprano Louise Alder Member (MBE).

Outre-Atlantique, les remous au Kennedy Center de Washington ne désenflent pas. Le Washington National Opera, qui avait quitté l'institution en janvier dans le sillage de la reprise en main trumpiste, a déposé le 12 juin une plainte réclamant 17 millions de dollars : la maison reproche au Kennedy Center d'avoir utilisé des fonds qui lui étaient destinés — legs, dons fléchés — comme collatéral pour une ligne de crédit, et d'avoir ignoré les demandes répétées de clarification. Le lendemain, 13 juin, le nom de Donald Trump était retiré de la façade du Kennedy Center — épilogue partiel d'une crise qui aura profondément reconfiguré la principale institution culturelle de la capitale fédérale américaine.

À Vienne, l'assemblée générale annuelle du Wiener Philharmoniker du 12 juin a renouvelé sa confiance à l'équipe dirigeante : le violoniste Daniel Froschauer est réélu président pour un quatrième mandat de trois ans ; le contrebassiste Michael Bladerer reste directeur général, le violoncelliste Bernhard Hedenborg trésorier. Le premier flûtiste Karl-Heinz Schütz fait son entrée à la vice-présidence — signal d'une équipe qui se renouvelle à la marge sans rompre la continuité.

Disparitions

Outre la disparition de David Hockney évoquée en ouverture, deux deuils ont marqué la semaine. Le 14 juin, le compositeur russe Vladimir Sapojnikov (80 ans) et son épouse, la musicologue Larissa Vorontsovskaïa (74 ans), sont morts dans un accident à un passage à niveau près de Saint-Pétersbourg, leur voiture percutée par un train. Élève phare de Sergueï Slonimski, Sapojnikov laisse six symphonies et un important corpus de musique de chambre ; Vorontsovskaïa était une présentatrice de concerts reconnue. À Varsovie, le monde du disque pleure également Andrzej Sasin, ingénieur du son et producteur, cofondateur du label Accord et collaborateur régulier de Deutsche Grammophon, Virgin Classics, EMI, Naxos ou ECM ; il avait remporté un Grammy Award en 2012 pour l'enregistrement du Concerto pour cor et de la Partita de Krzysztof Penderecki.

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