Fin de saison symbolique à Monte-Carlo

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L'Auditorium Rainier III est presque complet. Pour le dernier concert symphonique de la saison, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo propose le Concerto pour violon de Tchaïkovski et la Neuvième Symphonie de Beethoven — deux piliers du répertoire, deux œuvres que le public connaît par cœur et qu'il vient pourtant réentendre.

Le violoniste Gil Shaham est un familier de la maison depuis ses débuts monégasques, il y a près de trente ans. Son interprétation se tient à l'écart des lectures démonstratives que cette partition appelle souvent. Dès le premier mouvement, il fascine par la finesse de sa musicalité. Tout semble naturel. Il insuffle à la partition une passion à la fois fluide et ardente, dans une complicité évidente avec l'orchestre et le chef Kazuki Yamada. La clarté et la puissance lumineuse qu'il tire de son Stradivarius « Princesse de Polignac » impressionnent. Son, ligne, expressivité, couleur, justesse, maîtrise du rythme : chaque paramètre est pensé. Rien n'est superflu, chaque note trouve sa place.

La Canzonetta est un moment d'émotion contenue. Les silences qu'il installe suspendent le temps. Dans le finale, sa virtuosité se déploie avec une aisance et un panache irrésistibles. Après une longue ovation et plusieurs rappels, il offre en bis une page de Bach, d'une simplicité bouleversante.

Kazuki Yamada referme sa saison avec la Neuvième de Beethoven — œuvre monumentale réunissant près de deux cents musiciens : l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo au grand complet, le Chœur de l'Opéra de Monte-Carlo, le Chœur d'Enfants de l'Académie Rainier III, et quatre solistes : le ténor Maximilian Schmitt à la voix lumineuse, la soprano Mari Eriksmoen, la mezzo-soprano Catriona Morison et le baryton Johannes Weisser.

L'orchestre et son chef ont grandi ensemble. Après dix années d'une collaboration intense, cette Neuvième prend une dimension particulière. Chaque mouvement révèle sa clarté propre et contribue à l'architecture d'ensemble. L'engagement des musiciens, leur confiance dans le chef, leur implication dans le projet sont palpables.

Le premier mouvement surgit dans une atmosphère sombre, presque inquiétante. La musique naît du silence avant de déployer une poussée irrésistible de matière sonore. Le deuxième est un tourbillon d'énergie, une danse vertigineuse traversée d'une vitalité presque sauvage. Après cette effervescence, le troisième mouvement ouvre un espace de paix où le temps se suspend : Beethoven y dessine un monde intérieur, une vision quasi céleste, sa représentation musicale de l'Élysée.

Vient enfin le finale, célébration de l'humanité. Après l'intervention du baryton — « Freunde, nicht diese Töne! » (« Amis, pas ces sons ! ») —, solistes, chœur et orchestre s'unissent pour porter l'Ode à la joie de Schiller. « Seid umschlungen, Millionen! » (« Soyez embrassés, millions ! ») devient alors appel à la fraternité et à l'unité.

Les timbres de l'orchestre se fondent avec harmonie, les voix du chœur déploient une finesse rare et les quatre solistes apportent leur richesse expressive. Kazuki Yamada dirige avec maîtrise et intensité. Il fait respirer les mélodies, révèle les couleurs de chaque pupitre, donne au rythme une force qui ne faiblit jamais. Sa direction allie précision, élégance et profondeur. L'ampleur du projet, l'engagement de tous, l'exigence musicale déployée s'imposent. L'équilibre entre pupitres laisse chaque détail trouver sa place jusqu'au finale, grandiose et électrisant.

À l'écoute de cette musique, le message de Beethoven demeure plus actuel que jamais : par-delà les différences, les hommes sont réunis par une même aspiration à la fraternité.

Monte-Carlo, Auditorium Rainier III, 14 juin 2026

Crédits photogrpahiques : Sasha Gusov / OPMC

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