Lille Piano(s) Festival 2026 : des claviers et des talents à profusion
Le Lille Piano(s) Festival a tenu sa 23e édition les 12, 13 et 14 juin 2026, avec une quarantaine d’événements, récitals et concerts répartis dans une dizaine d’espaces de la ville.
Cette belle aventure pianistique a commencé dans les années 2000 par des rencontres en hommage au pianiste Robert Casadesus, avec la participation de son épouse Gaby, elle-même pianiste de grand talent. Puis, en 2004, Jean-Claude Casadesus, qui en était l’initiateur, a saisi l’opportunité de la désignation de Lille comme Capitale Européenne de la Culture (en même temps que la ville de Gênes) pour créer un véritable festival annuel. Ce projet a bénéficié du soutien de la municipalité lilloise, bien entendu, mais aussi de la Région (Nord-Pas-de-Calais à l’époque) et ensuite du département du Nord. Ceci est dit pour rappeler combien l’investissement public est déterminant pour faire vivre une grande politique culturelle et artistique au service de tous.
Ouverte à tous les courants musicaux, l’édition 2026 se singularisait par une importante représentation féminine. À commencer par Vanessa Wagner, l’une des pianistes les plus singulières de sa génération qui, en deux récitals, donnait à entendre l’intégrale des études de Philip Glass. Une fascinante découverte de couleurs sonores et d’infinies nuances rythmiques pour les auditeurs s’abandonnant à cette immersion sensorielle, confortablement installés dans des transats.
Époustouflante prestation féminine également lors du concert de clôture avec la pianiste franco-albanaise Marie-Ange Nguci, qui n’a pas hésité à « tomber la veste » (d’un beau rouge) en plein milieu de l’emblématique et redoutable Concerto n°3 de Rachmaninov, interprété sur le piano Steinway de l’ONL choisi par elle-même à Hambourg. L’orchestre était dirigé par Jean-Claude Casadesus, qui porte avec fringante allure ses 90 ans cette année.
Présence féminine toujours avec la pianiste turque Büsra Kayikçi, découverte à Flagey dans la capitale belge, qui marie habilement musiques traditionnelles anatoliennes et électronique contemporaine. On notait également la présence de Nai Barghouti, chanteuse et flûtiste palestinienne, de Mirabelle Kajenjeri, lilloise d’origine et finaliste du concours Reine Élisabeth, de Beatrice Berrut, Saskia Giorgini, Magdalene Ho, Risa Tohko (premier prix du concours d’orgue de Prague) ou encore Clëlya Abraham et son quartet pour la tendance Jazz.
Côté masculin, Vadym Kholodenko, né à Kiev en 1986, formé au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou auprès de la grande pédagogue Vera Gornostayeva, a déployé avec une stupéfiante intensité les multiples facettes de la Symphonie fantastique de Berlioz dans la transcription pour piano de Liszt. Un sacré défi !

C’était dans le bel auditorium du conservatoire où, une paire d’heures plus tard, le genre Arsenii Moon, né en 1999 à Saint-Pétersbourg et vainqueur du 64e concours international de piano Ferruccio Busoni, a séduit son monde avec Metamorphosis n°2 de Philip Glass, suivi des trois intermezzi de Brahms et de la Sonate n°3 de Chopin.
Changement de décor : en route pour la Cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille où l’organiste Denis Comtet, invité sur les plus grandes scènes internationales, et le trompettiste vénézuélien Brayahan Cesin, trompette solo de l’ONL, ont fait résonner les voûtes de la cathédrale avec des œuvres de Marcello, Bach-Vivaldi, Fauré, Escaich… On pourrait parler encore de Jean-Michel Bernard qui a fait carrière dans l’industrie du film et travaillé avec les plus grands (Ennio Morricone, Martin Scorsese, Lalo Schifrin), une histoire qu’il a racontée avec une grande simplicité teintée d’humour tout en revisitant au piano quelques-unes des plus belles musiques de film.
Une fois n’est pas coutume, nous terminerons ce trop rapide survol par le début : le concert d’ouverture pour lequel Joshua Weilerstein, actuel directeur musical de l’ONL, nous annonçait une Rhapsody in Blue de Gershwin comme nous ne l’avions jamais entendue. C’était peu dire ! Avec la complicité de Paul Lay, l’un des meilleurs pianistes de jazz aujourd’hui, celle du contrebassiste néerlandais Clemens van der Feen et de Donald Kontomanou à la batterie, nous avons eu le privilège d’entendre une rhapsodie revisitée en version jazz total, suave et endiablée. Les pupitres de l’orchestre étaient de la partie avec prestance et joyeuse connivence, et le public aux anges.
Décidément, les choix de Joshua Weilerstein ne manquent pas de sel ni de pertinence et augurent d’un bel avenir pour l’orchestre cher au cœur des gens du Nord.
Avec 8 000 auditeurs au cours des trois journées, la participation est en retrait sensible sur les éditions précédentes. Cela s’explique en partie par l’impossibilité cette année d’utiliser le grand auditorium du Nouveau Siècle, point névralgique et lieu privilégié des spectateurs comme des musiciens. Nul doute que la nouvelle et jeune équipe à la direction de l’ONL en tirera tous les enseignements.
Rendez-vous en septembre au Nouveau Siècle, cette fois et pour de bon !
Lille, 13 et 14 juin 2026
Crédits photographiques : Ugo Ponte / ONL



