Fin de saison symphonique à l'Arsenal de Metz
Vendredi 19 juin dernier, l'Orchestre national de Metz Grand Est et son chef David Reiland offraient un concert de musique française du début du XXe siècle à l'Arsenal de Metz.
Il commençait par L'Apprenti sorcier de Paul Dukas, œuvre dans laquelle le lyrisme fait imaginer le récit du poème de Goethe. Déjà ici, les qualités de droiture, d'équilibre et d'expression de l'orchestre apparaissent aux spectateurs. Mais cette fois, de façon plus affirmée et plus franche que d'ordinaire, comme pour laisser deviner qu'un caractère nouveau venait d'éclore. Il faut encore une fois saluer ici les vents, et surtout le basson de Juliette Bourette, aux sonorités très beethovéniennes et bonhommes. Tout l'humour grinçant de Paul Dukas apparaît avec lui et avec eux, pour se développer dans le crescendo, à la fois débonnairement, mécaniquement et mélodieusement, comme chez Ravel. Nonobstant, les silences dans cette œuvre, si délicats pour faire deviner la catastrophe sans trop impatienter, sont légèrement trop longs, mais pas de beaucoup, fort heureusement.
La deuxième œuvre de ce concert, le Concerto pour orgue, orchestre à cordes et timbales de Francis Poulenc, était sans doute plus difficile, tant l'alignement des motifs accolait des timbres parfois très hardiment. Cependant, l'organiste Christian Schmitt sut rendre son audace mélodique, très proche de celle de Prokofiev, avec un jeu allant de l'acide au moelleux, dans un arc chromatique allant du jaune citron au bleu pastel. Le caractère nouveau de l'orchestre, sa maturité, gagnait avec la modernité de Poulenc.
Mais c'est surtout dans la Troisième Symphonie avec orgue de Camille Saint-Saëns, interprétée en deuxième partie de concert, que l'orchestre révéla véritablement son caractère altier, aristocratique et, pour ainsi dire, classique. C'était donc cela qui couvait dans cette direction équilibrée depuis au moins le fameux Shéhérazade de Rimski-Korsakov. C'était donc cela qui se frayait un chemin à travers les piques aiguës de l'Elektra de Richard Strauss et les vertes lignes mélodiques de Rodrigo ; cela qui, derrière cette élégance, ne cessait de promettre son arrivée. Cette symphonie, qui, partant des lignes mélodiques naturelles de Mozart, se glisse dans les couleurs de Beethoven et la reprise wagnérienne du thème nodal, pour arriver au caractère presque pompier de la musique française, lui permet de se révéler enfin. Il n'est sans doute pas exagéré d'affirmer que jamais la direction de David Reiland n'a été meilleure. Son style, ses postures et son bras en devenaient plus aristocratiques, altiers et classiques eux-mêmes. Un grand moment de concert.
Saint-Saëns écrivit, outre ses autres symphonies, de nombreuses œuvres pour orchestre, comme des poèmes symphoniques et des concertos. Il ne tient qu'à l'Orchestre de Metz Grand Est et à son chef, qui apparemment ont trouvé avec ce compositeur leur milieu naturel, de les jouer. Et, ne se limitant pas qu'à lui, d'interpréter ses confrères, de Debussy à Ravel, en passant par Fauré, Franck, d'Indy et autres Massenet ou Gounod, voire pourquoi pas Florent Schmitt.
Ce vendredi soir, le chef prêta sa baguette à Patrick Thill, adjoint à la culture de Metz, qui orchestra la Cité musicale jusqu'à récemment, pour diriger l'ouverture de Tannhäuser de Wagner. Cela aurait pu être anecdotique si, d'une part, cela n'indiquait pas un sens du rythme proche de la valse chez ce maestro impromptu, et aussi, et surtout, l'excellence du pupitre des cuivres et des vents de l'orchestre. La relation d'amour-défiance que les compositeurs français du début du siècle entretenaient avec Wagner est connue. La Symphonie avec orgue de Saint-Saëns en témoigne, d'ailleurs. Il ne serait pas sot de faire un ou plusieurs concerts autour de ces deux pôles, comme ce vendredi en montre la pertinence et l'intérêt.
Metz, Arsenal, 19 juin 2026
Crédits photographiques : Orchestre National de Metz Grand Est



