La liberté d’écriture du Suédois Anders Hillborg 

par

Anders Hillborg (°1954) : Concerto pour piano n° 1 ; Kongsgaard Variations ; Vaporised Tivoli ; Concerto pour violoncelle. Tamara Stefanovich, piano ; Nicolas Altstaedt, violoncelle ; Swedish Chamber Orchestra, direction Christian Karlsen. 2024. Notice en anglais, en allemand et en français. 82’ 38’’. SACD BIS-2684.

Né à Sollentuna, commune de la capitale suédoise, Anders Hillborg a étudié la composition, le contrepoint et la musique électronique à l’École royal supérieure de musique de Stockholm ; au cours de sa formation, il a été influencé par György Ligeti, qui y enseignait en tant que professeur invité. Comme l’explique le journaliste et critique anglais Andrew Mellor, auteur de l’ouvrage de référence The Northern Silence (Yale University Press, 2022), Hillborg, qui est le compositeur suédois vivant le plus joué et a expérimenté les groupes pop et de chorales, est capable de mettre en évidence les éléments de physique planétaire et de mysticisme littéraire si présents parmi ses œuvres auxquels il ajuste soigneusement les effectifs orchestraux à sa propre couleur. Sa facilité de communication avec l’auditeur, sa part de lyrisme, sa pratique de l’électronique, servent la liberté de son écriture personnelle, accessible.  Hillborg, bien servi par le disque, a collaboré à plusieurs reprises avec Esa-Pekka Salonen, notamment pour BIS (Sirens, 2016) ou Sony (superbe Concerto pour violon n° 2, avec Eldbjørg Helmsing en soliste, 2024, un couplage avec la voix de la soprano Hannah Helgersson pour Liquid Marble).

En 1998, Peacock Tales, destiné à la clarinette de Martin Fröst (BIS, 2017), avait établi un espace et une clarté qui allaient faciliter et amplifier l’aspect théâtral dans les nombreux concertos à venir, précise Andrew Mellor. Dans le genre concertant, violon, alto, flûte, trombone et percussion ont suivi. Le Concerto pour piano n° 1, écrit en 2001 et révisé quatre ans plus tard, ouvre le programme du présent album. Dédié par Hillborg à son compatriote Roland Pöntinen, qui l’a créé, ce concerto en trois mouvements se révèle dès le départ des plus dynamiques, avec un piano décidé, vite rutilant, mais aussi inspiré par de paisibles berceuses. On y retrouve la micro-polyphonie chère à Ligeti, et un orchestre aux couleurs disséminées. La sérénité et la douceur habitent le long mouvement central, aux motifs suspendus, avec des bois en évidence. Le final oscille de l’effervescence vers l’apaisement, conclu par un piano volontaire. La Germano-serbe Tamara Stefanovitch (°1973), attentive aux contrastes et aux nuances, traduit avec aisance les facettes de l’inspiration hillborgienne.

Dédié au virtuose franco-allemand Nicolas Altstaedt (°1982), le Concerto pour violoncelle (2020), créé à Anvers la même année, est moins démonstratif. Dans un climat plus confidentiel, souvent envoûtant, il laisse, pendant un peu moins d’une demi-heure, une large place à des legatos de l’instrument, qui instaurent une forme de contemplation, les cordes seules sont le plus souvent en scène, les bois, dans ce style aviaire que Hillborg leur accorde souvent, n’intervenant que plus avant dans le processus. Mais l’agitation et l’effervescence sont aussi au rendez-vous. Une belle partition, qui contient des moments en suspension et a sa part de fragilité. Nicolas Altstaedt y est souverain, dominant son archet avec un art consommé des contrastes et des atmosphères.

Deux pages pour orchestre de chambre complètent l’affiche. Kongsgaard Variations (2006, révision 2021) est une célébration sur le vin, à la demande du producteur de la maison Arietta sise dans la Napa Valley californienne, dont chaque étiquette de bouteille est ornée de quelques mesures de l’Arietta de la Sonate n° 32 de Beethoven. Hillborg explique : la musique flotte sans but à travers les siècles, affichant des réminiscences du baroque, de la musique folklorique, de la Renaissance et du romantisme, mais avec le thème de l’Arietta de Beethoven comme épicentre musical. Un exercice de style qui ne manque pas d’originalité. Vaporised Tivoli (2010) rappelle de façon ludique les ébats d’enfants dans ces parcs d’attraction nordiques typiques, l’énergie vitale laissant poindre des souvenirs de lectures d’adolescence de Hillborg, qui cite un roman de Ray Bradbury, où la fête s’achève en cauchemar. La fin de cette page de neuf minutes évoque le malaise qui en découle, avec une mélodie troublante à la contrebasse.

Le Swedish Chamber Orchestra, fondé en 1995 a été longtemps mené par Thomas Dausgaard, avant que Martin Fröst ne prenne la relève. Il est dirigé ici par Christian Karlsen (°1985), qui a été l’assistant d’Esa-Pekka Salonen, dans ces pages représentatives des inspirations diverses de Hillborg. Avec toute la souplesse et les nuances qu’elles appellent.

Son : 9    Notice : 10    Répertoire : 9    Interprétation : 10

Jean Lacroix

Chronique réalisée sur la base de l’édition SACD. 

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