« Furioso » par Le Concert de l’Hostel Dieu et Xavier Sabata : Orlando dans tous ses états

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Le Concert de l’Hostel Dieu et son chef Franck‑Emmanuel Comte présentent un nouveau programme, Furioso, imaginé à partir d’une proposition du contre‑ténor Xavier Sabata. À l’occasion de la sortie du disque en avril, une tournée est engagée jusqu’au 18 septembre. Nous avons assisté au concert donné à la Chapelle de la Trinité de Lyon, dont F.-E. Comte est le directeur artistique.

La Chapelle de la Trinité : un lieu baroque pour des esthétiques élargies

Construite au début du XVIIᵉ siècle par les Jésuites, la Chapelle de la Trinité était destinée au culte, à l’enseignement et à la musique. Désacralisée il y a cent ans, inscrite à l’inventaire des Monuments historiques en 1939, elle est récemment devenue une scène dédiée aux musiques baroques et « irrégulières ». Ce projet réunit Le Concert de l’Hostel Dieu, dirigé par Franck‑Emmanuel Comte, et Superspectives, groupe fondé par le pianiste François Mardirossian et le philosophe Camille Rhonat, qui « militent pour une approche cool de la musique contemporaine ». La rencontre de ces deux entités permet une programmation audacieuse, où cohabitent naturellement concerts baroques et propositions d’autres esthétiques : une « irrégularité » qui, au fond, s’accorde parfaitement avec l’esprit même du mot baroque.

Orlando furioso : un réservoir inépuisable de passions

Le titre Furioso renvoie bien sûr à Orlando furioso, le poème épique que Ludovico Ariosto composa entre 1505 et 1532. Sur la trame historique de la guerre entre Charlemagne et les Sarrasins, l’œuvre se déploie comme un véritable roman‑fleuve, dont figures sont allègrement adaptées à l’opéra : Angelica, Alcina, Bradamante, Ruggero ou encore Ariodante, offrant un vaste catalogue de sentiments. Même après son achèvement, le poème continua de s’enrichir, comme si ses héros poursuivaient leur existence propre. Le programme en reflète l’évolution : aux extraits célèbres de Vivaldi et Haendel répondent des pages moins connues, voire rares, de Nicola Porpora, Agostino Steffani et Johann Joseph Fux, dont une inédite. Autant de visages d’un même héros, déclinés dans des styles contrastés, du adagio expressif au presto virtuose, entrecoupés de pièces instrumentales tout aussi variées.

Xavier Sabata : une voix qui se fond dans la matière orchestrale

La voix d’alto de Xavier Sabata se distingue par une couleur douce et crémeuse, sans aucune aigreur, particulièrement adaptée aux pièces lentes, tel « Il dunque senz’armi » de Steffani (Orlando generoso). Les longs phrasés y sont admirablement articulés ; le contrôle du souffle, presque miraculeux, soutient des lignes tantôt pudiques, tantôt nostalgiques. Cette musicalité délicate trouve son apogée en fin de concert, lorsqu’il s’assoit au bord de la scène pour chanter « Già l’ebbro mio ciglio » (Haendel, Orlando) avec l’alto, le violoncelle et le théorbe, d’une beauté céleste. Sa voix se fond alors dans les cordes au point de devenir indissociable de leur timbre. C’est également le cas pour les parties lentes de « Da me che volete » (Porpora, L’Angelica) Cette « sonorité » vocale, plutôt que de parler d’un timbre, avait déjà marqué l’ensemble de la soirée. Dans Haendel encore, le monologue « Ah ! Stigie larve » (scène de folie) révèle un interprète habité, investi, sculptant des pauses éloquentes. En revanche, les vocalises, comme dans « Fammi combattere » (Haendel, Orlando) ou « Nel profondo cieco mondo » (Vivaldi, Orlando furioso) donné en bis, cette fusion avec l’orchestre ne met pas toujours en avant une virtuosité pourtant incontestable.

Un orchestre attentif, souple et expressif

Les musiciens du Concert de l’Hostel Dieu se placent résolument au service de la musique, saisissant avec justesse les affects propres à chaque pièce. Le son d’ensemble, délicieusement suave, sait se corser dans les passages plus véhéments. Les dialogues entre instruments, ou entre ceux‑ci et la voix, sont toujours menés avec une harmonie remarquable, offrant des moments d’une grande finesse. La direction de Franck‑Emmanuel Comte demeure constamment attentive, ne laissant échapper le moindre détail.

Porté par une vision artistique cohérente, Furioso révèle toute la richesse expressive du mythe d’Orlando. Xavier Sabata et Le Concert de l’Hostel Dieu y déploient une palette d’affects d’une grande finesse. Une soirée où virtuosité, sens dramatique et écoute mutuelle s’accordent avec une rare évidence.

Concert du 9 juin 2026, à la Chapelle de la Trinité de Lyon

Victoria Okada

Crédit Photographique : William Sundfor

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