Sira Hernández : la joliesse narrative de l’espoir
Hymns to the Hope. Sira Hernández (1959-). Sira Hernández. 67’01". 2025. Livret : allemand, anglais, espagnol. Neos Music. NEOS 12512
Née à Barcelone, étudiante au Conservatoire de Turin puis, de retour au pays, à l'Académie Marshall auprès de la pianiste Alicia de Larrocha (la petite femme au grand talent), avant d’approfondir contrepoint, fugue et composition et de se frotter à l’improvisation, la pianiste et compositrice Sira Hernández baigne son écriture musicale dans une eau débordant de poésie, de littérature, de peinture – qu’elle confronte toutefois sans cesse à la réalité. Celle, douloureuse, des conflits et celle, triste, de la pandémie et de l’existence alors en suspension, entre les difficultés de laquelle la pianiste s’ingénie à insuffler l’espoir qui, malgré les obstacles et obstructions, fait vivre : Hymns to the Hope est un titre au premier degré, « un acte de foi et d'amour de la vie auquel nous ne pouvons jamais renoncer », pour une musique intimiste, engagée, d’un langage tonal abordable et expressif, d’une interprétation (par la compositrice elle-même) sensible et profonde, qui fait de l’introspection un prérequis à l’altérité – comme le mode d’emploi d’une morale humaniste sur le retour (dans sa tombe de La Jolla, le psychologue américain Carl Rogers se frotte les mains).
Des quatorze pièces, assez courtes, se détachent deux morceaux de dix minutes : la dénonciatrice Guernica, a Picasso, dédiée à sa professeure de piano, à l’émotion tranchante comme est tragique le bombardement de la ville basque par les avions de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste en appui au coup d’état nationaliste espagnol et Hymn, qui conclut le disque par cette espérance, sans cesse à remettre sur le métier, de dépasser une fois pour toutes la cruauté de la vie.
En ouverture, Maha Shivaratri - La gran noche de Shiva, se présente comme une libération, celle de la danse extatique de la divinité hindoue (dont quelques notes me renvoient imperceptiblement vers, euh, la Louane de la Famille Bélier), suivie, avec Loneliness in the Cathedral, d’une méditation pour personne seule dans le silence du confinement covidien (« inspirée par les images de cathédrales vides et solitaires, où seul le vol lointain d'un oiseau résonne ») et de deux hommages à Chopin, dont le second agite la nostalgie de la passion. Triste, presque pessimiste, You Are Here se mêle à un cycle d’impressions saisonnières et symboliques en autant de moments musicaux (Serena, Hope - New Year, Winter, Easter Bells – ce dernier au phrasé minimaliste plus mordant et moins convenu, qui titille mon attention), créé en hommage au peintre valencien, réaliste et lyrique, Joaquín Sorolla.
En guise de pré-conclusion, Sa Terra Santa, qui s’inspire d'une chanson folklorique d'Ibiza, confirme l’appel à l’espoir et à la paix que revendique la compositrice, dans un album bien fait mais sans aspérité qui, bien que publié par un label spécialisé en musique contemporaine, s’adresse à un public aussi large que le message qu’il véhicule.
Son : 8 – Livret : 7 – Répertoire : 7 – Interprétation : 8
Chronique réalisée sur base de l'édition Compact Disc.
Bernard Vincken



