Divine mélodie française
Fondé il y a une quinzaine d’années par le claveciniste et organiste Stéphane Béchy, le festival de la Dive Musique essaime dans les environs de Seuilly et de la maison natale de Rabelais, aux confins de la Touraine et de l’Anjou. Affluent du Thouet, la Dive prend sa source dans le département de la Vienne avant de cheminer tranquillement dans les Deux-Sèvres et dans le Maine et Loire. Domestiquée à partir du XVIIe siècle, la Dive fut dotée d’un vaste réseau de circulation fluviale pour le transport de farines, de céréales et de vin dès l’Ancien Régime. Le projet ne fut jamais rentable et l’arrivée du chemin de fer lui donna le coup de grâce. Mais le titre de ce beau festival est évidemment une allusion discrète à la « dive bouteille », expression inventée par le truculent Rabelais en 1546 autour du personnage de Panurge, ce joyeux luron amateur de bonne chère et des vins exquis (à boire avec modération) qui forment aujourd’hui encore un des nombreux agréments de cette riche région.
Repris depuis cette année par la violoniste Stéphanie-Marie Degand, avec l’appui de Patrice Franchet d’Espèrey, ancien écuyer du Cadre noir de Saumur et grand amateur de musique, le festival de la Dive musique prend une belle envolée. C’est la mélodie française qui ouvrait les feux de la programmation 2026 avec un splendide récital donné par le baryton Jean-Gabriel Saint Martin et la pianiste Elsa Lambert autour de la figure de Francis Poulenc, Tourangeau d’adoption qui possédait une superbe maison de maître à Noizay dans les environs d’Amboise.
Intelligemment conçu autour d’un choix de mélodies composées dans la région par Poulenc, ce concert d’ouverture avait pour cadre le beau manoir de la Grand’Cour, à Seuilly, mis à disposition du festival par son propriétaire anglo-américain cultivé et généreux, à quelques encablures du village natal de Rabelais et du beau château du Coudray-Montpensier qui fut la propriété de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, puis de l’avionneur Latécoère.
Révélation classique de l’Adami en 2011, Jean-Gabriel Saint Martin a commencé une belle carrière dans les théâtres français. Sa voix puissante, son timbre d’airain et sa diction impeccable auraient sans doute plu à Francis Poulenc qui souhaitait des voix fortes d’opéra pour chanter ses mélodies. Nulle afféterie dans le style de ce baryton, beaucoup de joie et de connivence avec le public pour chanter les salaces Chansons Gaillardes de Poulenc dont le public, assez âgé et distingué, n’a, heureusement, pas eu l’air d’avoir compris toutes les subtilités scabreuses, voire franchement pornographiques, d’un texte soi-disant anonyme du XVIIe siècle mais qui semble plutôt avoir été écrit par un poète facétieux du XXe…
A côté de ce bouquet de très belles mélodies de Poulenc qui formait le noyau central du programme, Jean-Gabriel Saint Martin et sa pianiste Elsa Lambert, qui le soutenait très efficacement, ont interprété les Trois Chansons de Don Quichotte, dernière oeuvre de Maurice Ravel avant que son cerveau fasse naufrage. Livrées en retard par le compositeur déjà défaillant, c’est finalement Jacques Ibert qui écrivit la musique de ce film. Très émouvante, la Chanson de la mort de Don Quichotte suivait immédiatement celles de Ravel. Leur juxtaposition lors de ce récital rendait parfaitement justice à la musique d’Ibert qui n’a pas à rougir du voisinage ravélien.
Deux mélodies d’Henri Duparc, Chanson triste et L’Invitation au voyage complétaient ce récital de haute tenue qui a vu aussi la complicité de Stéphanie-Marie Degand au violon pour la Danse macabre, mélodie que Saint-Saëns écrivit sur un poème d’Henri Cazalis avant d’en faire son célèbre poème symphonique. La violoniste nous a offert également une pause purement instrumentale très romantique avec la célébrissime Méditation de Thaïs de Massenet jouée avec une sensibilité exempte des mièvreries et des boursouflures trop souvent entendues dans cette musique adorée de nos arrière grands-parents. Un programme d’ouverture qui ouvre une brillante perspective sur les concerts à venir.
Dimanche 9 août - Manoir de la Grand’Cour 37500 Seuilly
Site officiel du festival La Dive musique : https://ladivemusique.fr/
Crédits photographiques : François Hudry



