Festival de Pâques d’Aix-en-Provence : le triomphe de la générosité
Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence vient de clore sa treizième édition avec un concert à l’image même de sa recherche. Au programme, le Concerto n°1 de Chostakovitch enlevé avec une clarté et une verve exemplaires par Renaud Capuçon. Voilà une interprétation qui illustre superbement le côté conversationnel de cette œuvre, dans la finesse du dialogue entre le soliste et les instrumentistes de l’orchestre, un Philharmonique de Munich en grande forme sous la baguette de leur chef inspiré Lahav Shani (ceux-là même que, d’une façon incompréhensible, le Festival des Flandres avait sottement refusé d’accueillir à Gand l’an dernier). Le programme même du concert était en soi un hommage puisqu’il reprenait le choix de Mravinsky pour la création le 29 octobre 1955, donnant en complément la 4e symphonie de Brahms en sorte que l’imposante passacaille de son quatrième mouvement renvoie à cette autre passacaille qui constitue l’attaque du finale du concerto par le violon soliste. De tels choix démontrent une volonté pédagogique évidente dans la programmation d’un festival. A la fois solide et apaisé, le Philharmonique de Munich en a donné une lecture qui prend le temps de monter en puissance jusqu’au tutti implacable de sa fin. Et cerise sur le cadeau, Dominique Bluzet, codirecteur du festival avec Renaud Capuçon, annonçait une résidence de trois ans de la formidable phalange bavaroise qui reviendra donc à Aix les deux prochaines années.
Une présence multipolaire de Renaud Capuçon
Le violoniste et chef français a cumulé les casquettes tout au long du festival. Durant le week- end d’ouverture, on le retrouvait dans le lyrique concerto de Barber avec l’orchestre de Lille et comme cheville ouvrière des concerts-mémoire du Camp des Milles. Le samedi de Pâques, il dirigeait un programme Brahms où, en compagnie de son frère Gauthier, il imposait une belle complicité au sein du duo soliste tout en lui donnant le juste répondant de la part de son Orchetre de chambre de Lausanne qu’il dirigeait de l’archet. Et, en clôture, ce fut la rencontre avec le Philharmonique de Munich, en musique de chambre avec Argerich et en symphonique lors du concert final de haut vol. D’évidence à 50 ans, Renaud Capuçon, qui vient de publier une interprétation d’une grande maturité des sonates et partitas de Bach (DG) est à un nœud crucial d’une carrière multipolaire comme soliste et chambriste, chef d’orchestre et organisateur. Et le Festival de Pâques en profite pleinement.
Musique en partage
Mais le Festival de Pâques, c’est bien plus que des concerts de gala. Comment passer sous silence la poignante journée organisée au Camp des milles, le camp d’internement durant la seconde guerre mondiale où alternent tables-rondes (Attali et Foccroulle dans « ce que l’art transmet à la démocratie ») et concerts (œuvres créées au camp de Terezin et « Variations Goldberg dans une transcription pour trio à cordes)
Tout d’abord parce que les concerts aixois sont complétés par des concerts gratuits en Région Sud, de Cavaillon à Manosque. Mais aussi au cœur d’Aix : le traditionnel concert aixois du dimanche de Pâques à la cathédrale Saint Sauveur, les promenades musicales au travers d’Aix pat les musiciens du Philharmonique de Munich dans des moments de musique de chambre. .
Aix-en-Provence et les jeunes…
Le festival, c’est aussi un grand mouvement autour de la jeunesse : depuis l’âge de sixmois (« Le premier concert de mon doudou »), à partir de 6 ans pour la « véritable histoire de Pinocchio » ou les ateliers d’initiation aux instruments de Solesnes Loy. Pour les jeunes instrumentistes, c’est aussi le travail de Génération Aix où trois musiciens en début de carrière préparent un programme avec un mentor, cette année la pianiste Yulianna Avdeeva (c’était notre compatriote la harpiste Anneleen Leenaerts l’an dernier). Un travail complété pour les plus jeunes (encore amateurs) par la Petite Académie d’Aix et les masterclasses d’Avdeeva, Caussé, Sierra et Guido Segers, le trompettiste des Munchener). En tout « Musique en partage » représente 56 événements dans et hors la ville sur une période de 22 jours !
…et les moins favorisés
Mais on doit encore parler du festival solidaire avec la diffusion par le : projet Heko de concerts dans des centres hospitaliers et de soins de la région.
Plus qu’un projet, un modèle !
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 21 concerts payants avec un taux de remplissage de 89%, 77 manifestations gratuites, 825 artistes présents, une forte présence à Aix mais aussi dans la région. Fort du soutien depuis l’origine du CCI et de nombreux autres mécènes, le Festival de Pâques remplit parfaitement son objectif d’être selon les dires de Dominique Bluzet et Renaud Capuçon « un espace de rencontres entre les artistes, les générations, les répertoires : la musique y circule librement, elle se transmet, elle se réinvente et c’est dans ce mouvement que naît l’émotion
Le Festival s’adresse à tous les types de public et la passion avec laquelle est assumée cette transmission fait d’Aix-en-Provence à Pâques une référence culturelle fondamentale sur la scène européenne.
Crédits photographiques : Caroline Doutre / Festival de Pâques