BaroQuiales "Alexander's Feast
Créé en 1998, le festival des BaroQuiales est devenu au fil des années un rendez-vous culturel incontournable dans les Alpes-Maritimes. Né à Sospel, il rayonne aujourd'hui à travers les communes de la Roya-Bévéra, un territoire au riche patrimoine où chapelles, églises, cathédrale, portes monumentales et monastère offrent un cadre exceptionnel aux concerts.
Pour cette édition, les BaroQuiales ont fait étape dans cinq communes de l'est des Alpes-Maritimes : Saorge, Sospel, Menton, Nice et La Trinité. La programmation s'articule autour de l'oratorio Alexander's Feast de Haendel, œuvre majeure du répertoire baroque.
Sous l'impulsion de la compagnie artistique et culturelle La Chambre et de son directeur artistique Jean-Sébastien Beauvais, le festival défend une approche qui mêle musique, transmission et création. Fidèle à son identité baroque, il encourage les projets originaux, accompagne les jeunes ensembles et développe des actions de médiation culturelle à travers des masterclasses et des projets pédagogiques destinés aux musiciens amateurs.
Cette volonté de transmission se concrétise cette année par un stage vocal de six jours. Des choristes venus de toute la France s'y retrouvent pour préparer l'œuvre avant de rejoindre les instrumentistes et les solistes lors du concert de clôture, donnant naissance à un chœur éphémère réuni autour d'un même projet artistique. Ce travail collectif trouve son aboutissement dans une interprétation d'une remarquable cohésion, où professionnels et choristes amateurs partagent la scène avec une même exigence artistique.
L'organisation du festival se révèle à la hauteur de ses ambitions artistiques. Portée par une équipe soudée, passionnée et particulièrement investie, elle contribue pleinement à la réussite des BaroQuiales et à l'accueil chaleureux réservé aux artistes comme au public.
À l'honneur de cette édition des BaroQuiales, Alexander's Feast ou Le Pouvoir de la musique est l'un des grands chefs-d'œuvre de Georg Friedrich Haendel. Composé en 1736 et créé la même année au théâtre de Covent Garden à Londres, cet ouvrage connut un immense succès auprès du public de son époque. Il est pourtant beaucoup plus rarement interprété aujourd'hui que Le Messie ou Judas Maccabaeus.
Inspiré d'un poème de John Dryden, adapté en livret par Newburgh Hamilton, Alexander's Feast s'inscrit dans la tradition anglaise des odes dédiées à Sainte Cécile, patronne des musiciens. Plus qu'un véritable oratorio, il s'agit d'une célébration du pouvoir de la musique et de sa capacité à éveiller les émotions humaines.
L'action se déroule à Persépolis, après la victoire d'Alexandre le Grand sur le roi Darius. Au cours d'un banquet, le musicien Timothée fait naître, par son chant, une succession de sentiments chez Alexandre et ses convives : la joie, la fierté, la tendresse, la compassion, l'amour, puis la colère et l'esprit de vengeance. Le récit s'achève avec l'apparition symbolique de Sainte Cécile, qui incarne le triomphe de la musique sacrée et rappelle le pouvoir universel de l'art des sons.
Cette œuvre marque aussi un tournant dans la carrière de Haendel. À une époque où ses opéras italiens séduisent moins le public londonien, le compositeur se tourne vers l'oratorio en langue anglaise. Plus simple à produire qu'un opéra, sans décors ni machineries, ce genre permet de toucher un public plus large tout en échappant aux restrictions imposées aux spectacles pendant le Carême.
Par la richesse de son écriture chorale, la variété de ses airs, de ses récitatifs et de son orchestration, Alexander's Feast est un véritable hommage à la force expressive de la musique. Haendel y démontre avec éclat que la musique est capable de faire naître toutes les passions humaines, des plus douces aux plus violentes. Une démonstration qui explique le triomphe de l'œuvre à sa création et qui continue aujourd'hui de séduire les interprètes comme le public.
Dans l'écrin de la cathédrale de Sospel, dont l'acoustique généreuse apporte une dimension supplémentaire à l'œuvre, Alexander's Feast déploie toute sa puissance dramatique et sa richesse sonore.
À la tête de l'Ensemble instrumental La Chambre et du chœur, Jean-Sébastien Beauvais livre une interprétation remarquable, fidèle à l'esprit de la partition. Sa direction, à la fois précise et généreuse, est portée par un enthousiasme communicatif qui se transmet naturellement aux musiciens comme aux choristes. Les tempi, vifs sans jamais être précipités, insufflent une énergie constante à l'œuvre. Les rythmes sont articulés avec une grande netteté, tandis que les pages plus contemplatives conservent toute leur intensité émotionnelle, créant un contraste saisissant avec les nombreux airs et chœurs plus fougueux.
Le chœur est l'une des grandes réussites de la soirée. Il est difficile de ne pas être impressionné par le travail accompli en seulement six jours de stage. Les choristes font preuve d'une remarquable cohésion, d'un engagement de chaque instant et d'une joie communicative, particulièrement dans les chœurs éclatants The list'ning crowd et The many rend the skies, où leur enthousiasme sert admirablement la vitalité de l'écriture haendélienne. La précision des attaques, l'équilibre des pupitres et l'engagement de chacun témoignent d'un travail aussi exigeant qu'efficace.
Au clavecin, Mathilde Mugot, également cheffe de chant, se montre tout simplement éblouissante. Son jeu raffiné et son accompagnement attentif contribuent largement à la cohésion de l'ensemble.
La distribution vocale est d'un très haut niveau. La soprano Camille Souquère s'impose par la beauté de son timbre, la finesse de son phrasé et une expressivité remarquable. Son interprétation de Thaïs led the way séduit par sa délicatesse, tandis que What passion cannot Music raise, l'un des sommets émotionnels de l'œuvre, bouleverse par son intensité. Le dialogue avec le violoncelle obligé, admirablement interprété par Lena Torre, donne à cet air une profondeur toute particulière.
Le ténor Carlos Porto impressionne par la solidité de sa technique, son aisance vocale et la qualité chaleureuse de son timbre. Quant à la basse David Witzcak, il captive dès ses premières interventions grâce à une voix profonde, puissante et magnifiquement projetée. Son interprétation de Revenge, Timotheus cries constitue l'un des moments culminants de la soirée, portée par un ensemble instrumental d'une remarquable précision et d'une grande richesse de couleurs.
Rarement donnée aujourd'hui, Alexander's Feast révèle ici toute sa richesse dramatique et musicale. Grâce à l'engagement de Jean-Sébastien Beauvais, de l'Ensemble La Chambre, des solistes et du chœur, cette soirée des BaroQuiales s'impose comme un moment fort de cette édition 2026, salué par un public conquis.
Sospel, Cathédrale, 12 juillet 2026



