Patrick Hahn dynamite Johann Strauss II

par

Johann Strauss II. Perpetuum Mobile. Johann Strauss II (1825-1899) : Perpetuum mobile op. 257 ; Nordseebilder op. 390 ; Revolutions-Marsch op. 54 ; Ritter Pásmán op. 441, Csárdás ; Tausend und eine Nacht, Intermezzo ; Der Zigeunerbaron, Ouverture ; Vom Donaustrande op. 356 ; Carnevalsbilder op. 357 ; Klänge aus der Raimundzeit op. 479 ; Perpetuum mobile op. 257 (arrangement Patrick Hahn pour voix et orchestre, paroles Herms Fritz). Johannes Silberschneider, récitant. Münchner Rundfunkorchester, direction Patrick Hahn. Enregistrement de studio. Livret en allemand et anglais. 1 CD BR-Klassik 900353.

Le bicentenaire Johann Strauss II se prolonge à l'automne 2026 avec une deuxième livraison viennoise du tandem Patrick Hahn – Münchner Rundfunkorchester chez BR-Klassik, après le Spaziergang durch Wien paru en 2024. Le jeune chef autrichien, né à Graz en 1995 et Principal Guest Conductor de l'orchestre munichois depuis 2021, y confirme un intérêt suivi pour ce répertoire au-delà des passages obligés.

L'intérêt du programme tient d'abord à son tri. Deux tubes en balise — l'Ouverture du Zigeunerbaron et le fameux Perpetuum mobile — mais l'essentiel s'écrit ailleurs, sur un axe raretés véritables. Le Revolutions-Marsch op. 54 rappelle l'engagement du jeune Strauss aux côtés des barricades de 1848, aux antipodes de la Radetzky-Marsch paternelle. La valse Nordseebilder op. 390 (1879), inspirée par un séjour à la mer du Nord, la polka Vom Donaustrande op. 356 et la valse Carnevalsbilder op. 357 — toutes deux issues de la première opérette Der Karneval in Rom — ainsi que le Csárdás de l'unique opéra Ritter Pásmán (1892), méritent la peine de la découverte. Klänge aus der Raimundzeit op. 479 (1898), quasi-testamentaire, sort d'un long silence discographique.

Bien entendu, on n'est pas ici dans une esthétique viennoise : pas de galbe rond, pas de couleur d'instruments viennois. Le Münchner Rundfunkorchester travaille dans un impact collectif, et le rubato caractéristique est naturellement absent. C'est précisément là que Patrick Hahn opère un renversement intéressant : la direction est énergique, rapide, franchement affirmée, et le petit effectif — l'orchestre sonne réduit — restitue une nervosité qui n'est sans doute pas si éloignée des formations historiques que Strauss dirigeait lui-même avec ses frères dans les salles de bal viennoises. Ce n'est pas un défaut mais un choix esthétique que peu de chefs ont compris, même dans le creuset viennois (à l'exception de Manfred Honeck).

Reste la piste bonus, un Perpetuum mobile arrangé par Hahn pour voix et orchestre, sur un texte allemand confié à l'acteur autrichien Johannes Silberschneider. L'exercice relève d'une tradition de cabaret germanophone qui exige une intimité avec la langue et son ancrage culturel ; pour l'auditeur non germanophone, l'intérêt s'évapore vite.

Bien sûr, cela ne remplacera pas Carlos Kleiber, Herbert von Karajan, Fritz Reiner ou Willi Boskovsky, mais la proposition reste globalement très intéressante, et l'on se réjouit de voir un jeune chef réussir particulièrement ce répertoire.

Son 9 Livret 8 Répertoire 9 Interprétation 8

Pierre-Jean Tribot

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.