Herbert Blomstedt interprète et répète à Munich les Variations Haydn de Brahms
Johannes Brahms (1833-1897) : Variations sur un thème de Haydn, opus 56a. Séances de répétitions. Herbert Blomstedt, Orchestre symphonique de la Radio bavaroise. Février 2014. Livret en anglais et allemand. 72’33’’. BR Klassik 900216
Y a-t-il un chef vivant plus respecté que ce vétéran du podium, qui s’achemine vers ses cent bougies et domine une carrière de sept décennies ? Sa discographie brahmsienne ne débuta pourtant qu’assez tardivement, en 1989 à San Francisco avec des œuvres vocales et chorales pour Decca. Chez le même label suivirent le Deutsches Requiem (septembre 1993) et la Symphonie no 4 (avril 1996), puis des chœurs à Leipzig (octobre 1996). Rien d’autre avant la parution chez Pentatone en 2020 de la Symphonie no 1 bientôt suivie des trois autres, avec le prestigieux Gewandhausorchester.
Pour l’opus 68, Pierre Carrive estimait combien « Herbert Blomstedt s’inscrit dans cette tradition d’un Brahms expansif, effervescent, charnu ». Pour les symphonies 3 et 4, nous argumentions comment le maestro « ose l’envergure, la pleine voile, l’empâtement, pour mieux renouer avec une tentation d’opulence, sans pour autant sombrer dans la lourdeur ».
Le présent album vient compléter le portrait des affinités brahmsiennes du chef suédois, par ces Variations Haydn qu’il n’a enregistrées qu’en live, à Amsterdam ou Leipzig (un album numérique daté de 2008). On le retrouve ici à la tête de l’orchestre bavarois avec lequel il avait déjà gravé les deux dernières symphonies de Mozart en février 2013 et décembre 2017, cela publié par le même label BR Klassik.
Une parution qui se destine, voire se réserve, au mélomane curieux et féru d’archives, puisque la seule œuvre au programme se limite aux vingt minutes des Variations, complétées par des extraits de répétitions captées quelques jours auparavant, en allemand. On aurait pu espérer que le livret retranscrive, ou du moins résume, les directives du chef, mises en perspectives par un commentateur qui s’exprime dans la même langue. Mais pour ces quinze plages, la notice s’abstient de cette sollicitude qu’on estimât élémentaire pour un public autre que germanophone.
Dans l’interview liminaire, Herbert Blomstedt y revient d’abord sur la réticence du jeune Brahms à aborder le genre symphonique après le modèle beethovénien, puis énonce les particularités du thème séminal. La répétition le montre préciser les dynamiques qu’il faut accorder à cet énoncé, ensuite prôner la clarté des pizzicati de contrebasses et la linéarité de la ligne mélodique pour le Più vivace, puis adoucir le legato et caler hautbois et cors pour le Con moto.
Peu d’interventions pour l’Andante, que le chef laisse s’épancher, sauf pour y souhaiter des sforzatos et l’expressivité d’un calando. Le rebond est aussi demandé pour le premier Vivace et le suivant, qu’il préconise joyeux et dénué de pesanteur –même si trois jours après, les pupitres se montreront plus appuyés pendant le concert. Quelques paroles du chef en studio, au sujet de la communication avec les musiciens et l’importance d’une conception partagée, précèdent le travail vers le finale, s’appliquant à la diction des bois. Tout du long, rares sont les observations sur le tempo : c’est surtout le phrasé, les nuances et le caractère dont la baguette fait pédagogie, dans la bonne humeur et la connivence.
Nonobstant, à l’encontre des auditeurs pour qui la langue sera un obstacle, ce disque entend-il se vouer aux médiathèques de conservatoires d’Outre-Rhin ? Si tant est qu’elles investissent encore dans des supports physiques. Dommage car ce document est une précieuse occasion d’entrer dans l’atelier du maestro. Lequel, comme le rappelle le narrateur en plage 21, trouve un idéal équilibre interprétatif entre romantisme et classicisme, aux commandes d’une phalange qui cultive une voie entre rondeur et transparence.
Christophe Steyne
Note globale : 8 (ou plus, wenn Sie Deutsch verstehen…)



