Moments suspendus à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. 

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En ce début de mois d’octobre, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et leur chef Aziz Shokhakimov nous ont proposé un concert tout en textures et douces couleurs. Consacrée aux toutes dernières années du 19ème siècle, cette soirée fut l’occasion d’entendre des œuvres de Claude Debussy, Richard Strauss et Gustav Mahler. 

Accompagnés par les dames du Chœur Philharmonique de Strasbourg et leur cheffe de chœur Catherine Bolzinger, les musiciens strasbourgeois nous ont tout d’abord interprété les Nocturnes de Claude Debussy. Composés entre 1897 et 1899, ils s’inspirent d’une série de tableaux du peintre anglais Whistler. Dès la première partie, Nuages, l’interprétation de l’orchestre frappe par sa précision, sa texture soyeuse et sa clarté. Chaque intervention nous emmène plus profondément dans ce tableau dépeint par le compositeur français. La harpe, mise à l’honneur dans tout le répertoire du soir, une fois n’est pas coutume, se fond dans le son de la flûte lors de leur duo envoûtant, tandis que le son sourd de l’orage mourant est parfaitement rendu par les timbales. La deuxième partie, Fêtes, continue sur cette lancée. Les couleurs de l'orchestre se déploient l’une après l’autre, sublimant chaque notes de cette pièce. Pour clôturer ce triptyque, nous avons pu entendre Sirènes, avec les dames du chœur strasbourgeois. Parfois légèrement trop en dehors du son de l’orchestre, les chanteuses ont ensuite entièrement fusionné avec les musiciens, leurs voix se mêlant aux instruments et créant un univers chimérique captivant. 

La formation alsacienne nous a ensuite proposé quatre lieder de Richard Strauss, interprété par la soprane française Elsa Benoit. Nous avons ainsi pu entendre Zueignung Op.10 N°1, Cäcilie Op.27 N°2, Allerseelen Op.10 N°8 et Morgen! Op.25 N°4. D’une voix ronde et chaude, Elsa Benoit a démontré de belles capacités d’interprétations et une aisance particulière dans ce répertoire. Il faut également saluer les interventions solistes de Samika Honda, première violon solo. Nous pouvons malgré tout regretter la balance entre la chanteuse et l’orchestre, qui fut légèrement trop présent tout au long des quatre lieder. 

En deuxième partie, nous avons eu la chance d’entendre la Symphonie N°4 de Gustav Mahler. Décriée lors de sa création car diamétralement opposée à ses prédécesseures et considérée comme grotesque, cette petite symphonie (à l’échelle de Mahler, entendons-nous) nous plonge dans un univers pastoral traversé par des éclairs d’ironies parfois tranchants. Bien que la précision de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg ne doive plus être prouvée, il reste que cette interprétation s’est révélée d’une clarté et d’une homogénéité ébouriffante. Chaque intervention soliste des différents pupitres advint avec le bon poids, la bonne intention, la bonne nuance. Lorsqu’Elsa Benoit réapparaît sur scène à l’occasion du quatrième mouvement, les problèmes de balances précédemment rencontrés ne sont plus que souvenirs. Si nous devions pointer un petit regret, ce serait au niveau du troisième mouvement. Bien que conduit avec sûreté par Aziz Shokhakimov, l’orchestre strasbourgeois a sûrement manqué d’une petite étincelle pour rendre entièrement grâce à cette magnifique page du répertoire. N’oublions pas de saluer la prestation de la konzertmeister dans le deuxième mouvement, mais aussi de la harpiste et des différents pupitres des vents. 

Alex Quitin, 02 octobre 2026

Salle Erasme, Palais de la Musique et des Congrès, Strasbourg

Crédits photographiques : DR

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