Brahms transcendé par Balázs Demény

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Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n° 1 en ré mineur, op. 15 (live). Balázs Demény (piano) ; Danubia Orchestra Óbuda, direction Máté Hámori. 2026. Livret digital. 47'56''. Hungaroton HCD 32926.

La réputation flatteuse de Balázs Demény avait précédé ce disque. Né à Cluj-Napoca en 1989, formé à Budapest dans la classe d'András Kemenes à l'Académie Liszt puis à Berlin auprès de Pascal Devoyon, le pianiste hongrois a aligné les distinctions : premiers prix aux concours Carl Filtsch (2013) et Hans von Bülow (2015), deuxième prix au Concours Chopin de Budapest, sans compter le Junior Prima. Un palmarès qui l'a conduit à travailler, en masterclasses, avec György Kurtág, Zoltán Kocsis ou Menahem Pressler. De quoi aborder son premier concerto de Brahms gravé sur le vif sur la scène de la légendaire Académie Liszt de Budapest en avril dernier avec la plus vive curiosité.

L'attente n'est pas déçue : pianistiquement, c'est une révélation. La maîtrise de l'architecture d'ensemble stupéfie, dans une œuvre dont le vaste Maestoso liminaire est précisément le piège — tant d'interprètes s'y perdent en épisodes juxtaposés. Demény tient la ligne de bout en bout par une narration exemplaire La digitalité est impeccable, mais ce n'est pas l'essentiel : la manière de caractériser chaque thème, de ménager et de faire parler les césures, relève d'une intelligence du discours peu commune. Rien n'est laissé au hasard, rien n'est pour autant corseté ou démonstratif. La sûreté technique et la profondeur de la vision sont dignes des grands maîtres du passé.

Pour l'accompagner, le Danubia Orchestra Óbuda, formation réputée pour son énergie juvénile et ses programmes tournés vers la jeunesse. L'ensemble n'a certes ni le galbe ni la puissance dynamique des grandes phalanges d'Europe centrale, mais il s'acquitte parfaitement de sa tâche, porté par l'enthousiasme de la jeunesse et par la direction attentive de Máté Hámori, qui s'efface juste ce qu'il faut pour laisser le soliste se déployer. Les tempi, raisonnablement amples — le Maestoso prend son temps sans jamais se figer, l'Adagio demeure fluide, le Rondo conserve son allant —, ne versent à aucun moment dans le décharné ni l'affadissement. L'ampleur sert le propos ; elle ne l'alanguit pas.

Une lecture de haute tenue, qui confirme en Demény un interprète brahmsien d'envergure et donne envie d'entendre la suite.

Son 8 Livret 7 Répertoire 10 Interprétation 9

Pierre-Jean Tribot

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