Bach, Hugo et Mendelssohn

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http://www.galerie-diede.de/Félix Mendelssohn (1809-1847) : Ouverture de Ruy Blas op. 95Ouverture Mer calme et heureux voyage op. 27Symphonie n°5 « Réformation », op. 107
London Symphony Orchestra, dir. : Sir John Eliot Gardiner
2015-2 CD : SACD/Blu-ray-47’09’’-Textes de présentation en français, anglais et allemand-LSO live-LSO0775

Le LSO poursuit l’édition de concerts sur cd avec Mendelssohn à qui il consacre une intégrale. Après la Symphonie n°3, saluée unanimement par la presse, Sir John Eliot Gardiner se lance dans trois œuvres moins connues du public. L’Ouverture de Ruy Blas, pour un effectif conséquent, ne rencontre qu’un maigre succès lors de sa création. Dans cette pièce écrite en seulement trois jours, on retrouve l’idéal de Mendelssohn : musique dynamique, envoûtante et virevoltante après des accords aux vents qui ne sont pas sans nous rappeler l’Ouverture d’un Songe d’une nuit d’été. Plus tôt, Mendelssohn écrit une autre ouverture inspirée par deux poèmes de Goethe : Meeresstille et Glückliche Fahrt. On retrouve dans cette musique descriptive à nouveau un effectif considérable avec, à l’instar de la Symphonie, l’utilisation du serpent. Ici, le côté dynamique fait place à une ambiance plus sombre avant un éclaircissement permettant au vaisseau de reprendre sa route. Enfin, la dernière symphonie, sous-titrée « Réformation » est en fait la seconde dans l’ordre de composition. Commencée en 1829 pour être présentée seulement en 1832, l’œuvre se dessine comme un grande évolution dans le langage du compositeur. Compositeur de naissance juive, Mendelssohn reprend la Réforme protestante comme sujet et puise son inspiration dans les chorals luthériens de Bach. D’ailleurs, le mouvement final débute par le choral « Ein’ feste burg ist unser Gott ». Evoquer un compositeur dont les œuvres à l’époque de Mendelssohn étaient considérées comme injouables en concert, est donc osé.
Cette évolution se retrouve naturellement dans le jeu du LSO dirigé de main de maître par Gardiner : beau travail sur les respirations, sur l’enchainement et les liaisons entre parties contrastantes ; jeu étincelant et homogénéité de la part de chaque pupitre. Gardiner possède une perception juste des registres et approfondit chaque œuvre avec fraîcheur. Il ne s’agit pas ici d’une simple « relecture » mais bien d’un nouveau regard sur des œuvres souvent négligées. Le travail sur l’architecture, associé à une tension maîtrisée fait de cet enregistrement une nouvelle version passionnante, tant dans la conception harmonique que sur l’expressivité des lignes mélodiques. Clarté, précision et souplesse des deux premiers mouvements côtoient le caractère poignant et introverti du troisième. Enfin, notons l’excellente maîtrise des vents qui ne surpassent à aucun moment le jeu vif des cordes. En cela, Gardiner détient aussi la capacité à gérer des balances pas toujours évidentes. Un concert inspiré que l’auditeur aura plaisir à réécouter de nombreuses fois.
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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