Beethoven sur instruments d'époque

par https://dostalgia.it/what-to-say-to-a-guy-when-you-want-to-hook-up/

Ludwig Van Beethoven (1770-1827)
Triple Concerto pour violon, violoncelle et piano en Do majeur op. 56 (1803)
Trio Archiduc op. 97 (1811)
Storioni Trio :  Bart van de Roer (pianoforte : Lagrasse 1815), Wouter Vossen (violon avec cordes en boyaux), Marc Vossen (violoncelle avec cordes en boyaux)
The Netherlands Symphony Orchestra, dir.  : Jan Willem de Vriend
2013 - CC72579 - 71'15'' - Notice en Anglais - Challenge Classics

Belle idée de la part du Storioni Trio de mêler sur un même disque le Triple Concerto de Beethoven et le fameux Trio op. 97 dédié à l'Archiduc Rodolphe d'Autriche. Beethoven assura lui-même la création de ce trio alors qu’il était déjà pratiquement sourd, ce fut là sa dernière apparition publique. Le Triple Concerto de Beethoven n'est pas l'oeuvre la plus jouée du compositeur, il est un peu sous-estimé par rapport aux concertos pour piano ou celui pour violon. Dans l'imaginaire collectif, le concerto est le "combat" d'un soliste contre la masse orchestrale. Ici, trois solistes se partagent l'estrade, dialoguent et jouent ensemble face à l'orchestre. Consolation pour les violoncellistes non pourvus d'un concerto, ce triple concerto est là pour les dédommager ; car c'est bien au violoncelle que revient la partie la plus fournie et c’est lui qui lance la plupart des thèmes de l'oeuvre. On a évidemment dans l'oreille la version des trois géants russes (Oïstrakh, Rostropovitch et Richter) sous la baguette de Karajan mais dans cette version, l'oeuvre sonne plus comme un concerto avec trois solistes obligés de jouer ensemble plutôt qu'un concerto puisant son inspiration dans le Baroque. Les musiciens du Storioni Trio jouent ensemble depuis de nombreuses années et cela s'entend, le son est très homogène et ils sont à l'écoute l’un de l’autre. Il suffit d'écouter le premier mouvement du triple concerto qui est un peu comme un concerto grosso, (chaque partie des solistes donnant la réplique de manière fluide), pour se rendre compte de l'aisance des musiciens à jouer ensemble et non l'un contre l'autre. C'est remarquable à propos de cette oeuvre : chaque partie a son importance et se fait entendre à sa juste place. Le Netherlands Symphony Orchestra joue sur des instruments d'époque, ce qui a dû obliger le Storioni Trio à changer sa façon de jouer. Le pianiste joue sur pianoforte Lagrasse de 1815, et le violoniste et le violoncelliste ont mis des cordes en boyaux afin de respecter une interprétation historique. Le rendu est très intéressant et réussi. Le pianoforte et les cordes n'ont aucun mal à trouver leur place face à un orchestre au son charnu et très puissant. Le magnifique deuxième mouvement est particulièrement réussi, l'orchestre offre au violoncelle qui chante merveilleusement bien un accompagnement tout en finesse et sans traîner dans le tempo. L'entrée du piano est admirable dans la conduite de la ligne mélodique. Le violon est quand à lui d'un lyrisme parfait. Toutes ces qualités se retrouvent dans le Trio Archiduc. L’ interprétation est assez classique, riche en couleurs et très respectueuse du texte. Il est intéressant d'entendre cette oeuvre sur pianoforte car les effets de contrastes sont plus perceptibles, plus faciles à réaliser sur ce type d'instrument et la richesse harmonique du pianoforte, soutenue par deux instrumentistes à cordes généreux de son, c'est incroyable et rare de l'entendre. Un disque à conseiller aux amoureux de ces deux chefs-d'oeuvres de Beethoven.
Son 9 - Livret 7 - Répertoire 10 - Interprétation 10
François Mardirossian

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