Bertrand Chamayou revisite Saint-Saëns

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Le brillant pianiste Bertrand Chamayou nous offre un disque magistral consacré à Camille Saint-Saëns pour le label Erato ! En plus de revisiter les célèbres concertos n°2 et n°5, il nous fait découvrir une belle sélection de petites pièces, saynètes évocatrices et poétiques. Bertrand Chamayou revient, pour Crescendo Magazine, sur la genèse de ce projet et sur sa relation à ce compositeur.  

Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer ces deux célèbres concertos ?

Même si ces deux concertos ne sont pas aussi souvent joués que ceux Rachmaninov, Chopin ou Tchaïkovski, ils entrent assez souvent au répertoire des pianistes, surtout des pianistes français. Les concertos n°5 et surtout n°2 sont depuis longtemps à mon répertoire. Cela fait 12 ou 13 ans que je joue le concerto n°2, et 5 ou 6 ans que je pratique au concert le concerto n°5. Ce sont aussi des concertos que l’on me demande assez souvent, peut-être parce que je suis français ou parce que mon jeu “vif-argent” correspond à l’esprit de Saint Saëns. À un moment, ces deux oeuvres sont entrées dans mon coeur de répertoire. En creusant petit à petit le texte musical, on se les approprie progressivement. Je considère que c’est seulement au moment où l’on a beaucoup approfondi et que l’on vit avec ces œuvres, que l’on peut être légitime pour les enregistrer !

Une autre facette de ce disque réside dans l’addition de petites pièces de piano, autant de merveilles jusqu’ici totalement méconnues. Comment avez-vous trouvé trace de ces partitions ?

J’ai une très grande bibliothèque de partitions et je suis d’une nature très curieuse. L’un de mes passe-temps favoris, dès que j’en ai le temps, réside dans le déchiffrage de nouvelles partitions. Il se trouve qu’il y a à peu près huit heures de musique pour piano solo de Camille Saint-Saëns. Il n’y a pas de vastes sonates ou de grand corpus, mais juste des petites pièces, globalement complètement inconnues. Elles s’avèrent souvent très salonnardes avec un côté presque bluette. Certes, en déchiffrant, je suis tombé sur des pièces bien mineures, mais j’ai eu la bonne surprise de trouver aussi de très, très belles partitions que je joue régulièrement dans mes récitals. Je ne souhaite pas tomber dans le travers de tout redécouvrir pour redécouvrir, il est nécessaire de faire des choix. Ainsi, je pense qu’il y a de quoi faire cinquante minutes de musique avec ces pièces pour piano, il y a de belles choses notamment dans des études, mazurkas ou des petites valses.

Qu’est-ce que ces pièces apportent à notre connaissance du compositeur ?

Je trouve que leur association aux deux concertos nous éclaire sur une autre facette de son oeuvre. Saint-Saëns renvoie l’image d’un compositeur plutôt froid et académique, un traditionaliste excessif un peu perdu dans un monde d’évolutions et de révolutions. Tous ces clichés ont une part de vérité. Mais avec ces pièces, on découvre un Saint-Saëns plus poétique, plus léger, plus coloré, moins aride et plus ciseleur de mélodies. Comme si une faille émotionnelle transparaissait derrière la carapace.

Quels sont les pianistes du passé qui vous touchent dans ces concertos ?

L’interprète qui m’a le plus touché, même s’il n’a pas enregistré les concertos n°2 et n°5, c’est Alfred Cortot ! J’aime beaucoup son enregistrement du concerto n°4, c’est un Saint-Saëns presque charnel. J’ai aussi une grande admiration pour Jeanne-Marie Darré, mais on est là dans un piano plus squelettique, plus décharné, ou plus étriqué. Je respecte beaucoup cette musicienne dans ces concertos, mais c’est moins mon esthétique. Le côté chaud et sensuel d’Alfred Cortot relève beaucoup plus de richesses. Des pianistes russes se sont aussi magnifiquement illustrés dans Saint-Saëns : Sviatoslav Richter mais aussi Emil Gilels dont j’aime beaucoup l’enregistrement du concerto n°2.

À l’heure actuelle, il y a un revival de l’oeuvre de Saint-Saëns. On redécouvre ses opéras, on enregistre ses concertos et ses symphonies. Comment pouvez-vous l’expliquer ?

J’en suis moi-même surpris ! Mais je pense que toutes les choses qui sont très à la mode traversent ensuite une période de purgatoire. Même avec de grands compositeurs comme Schumann ou Schubert, il y a eu des moments de traversées du désert dans l’appréciation de leur legs. Typiquement, il y a une sorte de purgatoire, célèbre puis rejeté par l’époque suivante en attendant une redécouverte. Les choses évoluent mais on a encore un problème avec la musique de la seconde moitié du XIXe siècle qui souffre de nombreux clichés, même si l’on observe des exhumations et des tentatives de réhabilitations. Certaines figures ainsi ressorties de l’oubli restent bien secondaires par rapport aux oeuvres d’un Saint-Saëns ou d’un Fauré pour lesquelles on a encore beaucoup à faire.

Lisez ici notre chronique du disque Saint-Saëns de Bertrand Chamayou.

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Crédits photographiques : Marco Borggreve

Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

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