Braquage à la singapourienne. Strauss vu par Lan Shui.

par
Richard Strauss (1864-1949). Macbeth, suite du Rosenkavalier, Tod und Verklärung.  Singapore Symphony Orchestra, Lan Shui. 2017 & 2018. Livret en allemand, anglais et français. 71'57. SACD. Bis 2234.
Qui peut encore douter que le vingt-et-unième siècle marque définitivement le triomphe de la mondialisation ? Avec ses réussites et ses catastrophes (récentes notamment...), le rapprochement entre les hommes opéré depuis plus d’un demi-siècle a durablement bouleversé nos repères, nos modes de vie et nos influences. La musique, qu’elle soit classique ou pas, n’échappe pas à cette lame de fond...
A l’heure où nous commémorons régulièrement l’anniversaire de la naissance ou de la mort de tel ou tel soliste ou chef légendaire voilà que nous arrivent des pépites venues des « fronts pionniers » de la musique. Quand on pense à Richard Strauss, c’est tout de suite les noms Karajan, Böhm, Krauss ou Kempe qui nous viennent à l’esprit, pas celui de Lan Shui et de l’Orchestre Symphonique de Singapour. Et pourtant, « petit mais costaud » le challenger venu d’Orient !
Si la phalange singapourienne ne peut clairement pas rivaliser techniquement avec les formations du vieux continent, grâce à la superbe prise de son du label Bis et à l’énergie presque tellurique insufflée par le chef sino-américain, on tient ici un disque d’une rare intensité.
La suite Macbeth donne tout de suite le ton. La fougue (la folie ?) et la tragédie nous accompagneront pendant cette écoute. Obsessions, hallucinations et enfin le crime dans le furioso, c’est un Shakespeare tempétueux qui jaillit de la partition sous les coups de baguette de Lan Shui. Quelle tension !
Après cet épisode haletant, on pourrait penser que la suite du Rosenkavalier serait synonyme d’une phase plus raisonnable. Grave erreur ! Tout est tenu, s’enchaîne, on jubile devant un tel monument. Ça frotte comme dans un peloton du Tour de France avant un sprint. Le souci du « beau » que démontre le chef est littéralement bluffant.
Mais le meilleur est encore à venir avec Tod und Verklärung. En temps normal, cette œuvre est déjà source d’une grande émotion. Il faut dire qu’elle nous renvoie à cette quête d’absolu qui sous-tend nos existences, mais ici c’est du jamais vu ! Quel élan, quelle vague sonore ! On se croirait presque au jour du jugement dernier.
Après de formidables réussites du côté de Debussy (Bis également), Lan Shui et l’Orchestre National de Singapour réussissent une fois de plus un véritable tour de force. Sûrement une référence contemporaine au sein d’une discographie déjà bien fournie.
Son : 10 Livret : 10 Répertoire : 10  Interprétation : 10
Bertrand BALMITGERE

 

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