A L’Opéra

Sur les scènes d’opéra un peu partout en Europe.

Il Primo Omicidio d’Alessandro Scarlatti, l'utilité (ou pas) de mettre en scène un oratorio

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Parallèlement aux https://stanne-byzcath.org/ de Berlioz qui célèbrent l’année anniversaire du compositeur et les 30 ans de l’Opéra Bastille, l’Opéra Garnier présente actuellement (jusqu’au 23 février) Il Primo Omicidio (Le Premier Homicide), un oratorio méconnu d’Alessandro Scarlatti (1660-1725), dans une mise en scène de Romeo Castellucci très stylisée. Dans la fosse, René Jacobs fait (enfin !) ses débuts à l’Opéra de Paris en dirigeant le B’Rock Orchestra.

Le genre Oratorio est avant tout destiné à être exécuté dans un espace dédié, initialement un cadre intime d’oratoire. Même si, par la suite, l’oratorio profane pour des représentations en concert a été inventé, l’époque où vécut le compositeur ne connaissait pas encore cette adaptation, encore moins la grande salle du Palais Garnier. D’où une sensation bancale : l’espace et l’œuvre ne font pas bon ménage !

Les Troyens : Tcherniakov / Berlioz : 1 à 0

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Les Troyens, opéra en cinq actes, relate la prise de Troie, l’arrivée des vaincus à Carthage et les amours de Didon et Énée. Le rideau s’ouvre sur une famille de dictateurs, Beyrouth en cendres puis les pensionnaires d’un centre psychiatrique de réhabilitation ; tous unis par la démence, celle de Cassandre, Didon, Énée, leur suite… Une parabole de notre monde ? Peut-être. Mais dès lors les émotions sincères et délicates, les passions, la grandeur morale sont balayées par la dérision. Or c’est justement ce qu’il y a de plus beau, de plus bouleversant et d’unique dans la musique de Berlioz : un engagement total de lui-même, une vitalité exacerbée, une tendresse aussi. Qui culminent dans le duo O nuit d’ivresse et d’extase infinie succédant à une Chasse royale, orage et clair de lune des plus shakespeariens (Acte IV).

Pygmalion et L’Amour et Psyché dans une diversité culturelle multi-couleurs

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Pygmalion de Jean-Philippe Rameau, acte de ballet, associé à L’Amour et Psyché, 3e entrée des Fêtes de Paphos, ballet héroïque de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, pour un spectacle en coproduction Opéra de Dijon, Opéra de Lille, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg et Théâtre de Caen, est un choix soigneusement arrêté par Emmanuelle Haïm. Après avoir fait tour de plusieurs idées, comme l’Anacréon de Rameau, d’autres Pygmalion tel celui De La Barre, ou faire précéder Pygmalion d’une partie construite autour d’airs de cour du XVIIe siècle, elle a opté pour le thème de l’amour, narcissique ou jaloux, créatif ou destructif, exprimé dans ces deux pièces.

The Beggar’s Opera : magouille, sexe et drogue dans les cartons

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Créée en avril dernier au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, la nouvelle version du Beggar’s Opera par Ian Burton (dramaturgie) et Robert Carsen (mise en scène) remporte un immense succès partout où elle pose sa valise : Paris, Italie (Spoleto, Pise, Novara), Edinbourg, Luxembourg, Genève, Clermond-Ferrand, Athène, Angers, Saint-Brieuc, Dinan, Vanne, Saint-Nazaire, Le Mans, Roche-Sur-Yon, Laval, Nantes, Caen, Versailles… Après la production à Renne à laquelle nous avons assisté, la tournée continue à Quimper, à Reims, à Massy et à La Rochelle. Raison de cette réussite ? La modernisation des propos pour situer l’intrigue au XXIe siècle. Car l’univers des bas-fonds de Londres du début du XVIIIe siècle n’a guère changé trois siècles plus tard et se reproduit aujourd’hui dans n’importe quelle ville de n’importe quel pays…

Lausanne redécouvre Mam’Zelle Nitouche

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Pour le grand public d’aujourd’hui, qui est Hervé, alias Louis-Auguste-Florimond Ronger né à Houdain le 30 juin 1825 et mort à Paris le 3 novembre 1892 ? Pourquoi est-il considéré comme le père de l’opérette, titre que pourrait lui disputer son rival et ami Jacques Offenbach ? Cette assertion est en fait légitime puisque, durant les cinquante-cinq années qui s’écoulent entre L’Ours et le Pacha donné à Bicêtre en 1842 et Le Cabinet Piperlin joué à l’Athénée le 17 septembre 1897, le musicien a produit plus de 120 ouvrages légers en s’illustrant particulièrement dans un genre, le vaudeville-opérette. Créé triomphalement au Théâtre des Variétés le 24 janvier 1885, Mam’Zelle Nitouche en est le dernier fleuron important ; car il constitue pratiquement un véritable testament musical.

L’Inconnue de la Seine et des « artistic angels »

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i c o n, steve salembier & charlotte bouckaert

L’opéra contemporain vit ! Il inspire de jeunes créateurs talentueux. Mais -excusez la comparaison- de même que les starts-up ont besoin de business angels, ces jeunes talents ont besoin qu’on leur donne les moyens -qui ne sont pas seulement financiers- de s’épanouir. Ils ont besoin d’artistic angels !

ICON : au départ, une volonté de créer à partir d’un mythe, celui d’Orphée et de son Eurydice perdue, retrouvée, emmenée et définitivement disparue. Une image s’impose, qui peut en être une déclinaison : celle du masque mortuaire de « l’Inconnue de la Seine », réalisé à la fin du XIXe siècle à partir de la figure au sourire mystérieux d’une jeune femme tout aussi mystérieuse noyée dans la Seine. Un masque fascinant, qui a fasciné artistes et écrivains. Sabryna Pierre, la librettiste, et Frederick Neyrinck, le compositeur, lui ont redonné vie d’aujourd’hui. L’Atelier Baldraum (Charlotte Bouckaert et Steve Salembier) l’a installée dans un univers scénique qui à la fois la ressuscite et en fait un être d’interpellation quant au temps, à la vie, à la mort, à la beauté, au souvenir, aux traces laissées, aux illusions quant à celles-ci, au fleuve et au ciel… Un être d’évocation aussi dans la magnifique partie centrale de la représentation, focalisée sur « la noyée dans le bleu de la nuit/dans l’eau du rêve/à la dérive ».

Une MAMMA si émoustillante

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Au cœur d’une petite ville de la province italienne, nous voilà dans un théâtre à l’abandon, que l’on a transformé en parking, où accourt une élégante femme à lunettes noires transportant une montagne de cabas ; c’est ainsi que le metteur en scène Laurent Pelly nous présente Le Convenienze ed Inconvenienze teatrali que Gaetano Donizetti avait fait jouer au Teatro della Cannobiana de Milan le 20 avril 1831, quatre mois après la création d’Anna Bolena au Teatro Carcano.

Une Chauve-Souris festive à Lausanne

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En ombres chinoises, se profile Vienne, la cité impériale avec sa Grande-Roue au Prater. Devant une haute maison en forme de tour qu’escalade un ténor hurlant à tue-tête son amour, est projeté un message-invitation du Dr Falke à Gabriel von Eisenstein, tandis qu’un acrobate chauve-souris se jette dans le vide. C’est ainsi qu’Adriano Sinivia présente cette Fledermaus (chantée en allemand avec les dialogues parlés en français) aussi déjantée que sa Cenerentola de l’automne 2015, en se mettant dans la peau d’un Falke ridiculisé par son accoutrement de mammifère volant, qui ne songe qu’à se venger de son compère.

La Belle Hélène dans les visées de la mission « beauté fatale » à Nancy

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Chaque production de La Belle Hélène est si attendue par les amoureux de Jacques Offenbach qu'elle représente un défi pour tout metteur en scène. Comment présenter cette opérette archi-connue sans tomber dans la banalité ou la vulgarité, tout en proposant une lecture neuve et amusante ? La parti pris de Bruno Ravella à l’Opéra National de Lorraine (jusqu'au 23 décembre) est de jouer avec la surperficialité, l’hypocrisie d’un pouvoir déconnecté de la réalité et qui cultive sa futilité, en s'appuyant sur des situations identifiables pour le public d’aujourd’hui.

Une Dame aux camélias de belle tenue

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Pour la sixième fois à l’Opéra de Paris, est reprise La Dame aux camélias, le ballet en un prologue et trois actes élaboré par John Neumeier à l’intention de la grande ballerine Marcia Haydée qui en assura la création avec le Ballet de Stuttgart le 4 novembre 1978. Puis l’ouvrage entra au répertoire parisien le 20 juin 2006 ; et c’est dans le rôle de Marguerite Gautier qu’Agnès Letestu, aujourd’hui répétitrice invitée, fit ses adieux à la scène en octobre 2013.

Dans les décors et costumes d’origine conçus par Jürgen Rose sous les lumières de Rolf Warter, Kevin Haigen et Janusz Mazon, les deux répétiteurs patentés, redonnent vie au spectacle qui véhicule toujours le même impact émotionnel grâce à la musique de Chopin choisie par le chorégraphe selon une suggestion du chef d’orchestre Gerhard Markson.