A L’Opéra

Sur les scènes d’opéra un peu partout en Europe.

Cinématographique : Les Hauts de Hurlevent de Bernard Herrmann à Nancy

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Non, mon titre n’est pas une facilité d’écriture liée au « pédigrée » de l’auteur de l’opéra, il précise assez exactement ce que les spectateurs de l’Opéra de Nancy ont entendu et vu à l’occasion de la « première scénique française » des « Hauts de Hurlevent » de Bernard Herrmann (1911-1975).

Il est vrai que celui-ci s’est imposé comme compositeur de musiques de films : les BO des Hitchcock, c’est lui, de même que celles de « Citizen Kane » de Welles, « Farenheit 451 » de Truffaut, « Taxi Driver » de Scorsese et tant d’autres. Des partitions qui rencontraient et amplifiaient les univers de grands cinéastes.

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Une première sans doute à l’opéra : un drone y a un rôle à jouer. Et cela dans « Der Freischütz », un opéra romantique allemand créé en 1821 !

De quoi s’agit-il ? C’est l’histoire de Max, un jeune homme qui, s’il ne remporte pas un concours de tir, risque à la fois de perdre une promotion enviable – devenir le garde-chasse du Prince – et la main d’Agathe, la fille du garde-chasse en place, qui « fait valoir ses droits à la retraite ». Inquiétude : lors d’un concours préparatoire, le pauvre Max a eu la main tremblante et s’est même fait battre par un simple paysan. Mais voilà que surgit son ami Kaspar, un forestier, aux abois : il a vendu son âme au diabolique Samiel. Une solution pour lui, trouver un « remplaçant ». Ce sera Max. Dans la terrible Gorge-au-Loup, Kaspar lui prépare sept balles magiques. Ce que Max ignore, c’est que la septième sera guidée par Samiel. Il l’emploie pour tirer sur une colombe, Agathe s’écroule… Morte ? Miraculeusement non. Un moine survenant fort à propos a détourné le projectile, qui a abattu Kaspar. Tout est bien qui finit bien ? Presque. Le Prince accorde Agathe à Max, mais avec un sursis d’un an.

Voilà qui justifie – avec les développements de sa partition évidemment - que l’on considère cet opéra de von Weber comme l’un des premiers opéras romantiques allemands.

À la Scala, une MANON LESCAUT maussade

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Depuis vingt ans, depuis la production de Liliana Cavani présentée en juin 1998 sous la direction de Riccardo Muti, Manon Lescaut de Puccini n’a pas été reprise à la Scala de Milan. Aujourd’hui, David Pountney en présente une nouvelle mise en scène dans des décors de Leslie Travers, des costumes de Marie-Jeanne Lecca, des lumières de Fabrice Kebour.

L’action est transposée à la fin du XIXe siècle, au moment où le compositeur écrivait son troisième ouvrage. Selon David Pountney, « il n’est plus possible de considérer l’histoire de Manon Lescaut comme l’aurait fait un spectateur voyeur du XVIIIe siècle ; mais Puccini se montre capable de transcender la bulle temporelle de ses propres perceptions, en nous laissant une œuvre qui permet d’explorer une variété de significations sociales et sexuelles qui vont bien au-delà de ce que ses créateurs auraient pu imaginer ».  Donc la trame se déroule dans une gare de chemin de fer début XXe, style Orsay ou Gare du Nord, avec une passerelle métallique surplombant un bar-buvette et un quai jouxtant les voies d’entrée de trains surpeuplés. Accompagnée de quatre petites filles modèles à canotier enrubanné, symbole de son innocence rapidement culbutée par le plaisir, la pauvre Manon est en proie à la cupidité des hommes, tous vêtus de blanc, arborant feutre mou et œillet rouge comme l’étudiant Edmondo, gilet brodé comme Lescaut, houppelande comme Des Grieux, manteau à col de zibeline et canne à pommeau d’argent comme Géronte de Ravoir. Toute cette société corrompue va ensuite se retrouver  dans les wagons capitonnés d’un Orient-Express qui accueille, au passage, un ‘musico’ et deux ou trois pastourelles échappés du Siècle des Lumières, faisant face à l’héroïne vêtue de satin rouge, tombée au rang de la poule de luxe mais trônant sur un fauteuil d’apparat dérobé à un potentat oriental. Le Port du Havre voit un convoi à bestiaux avec lucarnes, où l’on a entassé les prostituées, finir sa course contre un paquebot armé dont le départ sera ridiculement salué par la foule comme dans un finale de Show Boat. Et comment croire que le dernier tableau peut se passer dans une station ferroviaire désaffectée, dévorée par les dunes de sable, ne contenant plus qu’un chariot où se consume la malheureuse, que son chevalier s’empressera d’abandonner, une fois le dernier soupir rendu ! Et si au moins une once de passion avait pu habiter ce décor léché, ces costumes magnifiques, ces éclairages fascinants !

La Forza del Destino à Londres : gloire à Verdi

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Aucune production n’a sans doute été autant attendue et déjà commentée que La Forza del destino de Verdi programmée par le Royal Opera House de Londres,où l’oeuvre n’avait plus été à l’affiche depuis 2004. Pas pour la mise en scène de Christof Loy dont le public londonien connait le style et déjà présentée à Amsterdam en 2017, mais pour la distribution réunissant Anna Netrebko, Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier, malheureusement pas dans les dix spectacles de la série. Trois grands noms mais aussi et surtout trois artistes qui savent comment on chante Verdi et disposent du matériel vocal nécessaire et le style pour rendre justice à cette partition impressionnante et exigeante, dramatique et haute en couleur, parfaitement maîtrisée par Antonio Pappano et l’excellent orchestre du Royal Opera.

Evviva il bel canto : Anna Bolena à Liège

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Anna Bolena m’est apparue essentiellement comme une exaltation du beau chant, du bel canto ; tout y contribue.

L’intrigue, le livret de Felice Romani, est tragique : il nous raconte comment Anna Bolena – Ann Boleyn -, la seconde épouse d’Henri VIII, roi d’Angleterre, va être éliminée pour faire place « à la suivante », Giovanna Seymour - on se rappellera que ce roi insatiable multipliera par six le nombre de ses mariages. Le royal amant va ourdir un stratagème impitoyable : faire revenir d’exil Riccardo Percy, lui-même épris de la reine, et les prendre tous deux au piège de l’adultère. Ajoutons-y, pour que l’engrenage tragique fonctionne bien, Smeton, un petit page amoureux, et Lord Rochefort, le frère d’Anna. Voilà de quoi émouvoir les cœurs sensibles.

Un enchantement baroque

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On met pas mal à l’affiche ces temps-ci des opéras de Francesco Cavalli (1602-1676). Ce compositeur est dans « l’air » du temps comme le prouve d’ailleurs un disque tout récent que vient de lui consacrer Philippe Jarousski.

Certains n’auront pas oublié la Calisto de La Monnaie dans l’inventive et réjouissante mise en scène d’Herbert Wernicke.

Son Erismena, créée à Venise pendant la saison 1655-1656 avec un succès concrétisé pendant presque vingt ans par de nombreuses reprises dans la Cité des Doges et un peu partout en Italie, a été l’un des événements du Festival d’Aix-en-Provence en 2017. La revoilà à Luxembourg.

« Musique ! A l’aide ! », s’écrie L’Enchanteresse à Lyon

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our son Festival ‘Vies et destins’, l’Opéra de Lyon propose en parallèle Didon et Enée, remembered selon Purcell complété par Kalle Kalima, Le Retour d’Ulysse de Monteverdi dans la version du Handspring Puppet Company et L’Enchanteresse, l’antépénultième ouvrage de Tchaikovsky, écrit entre août 1885 et septembre 1886.
Il y a deux ans, le San Carlo de Naples en proposait la création italienne dans une mise en scène de David Pountney. A Lyon, la direction fait appel au régisseur ukrainen Andriy Zholdak qui conçoit aussi les décors (en collaboration avec son fils (?) Daniel) et les lumières, quand Simon Machabeli réalise les costumes ; il fait table rase de la trame, du lieu et de l’époque pour nous livrer ses fantasmes personnels en matière de sexe et de religion. Qu’on en juge : le livret d’Ippolit Shpazinsky est focalisé sur Nastasya dite Kuma, tenancière d’une auberge de campagne aux confins de l’Oka et de la Volga, qui exerce une ensorcelante fascination sur le Prince Nikita Kurlayev dont elle refuse les avances ; par contre, elle s’éprendra de son fils Yuri, envoyé par sa mère, la Princesse Evpraksya Romanovna, folle de jalousie, pour mettre un terme aux jours de la ‘sorcière’. Le dénouement sera terrible : Nastasya sera empoisonnée par les bons soins de l’épouse outragée, et le fils sera abattu par son père.

La couleur des mains

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La JUIVE

C’est par une immédiate ovation debout que les spectateurs de l’Opéra d’Anvers ont salué La Juive (créée en février 1835) !

A Constance, au moment où s’ouvre le Concile qui en gardera le nom, deux groupes définis par leur religion -les chrétiens et les juifs- vivent côte à côte, mais de façon violemment conflictuelle, dans un contexte d’intolérance absolue. Leurs représentants : le Cardinal de Brogni et le joaillier père de famille Eléazar. Deux femmes aiment le même homme : Rachel, la juive, la fille d’Eléazar, et la Princesse Eudoxie, la chrétienne. L’homme, c’est Léopold : il fréquente la première sous une fausse identité et trompe la seconde à laquelle il est lié. Le père et le Cardinal sont unis par un terrible secret qui vaudra à l’œuvre sa fin atroce.

La Finta Pazza « d’après » Francesco Sacrati à Versailles : une déception.

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L’exhumation de partitions inconnues du XVIIe siècle présente un avantage : offrir une quasi « page blanche » au directeur musical. C’est donc de lui qu’il sera question ici beaucoup plus que de Francesco Sacrati (1605-1650) dont la Finta Pazza (la fausse folle) fut créée à Venise en 1641 avec succès, notamment grâce aux machineries fantastiques du grand « sorcier » Giacomo Torelli. C’est sous cette forme, avec des ballets de Balbi, que fut représenté pour la première fois en France un véritable opéra à l’invitation de Mazarin dans le but de divertir le jeune roi de 7 ans. Il semble n’en subsister que l’ossature (livret de Giulio Strozzi) privée de ses ballets et intrigues annexes. Après deux productions récentes dont celle d’Allan Curtis à La Fenice, c’est Leonardo Garcia Alarcon qui propose une nouvelle version à la tête de sa Cappella Mediterranea.

Push à La Monnaie

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Créé en 2016 au Battle Festival (Battle, Angleterre), Push fait partie de ces œuvres fortes et émouvantes qui font écho à la réalité. L’opéra relate l’histoire vraie de Simon Gronowski, jeune déporté en route pour Auschwitz qui survécut grâce à sa mère, qui le poussa hors du train en 1943. Resté caché jusqu’au 8 mai 1945, la guerre lui prit tout : sa mère et sa sœur Ita, décédées dans les chambres à gaz d’Auschwitz, et son père, mort de désespoir en juin 1945.

Pourtant, à 87 ans, Simon Gronowski est aujourd’hui un homme optimiste qui croit en l’avenir. Courageusement, il décida d’écrire et de publier son histoire en 1990 (L’enfant du 20e convoi). C’est d’ailleurs grâce à cet acte de bravoure qu’il put rencontrer un des gardes d’Auschwitz de l’époque, à qui il a pardonné après tant d’années. C’est dans cette idée de compassion et d’ouverture pour un monde meilleur que Simon continue encore de partager son histoire.