Intemporels

Les dossiers.
Les graines de curieux : les découvertes un peu piquantes de la musique.
Musiques en pistes : pour une écoute active de la musique. Analyse et exemples sur partitions et écoutes d’extraits.
Focus : un événement particulier dans la vie musicale

Harnoncourt et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam

par

L’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam fait paraître un coffret composé de captations de concerts sous la direction de Nikolaus Harnoncourt. Ce box documente la longue et étroite collaboration entre la phalange amstellodamoise et le chef autrichien. A cette occasion Crescendo Magazine retrouve Lodewijk Collette, responsable éditorial et Daniël Esser, ancien violoncelliste de l’orchestre et conseiller sur ce coffret pour remettre en perspective cette parution.   

Au début des années 1970, Harnoncourt faisait ses débuts de chef d'orchestre et avait dirigé le Residentie Orkest de La Haye. Comment s'est déroulée la rencontre avec l'Orchestre Royal du Concertgebouw ? 

Les réactions et critiques positives aux concerts avec le Residentie Orkest et les "rumeurs" sur les grandes qualités de Harnoncourt en matière de pratique d'interprétation authentique ont suffi à la direction artistique du RCO (dont Marius Flothuis était le responsable) pour l'inviter en 1975 à diriger la Passion selon Saint Jean de Bach à Amsterdam avec le RCO. Les musiciens furent en général immédiatement convaincus, tout comme le public et la presse. 

Comment l'orchestre a-t-il réagi à la collaboration avec N. Harnoncourt ? Quelles ont été les conséquences pour le RCO et sa sonorité d’ensemble des venues régulières de N. Harnoncourt ? 

Les musiciens de l'orchestre ont pris conscience qu'ils pouvaient apprendre beaucoup de cet "apôtre authentique", par exemple un son plus léger sans trop de vibrato, des tempos plus rapides, des accents et des contrastes plus prononcés. En bref, une extension de la conscience sonore déjà existante de l'orchestre.  

C'est avec le RCO que Harnoncourt a élargi son répertoire en se confrontant aux grandes œuvres du répertoire symphonique du XIXe. Comment le choix des œuvres a-t-il été déterminé ? 

Le choix du répertoire est venu de Harnoncourt lui-même, bien sûr en concertation avec la direction artistique de l’orchestre et de Teldec, le label du chef d’orchestre pour lequel nous avons gravé de nombreux disques. Ce fut un développement logique et naturel du point de vue de l'histoire de la musique.  

La sélection d’Octobre 2022 par Crescendo Magazine 

par

Ce mois d’octobre nous permet de saluer les concerts du CPE Festival. Du nom du  Crédit Populaire Européen, cette structure organise, en étroite collaboration avec l'asbl MGConcerts,  une série de 20 concerts par an au Musée des Instruments de Musique de Bruxelles (MIM).  L’affiche propose des artistes internationaux reconnus mais des musiciens belges et de jeunes talents passionnants. En octobre, on note des concerts du Mona Quartet dans Haydn et Debussy (dimanche 9 octobre à 12h) et un récital de la pianiste Elodie Vignon et de la contralto Sarah Laulan pour un voyage musical à travers le temps et les continents (25 octobre à 12). 

A Bruxelles, La Monnaie va régaler avec une nouvelle production de Rosenkavalier sous la direction d’Alain Altinoglu alors que Flagey se consacrera à Schubert avec un festival de 3 jours. 

Du côté des orchestres, le Belgian National Orchestra accueille Stanislav Kochanovsky à la baguette et l’exubérant Nemanja Radulovic au violon pour deux concerts à Bozar (7 et 9 octobre). Bozar sera également l'hôte d’un concert de prestige de la Philharmonie Tchèque de Prague sous la direction de Semyon Bychkov, avec Gautier Capuçon en soliste (21 octobre)   

Du côté de l’Orgue, Franck sera à la fête avec un concert à l'église des Dominicains de Bruxelles en compagnie des organistes Cindy Castillo et Bart Verheyen ainsi que de Joris Verdin à l’harmonium et de François Masset, soprano : le 15 octobre à 19h. Du côté de Liège et de la Salle philharmonique, Jean-Luc Thellin propose une journée de concerts dans le cadre du lancement de son intégrale discographique de l'œuvre pour orgue (23 octobre). 

De son côté, le festival Voix en Ville organise sa première édition en présentiel, un programme contrasté entre voix et littérature : Bruxelles du 6 au 9 octobre.  

A Gand, l’Opéra des Flandres se surpasse avec les représentations gantoises de Grandeur et Décadence de la ville de Mahagony de Kurt Weill, les reprises de Mozart Concert Arias dans la chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker et des Scènes de Faust de Schumann mises en images par Julian Rosefeldt et sous la direction de Philippe Herreweghe. 

Passons les frontières avec l’Ensemble Variances de Thierry Pécou qui sera à Paris pour un concert de lancement de son projet Le monde étincelant pour son label numérique Ohaya Records. Rendez-vous le 8 octobre au Conservatoire du XVIIe arrondissement de Paris. 

A Paris, le Théâtre des Champs Elysées nous régale de lyrique avec Iphigénie en Aulide de Christoph Willibald Gluck (7 octobre) mais surtout le  Zoroastre de Rameau (16 octobre) avec une équipe artistique en partie nationale : Jodie Devos, Reinoud Van Mechelen, Gwendoline Blondeel et  le Chœur de Chambre de Namur, sous la direction d’Alexis Kossenko. A Radio-France, l'Orchestre national accueille le géant du violon Frank Peter Zimmermann pour le concerto de Brahms avec rien moins que Philippe Jordan (6 octobre). L'ONF fera l'évènement tout au long du mois avec un concert de Cristian Măcelaru avec la soprano Fatma Saïd (13 octobre) et le retour de Riccardo Muti, l'un des chefs invités vénérés des Parisiens (20 0ctobre). 

N’oublions pas nos amis hollandais qui à Maastricht, pas très loin des frontières belges, pourront se régaler des concerts de l’International Classical Music Festival. Ces concert se dérouleront à la Sint Janskerk du 13 au 16 octobre. 

Jean-Luc Thellin, à propos de l’intégrale des oeuvres pour orgue de César Franck 

par

L’organiste Jean-Luc Thellin fait l’évènement avec une intégrale des oeuvres pour orgue de César Franck enregistrée entre Liège et Bécon-Courbevoie près de Paris. Cette somme propose également des versions pour orgue de la Symphonie en ré mineur et des Variations symphoniques. A l’occasion de la sortie du coffret discographique chez BY Classique et en prélude à une série de concerts, Crescendo s’entretient avec Jean-Luc Thellin,

Que représente pour vous l'œuvre pour orgue de César Franck ? Quelles sont ses spécificités dans l’histoire de la littérature pour orgue du XIXe siècle ?   

L’œuvre de César Franck est unique dans l’histoire des répertoires d’orgue. De tout temps, on a pu observer des chocs évolutifs dans les Arts en général et dans la musique en particulier. Il faut reconnaître qu’avant les années 1840, le paysage compositionnel français de l’orgue est relativement pauvre. César Franck va, sans réellement sans rendre compte, révolutionner la pratique de l’orgue, de l’improvisation mais également de la composition. Un langage riche, harmoniquement technique et travaillé qui n’existait pas jusque là va prendre place grâce à lui.

Franck va également donner une place « orchestrale » à l’orgue de par le traitement de la densité du discours mais également par la volonté d’associer les plans sonores et les couleurs aux différents plans d’un grand orchestre, ce qui est nouveau dans le répertoire du 19e.

Est-ce qu’il y a des exigences techniques et musicales spécifiques pour rendre toutes les facettes des partitions pour orgue de César Franck ?  

La particularité des œuvres pour Grand orgue de Franck est que techniquement nous nous trouvons dans un contexte « d’anti-virtuosité ». Franck a radicalement contrasté son approche entre ses œuvres pour piano qui restent très virtuoses et son œuvre pour orgue qui va à l’opposé de cette virtuosité pour tirer vers une intériorité quasi omniprésente. Les exigences techniques seront à mon sens basées ici autour de la technique du legato, de la recherche du souffle dans la phrase et surtout de la technique de gestion et maîtrise de la boîte expressive qui joue un rôle primordial chez César Franck.

Catarina Amon, à propos de Classeek

par

La plateforme en ligne Classeek ne cesse de se développer. 5 ans après son lancement, elle annonce toute une série de développements dont une série de concerts de jeunes talents diffusés en ligne. A cette occasion Crescendo Magazine s’entretient avec Catarina Amon, fondatrice et PDG de Classeek. 

Classeek a été fondée en 2017. Quel bilan tirez-vous 5 ans plus tard ? 

Le bilan le plus évident est que Classeek est une belle aventure. Car c’est comme une belle histoire d’amour, toujours animée par la même passion du premier jour. On ne regrette rien et on recommencerait. Notre engagement pour servir sa mission <Découvrir, suivre et soutenir les talents à travers le monde> ne se tarit pas. La fraîcheur, l’esprit créatif et innovateur y sont essentiels. Classeek est naturellement aussi un chemin d’apprentissage. On essaye, on trie ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas, et c’est ainsi qu’on avance dans le temps. Aujourd’hui je suis fière de ce que Classeek soitt devenue et de ce qu’on a pu construire.

Nous développons une vraie communauté, avec déjà 9 ambassadeurs exceptionnels au service des jeunes, qui nous ont recommandé 37 artistes qui se sont présentés sur notre scène et en livestream et qui ont participé à notre Programme. Cette année pour la première fois nous avons ouvert une place à des candidatures et nous avons reçu 98 candidatures de jeunes artistes entre 20 et 30 ans de grande qualité pour notre Programme 2022-2023. Et nous avons 2000 utilisateurs sur la plateforme sur ClasseekLink avec de belles histoires à raconter !

Cette rentrée est marquée par de nouveaux développements de la plateforme. Pouvez-vous nous les présenter ? 

ClasseekLink est une plateforme qui a l’ambition d’être la référence de l’industrie pour les jeunes artistes afin de se présenter, se rencontrer et de rester en contact entre eux et avec les professionnels. On crée une vraie communauté. Depuis sa naissance en octobre 2020, elle est en constante progression tel le chemin de vie d’un jeune musicien. Cette saison, nous allons la rénover de manière différente : par l’expérience utilisateur, le design pour la rendre plus parlante pour les jeunes générations, agréable d’utilisation afin qu’il se sentent comme “à la maison”. Nous commençons par l’amélioration de notre produit phare : le press kit digital qui est un outil créé en 2018 et qui sera intégré au profil des artistes. En un seul geste, un artiste où qu’il soit dans le monde pourra créer son profil avec presskit intégré et se présenter gratuitement. Facile à créer, mettre à jour et partager avec les organisateurs qui peuvent télécharger les matériels nécessaires directement en un clic, il permettra d’économiser des échanges de mails successifs. Un nouvel outil sera aussi intégré à la plateforme cette saison, une Newsroom qui donnera accès en temps réel à toutes les nouvelles de l’industrie agrégées apparues sur des médias généralistes, spécialisées de musique classique,  et sur les réseaux sociaux. Cette Newsroom permet aussi de filtrer le tout par dates, des nouvelles sur des catégories plus spécifiques, comme par exemple la discographie, les revues, les prix obtenus dans les compétitions, des interviews, des nouvelles sur des festivals, des premières et, à chaque recherche, on peut trouver les noms les plus cités dans les sources trouvées. Si on cherche dans la catégorie compétitions aujourd’hui, on voit que le nom le plus cité est celui du pianiste ukrainien Dmytro Choni qui a reçu la médaille de bronze cet été à la compétition Internationale de Van Cliburn. D’autres fonctionnalités verront le jour, destinées à développer un vrai esprit communautaire.

Sophia Vaillant et les compositrices françaises

par

La pianiste Sophia Vaillant fait paraître un album intitulé “Compositrices françaises d’hier et d’aujourd’hui” (IndéSens). Ce voyage musical à travers le temps met à l’honneur 10 compositrices d’Hélène de Montgeroult à Betsy Jolas, Graciane Finzi et Edith Canat de Chizy.   

Votre nouvel album se titre “compositrices françaises d'hier et d'aujourd'hui". 10 compositrices sont à l’honneur de votre nouvel  enregistrement ? Comment avez-vous sélectionné ces partitions ?

J'avais envie de regrouper des compositions de style et d'époques différentes.  J'ai d'abord choisi les compositrices que j'avais envie de mettre à l'honneur : celles dont je jouais déjà certaines de leurs pièces, celles que j'avais envie de jouer, et celles dont je pensais qu'il était nécessaire de les mettre en avant.

Ensuite, j'ai fait le choix de présenter un programme d'œuvres très  diversifiées, contrastées, et assez courtes. J'ai donc lu beaucoup de partitions, et j'ai essayé de les combiner.

Le choix dans l’ordre des plages nous fait évoluer de manière chronologique ? Pourquoi avez-vous opté pour cette progression du  temps ?

L'ordre chronologique permet de situer chacune des pièces dans son contexte historique.

On parle parfois d’un style français, d’une école française de  composition plutôt caractérisée par un amour du timbre ? Est-ce qu’il y a un trait commun à ces différentes œuvres ?

L'école française de composition est, en partie, caractérisée par  l'amour du timbre. Surtout à partir du XXe siècle, avec les compositeurs tels que Varèse, Honegger, Messiaen, ... Cette recherche sur le timbre est peut-être la caractéristique de l'évolution de la musique occidentale, à partir de la deuxième école de Vienne. Je dirai que le trait commun entre toutes ces œuvres, est la grande liberté d'écriture.

Jan Vogler, musicien entrepreneur créatif

par

C’est avec plaisir que l’on retrouve le violoncelliste Jan Vogler pour parler de deux sorties discographiques récentes, mais aussi du festival de musique de chambre de Moritzburg qui célèbre cette année ses 30 ans. Jan Vogler est également directeur artistique du festival de Dresde, référence européenne en matière de programmation. Véritable entrepreneur créatif, Jan Vogler aime développer des idées innovantes et pousser les frontières de la réflexion.  

Vous venez de faire paraître un album dédié à Dvořák avec deux grandes partitions : le Quintette avec piano n°2 et le célèbre Trio Dumky entrecoupés de petites pièces musicales. Pourquoi avoir choisi ces œuvres et ce concept d'alternance entre grands chefs-d'œuvre et petites pièces musicales ?

Je voulais raconter une histoire. La mélodie tzigane Als die alte Mutter est un lied dans la tradition allemande et appartient au salon musical du XIXe siècle, tout comme le Quatuor avec piano qui suit, écrit dans la tradition de Schumann et de Brahms, qui ont tous deux excellé dans ce genre. Le “Scherzo” du Terzetto ainsi que le passionnant Trio "Dumky" représentent le côté novateur de  Dvořák. Personne avant lui n'avait composé un trio de 6 mouvements "Dumka" et personne n'avait écrit un Terzetto pour 2 violons et alto ! La dernière pièce, l'une des miniatures les plus connues de  Dvořák , fait office de conclusion apaisante après les nombreuses mélodies déchirantes du trio "Dumky". 

Le communiqué de presse qui accompagne la sortie de cet enregistrement nous dit que ce disque vise à capturer l'atmosphère particulière du festival de Moritzburg. Pouvez-vous décrire cette atmosphère particulière de ce festival dont vous êtes le directeur artistique ?

Le Festival de Moritzburg travaille avec quelques éléments qui sont -dans cette combinaison particulière- rares dans le monde de la musique d'aujourd'hui. Nous réunissons des artistes d'Amérique du Nord et d'Europe, de différentes générations. C'est devenu rare, la plupart des festivals de musique de chambre en Amérique ont peu d'influence européenne et vice versa. Un autre élément inhabituel est notre confiance dans le talent, nous laissons souvent de très jeunes musiciens participer ou même diriger des œuvres très complexes. Et je crois à la magie d'une distribution. Réunir les bonnes personnes pour l'interprétation d'un morceau de musique particulier peut multiplier les énergies. Sur cet album Dvořák, nous avons réuni 5 jeunes musiciens très doués, qui ont apporté une richesse de créativité et de capacités dans le studio. 

Jean-François Monnard, à propos de Ravel 

par

Chef d’orchestre et musicologue, Jean-François Monnard se consacre à l'œuvre de Maurice Ravel. Il est Rédacteur en chef des excellents Cahiers Maurice Ravel, parution annuelle guettée des amoureux du compositeur, mais il a également réalisé des éditions révisées des grandes partitions symphoniques du compositeur pour la prestigieuse maison d'édition Breitkopf & Härtel. Il fait paraître la première édition révisée du ballet Daphnis et Chloé, une travail de fond exceptionnel qui sera une pierre angulaire des bibliothèques des chefs et des orchestres.  

Vous avez consacré plusieurs éditions révisées d'œuvres de Maurice Ravel pour Breitkopf & Härtel. Qu’est-ce qui vous a attiré en particulier chez ce compositeur ? 

L’œuvre avant tout, toujours au même niveau, l’homme aussi avec son indépendance d’esprit et le côté prestidigitateur et illusionniste du compositeur. Cette modernité qui le fait précurseur de notre temps, tout en le laissant contemporain du sien.

Daphnis et Chloé est une œuvre assez unique par ses caractéristiques instrumentales et chorales. Qu’est-ce qui fait la particularité de cette partition dans l’art orchestral de Ravel ? 

Le style narratif de la musique. La partition est un programme à elle seule ; elle accompagne les événements chorégraphiques, les commente, les suggère. Elle abonde en gestes, elle a une charge descriptive.

Stravinsky a écrit son admiration pour Daphnis et Chloé. Des grandes œuvres de Ravel (Rapsodie Espagnole, Daphnis et Chloé) sont contemporaines de celles de Stravinsky (L'oiseau de Feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps). Est-ce qu’il y a une influence entre les deux compositeurs au-delà de l’admiration entre eux ? 

Il est clair qu’il se sont influencés mutuellement alors qu’ils séjournaient à Clarens et se voyaient quotidiennement. Ravel s’est inspiré des Trois Poésies de la lyrique japonaise pour son instrumentation des Trois Poèmes de Mallarmé. La question est légitime : le ballet Daphnis aurait-il été ce qu’il est sans L’Oiseau de feu et Petrouchka ? En sens inverse, peut-on imaginer L’Oiseau de feu et Petrouchka sans la Rapsodie espagnole ?

 Vous faîtes paraître cette édition révisée de Daphnis et Chloé, ballet complet. Il s’agit de la première édition révisée de ce chef-d'œuvre. Il est de notoriété que l’édition originale comportait un grand nombre de fautes qui énervent les chefs d’orchestre. Il se dit que Pierre Boulez avait  même une longue liste d' erreurs à corriger. Comment avez-vous travaillé pour remédier à ces problèmes ? 

Le dépistage de fautes est un véritable sport et, comme j’ai été chef d’orchestre dans ma première vie, je l’ai pratiqué. En outre, j’ai eu la chance de profiter de l’expérience de Charles Dutoit qui est un fin connaisseur de Ravel. Les conclusions de Boulez sont parfois surprenantes ; les compositeurs ont tendance à soumettre le texte à leur propre ressenti. Ils ont trop d’individualité pour observer une certaine objectivité. De toute façon, c’est un domaine complexe : aux fausses notes, il faut ajouter les nuances négligemment laissées de côté, les phrasés incorrects, les modes de jeux imprécis (notamment concernant l’emploi de la sourdine). Il y a également des passages qui suscitent des doutes comme les timbales dans la première des Valses nobles et sentimentales, qui ne suivent pas toujours la ligne des contrebasses.

La sélection de septembre de Crescendo Magazine 

par

C’est la rentrée avec des reprises des concerts et des représentations d’opéras alors que certains festivals continuent d’illuminer cette fin d’été. 

  • Belgique

On commence justement ce parcours à Bruxelles avec le Festival Voce et Organo 2022. Il  se déclinera sur deux lieux exceptionnels : l’église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles, mais aussi, à Orp-Le-Grand, l’église Saints-Martin-et-Adèle (XIe-XIIe s.), joyau de l’art mosan roman en Brabant wallon.

La thématique 2022 est LUX VENETIAE. A travers cette thématique, le Festival Voce et Organo 2022 mettra à l’honneur le compositeur Allemand Heinrich Schütz (1585-1672), parfois appelé "le Monteverdi allemand", figure transitionnelle entre l'esthétique de la Renaissance et la modernité baroque venue d'Italie. Du côté de l’affiche, on retrouvera le meilleur du meilleur : Claire Lefilliâtre,  le Chœur de Chambre de Namur, les Ensembles Hortus Musicalis et Oltremontano et les organistes Benoît Mernier, Arnaud Van de Cauter, Jean-Luc Iffrig et Luc Ponet.

Les concerts du Festival Voce et Organo se caractérisent par l'alternance d'œuvres pour orgue seul d'une part, et de musique vocale ou d'œuvres pour ensemble instrumental d'autre part. Le Festival souhaite ainsi mieux faire connaître la musique d'orgue à un public intéressé par la musique ancienne.

Chaque année, Voce et Organo collabore non seulement avec des musiciens étrangers, mais aussi avec des artistes belges. Le répertoire des compositeurs actifs dans nos régions fait l’objet d’une attention toute particulière. 

On reste à Bruxelles avec nos amis du Belgian National Orchestra qui accueillent leur nouveau directeur musical : le Néerlandais Anthony Hermus pour un concert d’ouverture de saison ambitieux  : Wim Henderickx et son Pulses of the Earth ; Johannes Brahms et son Concerto pour violon (avec Hilary Hahn) et en apothéose  la Symphonie Fantastique de Berlioz. C’est à Bozar le 9 septembre ! 

A Bozar, toujours, l’Orchestre symphonique de La Monnaie fait sa rentrée avec un concert sous la direction d’Alain Altinoglu dans un programme contrasté avec, entre autres, la première à Bruxelles de la version originale de l’Interlude symphonique de Rédemption de César Franck  (dit “Ancien Morceau symphonique”) et une création de notre brillant compatriote Harold Noben (25 septembre). Bozar nous régale également un week-end d’ouverture les 17 et 18 septembre : un florilège de musiques. 

Francesca Dego, Mozart concertant avec Sir Roger Norrington 

par

La violoniste Francesca Dego a enregistré, en compagnie du légendaire Sir Roger Norrington au pupitre du Royal Scottish National Orchestra, une intégrale des concertos pour violons de Mozart (Chandos). Alors que le second volume, avec les concertos n°1, n°2 & n°5,  paraît ce vendredi, Crescendo Magazine est heureux de s’entretenir avec cette merveilleuse musicienne. 

Qu'est-ce qui vous a poussé à enregistrer l'intégrale des concertos pour violon de Mozart ? 

Si je n'avais pas rencontré Sir Roger et commencé à travailler avec lui, j'aurais peut-être attendu vingt ans de plus avant d'enregistrer les concertos pour violon de Mozart. Soudain, avec lui, tout avait un sens. Nous avons discuté du son, du phrasé, des archets, du vibrato, de l'ornementation et des tempi pendant des mois, prenant plaisir à travailler et découvrant de nouveaux détails. La façon dont il façonne chaque aspect des lignes orchestrales et des accompagnements me permet de chanter ces mélodies tout en goûtant littéralement le rythme harmonique. Dès que nous avons commencé à travailler ensemble sur ce répertoire, j'ai tout simplement su qu'il devait être enregistré et j'ai été ravie de découvrir qu'il pensait la même chose (et Chandos Records aussi, bien sûr !).

Comment s'est faite la rencontre avec Sir Roger Norrington ? Comment avez-vous décidé de travailler ensemble sur ces œuvres de Mozart ? 

J'ai rencontré Sir Roger pour la première fois en 2010 au Royal College of Music de Londres, où il m'a écouté interpréter le Concerto n°1 de Paganini avec l'orchestre du collège et une première graine d'intérêt pour une collaboration a été semée. Après des rencontres ultérieures à Paris et Salzbourg, il m'a invitée à interpréter avec lui le Concerto pour violon de Brahms à Cologne en 2017, avec l'Orchestre Gürzenich à la Philharmonie, un rêve devenu réalité ! C'est à ce moment-là que nous avons commencé à discuter de Mozart et que nous avons finalement interprété le Concerto n°4 ensemble avec le Royal Scottish National Orchestra en 2019, date à laquelle nous avions commencé à imaginer enregistrer les concerti ensemble. L'alchimie avec l'orchestre était juste parfaite, alors nous avons décidé que ça devait être avec eux !

N'était-ce pas intimidant de travailler avec une légende de la musique comme Roger Norrington ? Votre vision de ces œuvres de Mozart a-t-elle changé pendant la préparation des sessions d'enregistrement avec lui ? 

J'ai toujours été inspirée mais jamais intimidée, c'est quelqu'un que l'on adopterait instantanément comme grand-père ! En entendant Sir Roger parler de Mozart, de sa dévotion et de sa connaissance de cette musique, j'ai voulu que l'interprétation soit la sienne autant que la mienne, une chance de finaliser sa vision (il joue lui-même du violon, donc il sait aussi ce qui peut être fait sur le plan technique). Bien sûr, je suis arrivée avec un bagage, ayant déjà joué tous les concerti auparavant, les n°2 et n°3 à l'âge de 7 ans. Mais j'ai apprécié la possibilité d'aller de plus en plus loin, d'écouter et de digérer toutes les informations et le pur génie musical qui se présentaient à moi. J'ai été stupéfaite par sa capacité à transmettre et à raconter avec naturel sa connaissance encyclopédique de la pratique de l'interprétation classique et de l'histoire derrière et dans chaque note. Il résume tout cela par ce qu'il appelle les six "S" : Sources, Size, Seating, Speed, Sound, and Style (sources, échelle, placement, vitesse, son et style). Une fois que vous avez mis en place le contexte historique et les "règles", ce qui compte, c'est de garder vos oreilles et votre cœur ouverts et de rechercher ce qui est beau. Si vous lui demandez quel est son secret, comment il fait pour que tout sonne si frais et naturel, il haussera les épaules et vous dira que quiconque est incapable de s'asseoir par terre et de faire rire un enfant de joie ne peut pas interpréter Mozart, que la simplicité et l'instinct doivent toujours guider une interprétation.

Il existe des dizaines d'enregistrements de référence de ces œuvres, certains réalisés par d'illustres interprètes d'hier et d'aujourd'hui. Certaines de ces interprétations sont-elles des modèles pour vous ?  

Je pense que l'école italienne est assez précise dans sa façon de dépeindre instinctivement la qualité légère et pétillante de la théâtralité de Mozart. Je viens de ce milieu et mon enregistrement préféré, ainsi que celui de Sir Roger (jusqu'à présent, bien sûr !) est sans aucun doute celui de Giuliano Carmignola sous la direction de Claudio Abbado (2007). Il y a un équilibre parfait entre clarté, respect, imagination et plaisir. J'aime aussi beaucoup l'enregistrement d'Isabelle Faust avec Il Giardino Armonico et Antonini (encore un élément italien !). Bien sûr, j'ai écouté de nombreuses approches différentes au fil des ans et je pense qu'il y a une réelle beauté dans la variété des interprétations, mais je dois dire que j'ai plus de mal maintenant lorsque j'écoute des versions plus anciennes et plus lourdes après ces années de travail avec Sir Roger. 

Jesper Nordin, compositeur immersif 

par

Le compositeur Jesper Nordin fait l'événement avec la parution, chez BIS,  de l'enregistrement de sa partition Emerging from Currents and Waves avec rien moins que le clarinettiste  Martin Fröst (artiste de l’année ICMA 2022) et l’Orchestre de la Radio suédoise sous la direction de Esa-Pekka Salonen. Cette oeuvre utilise la technologie du Gestrument, mise au point par Jesper Nordin. Crescendo Magazine est ravi de s’entretenir avec un compositeur qui explore les frontières de tous les possibles.  

Comment est née l'idée de cette partition Emerging from Currents and Waves

Lorsque j'ai imaginé cette pièce, c'était comme un concerto pour clarinette (Emerging) qui naissait entre les deux mouvements extérieurs qui devaient presque être considérés comme des concertos pour le chef d'orchestre (Currents and Waves). L'idée était aussi que cette pièce serait modulaire, afin qu'il soit possible d'en jouer certaines parties sans l'orchestre complet et sans toutes les exigences techniques. C'est pourquoi deux des mouvements existent dans des versions plus petites -appelées Emerge et Wave. Cela a conduit à ce que certaines parties de la musique de la pièce soient interprétées par un certain nombre d'orchestres dans les différentes versions.

Emerging from Currents and Waves serait-il une oeuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk)  2.0, au sens wagnérien du concept

Pas vraiment, mais je comprends la question. Tous les aspects de cette pièce sont nés des idées musicales sur lesquelles j'ai travaillé. Il s'agit donc plutôt de ma musique qui s'étend à la technologie et aux visuels que d'essayer de combiner différentes formes d'art. Les visuels, par exemple, peuvent presque être considérés comme une manifestation de la musique.

Cette partition semble être l'aboutissement artistique de votre approche Gestrument. Pensez-vous qu'à l'avenir, vous irez encore plus loin dans votre approche de la technologie ? 

Oui, certainement ! Ma technologie Gestrument est maintenant au cœur d'une entreprise appelée Reactional Music qui tente de révolutionner la façon dont la musique est composée et vécue dans le cadre d'expériences interactives telles que des jeux vidéo et des expositions à l’image de ces deux projets : Dream, projet mené en collaboration avec la Royal Shakespeare Company, le Philharmonia Orchestra et Epic Games (créateur de Fortnite) et Avicii Experience à Stockholm.