Sebastian Androne, compositeur 

par https://rezojobs.com/

Le compositeur roumain Sebastian Androne est le compositeur de l’année 2022 des International Classical Music Awards. Sa pièce The Dark Blue Flower sera interprétée à l’occasion du concert de gala 2022 par l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. Il répond aux questions de Radio Romana Muzical, nos confrères du jury des ICMA.

Que représente la musique pour vous ?

C'est un royaume d'imagination, c'est pourquoi j'ai toujours eu l'impression que composer était (aussi) une forme d'évasion pour moi. Ce n'est pas seulement un moyen ineffable de s'exprimer et de communiquer quelque chose à autrui, mais toute une dimension enchanteresse qui transcende notre espace-temps.

Pourquoi avez-vous choisi d'écrire de la musique contemporaine, mais aussi des musiques de scène et des bandes originales de film ?

La musique contemporaine est l'apogée de l'art de la composition, elle englobe toutes les techniques, styles et stratégies possibles. Par conséquent, la musique contemporaine offre le plus haut niveau de liberté créative (si l'on ignore les contraintes stylistiques éphémères qui apparaissent généralement au niveau régional en raison de différents facteurs). C'est la principale raison pour laquelle j'ai choisi cette voie et pourquoi je ne cesserai jamais d'écrire de la musique contemporaine. En même temps, la grande majorité de mes compositions de cette catégorie partagent une propension à la "description visuelle", un désir de connecter le musical avec l'extramusical. Je pensais donc qu'il me serait facile de composer de la musique de scène et des BO de films, mais je me trompais. La fonction d'un compositeur de musique de film est totalement différente de celle d'un compositeur de musique de concert. Les processus de composition peuvent aussi être très différents. Un compositeur de musique de concert peut être considéré comme un démiurge, un fournisseur incontestable de matière musicale qui sera mise en forme sonore par le chef d'orchestre et/ou les interprètes, tandis que le compositeur de musique de film n'est qu'un des piliers qui soutiennent un effort de collaboration massif. Il doit adapter sa musique aux besoins plus importants du projet. J'aime les deux rôles et le fait de disposer des outils de composition acquis au cours de mes études de musique contemporaine est un avantage bienvenu dans l'écriture de musique de film, même si l'on doit y accorder beaucoup plus d'attention au dosage avant-arrière-plan de la musique.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

Au début, je me concentrais sur mes centres d'intérêt, principalement l'astronomie, la physique quantique, la littérature ou la métaphysique, mais j'ai peu à peu réalisé ce que l'un de mes premiers professeurs de composition essayait de nous enseigner, à savoir que nous devrions nous laisser inspirer par le banal aussi. Bien sûr, il n'y a pas de "sortie" sans "entrée", mais je n'ai pas besoin de rechercher l'"extraordinaire" pour composer. Il y a beaucoup de choses qui peuvent nous inspirer dans l'ordinaire aussi !

Comment envisagez-vous l'avenir, en tant que jeune compositeur ?

Malgré mes luttes et mes résultats professionnels, il n'est pas certain que je puisse continuer à exercer la passion de ma vie de la même manière. Il ne suffit pas de travailler dur et d'avoir un certain talent pour réussir. Il est de plus en plus difficile pour un compositeur à plein temps d'avoir une stabilité financière assurée dans le statu quo actuel. Et cette stabilité est souhaitable lorsqu'on décide de passer d'une vie de bohème à une vie de famille, comme je l'ai fait il y a quelques années. Jusqu'à présent, il m’aurait été impossible de devenir et de continuer à être un compositeur sans l'aide morale et financière de ma famille, qui a fourni un effort considérable pour me soutenir financièrement pendant mes années de formation musicale sans fin. Avec le temps, certaines conditions et la pression qui s’installe lentement m'ont amené à envisager la recherche d'un "vrai travail" (comme certains l'ont recommandé il n'y a pas si longtemps) et à passer de la composition à plein temps à la composition le dimanche. Si le besoin s'en fait sentir, il se peut que je doive le faire et, aussi sombre que puisse paraître cet avenir, c'est une éventualité à laquelle je dois me préparer. Bien sûr, une autre possibilité est que je gagne un Oscar pour la meilleure bande originale de film. 

Sebastian, vous avez été désigné compositeur de l'année par le jury des ICMA. Comment se sont déroulés les évènements pour vous jusqu'à cette annonce ?

Je suis vraiment heureux de pouvoir en parler avec vous. D'abord, Madame Comandașu de la Radio Roumaine m'a contacté et m'a dit qu'elle avait proposé mon nom aux 'ICMA. Je dois reconnaître que je ne savais rien de ces prix. J'ai cherché des informations et j'ai pensé... wow, quelle bonne occasion de promouvoir mon travail ! Je ma disais que ce serait un tremplin pour ma carrière. Après cela, bien sûr, j'ai oublié parce que les projets s'accumulent. Et environ un an plus tard, Madame Comandașu m'a dit : "Eh bien, Sébastien, j'ai de bonnes nouvelles pour vous !" Elle m'a dit que j'avais été choisi comme compositeur de l'année pour 2022. J'ai bien sûr dû garder le silence pendant 6 à 7 mois, je n'avais pas le droit de dire quoi que ce soit. Et voilà, c'est hier qu'ils ont annoncé ces grandes nouvelles.

Le gala des ICMA aura lieu en avril de cette année, et l'une de vos œuvres y sera jouée. Pouvez-vous nous en parler ?

L'œuvre qui sera jouée est The Dark Blue Flower que j'ai écrite pour ma thèse de doctorat et pour un concours de festival en Chine, à Shanghai. Elle a été jouée pour la première fois là-bas, en 2018, et celle-ci sera une version légèrement modifiée : au lieu d'un erhu, un instrument chinois, j'utilise un violon solo. Je suis ravi que ce soit le célèbre maestro Adam Fischer qui dirige cette œuvre.

Et maintenant, venons-en au prix lui-même. Que signifie cette distinction pour vous en ce moment précis de votre carrière ?

C'est une question à laquelle j'ai beaucoup réfléchi et, pour être honnête, je peux vous dire que j'ai reçu pas mal de distinctions et de prix. Certains m'ont rendu un peu trop confiant, j'ai poussé les choses trop loin... Oh, regardez comme je suis un grand compositeur ! Mais en même temps, je me souviens que j'ai participé à plus de concours que je n'en ai gagné. D'un autre côté, un concours remporté n'est pas nécessairement une preuve de la valeur d'une personne, d'une progression dans sa carrière. Pourtant, une telle distinction est pour moi une sorte d’accolade... "Tu peux continuer comme ça, tu peux aller de l'avant, ce que tu fais en vaut la peine."... parce que, surtout en ces temps de pandémie où certains pays recommandent aux artistes de trouver d'autres emplois, ce genre de confirmation m'incite aussi à mettre les notes sur papier avec plus d’assurance.

Sur quelles œuvres travaillez-vous actuellement ?

Je travaille actuellement sur deux projets concomitants. Le premier est un opéra qui se nommera : Opera in Your Pocket. Le second est la musique d'une pièce qui sera jouée à Constance, en Allemagne ; elle s'appelle Nosferatu. Ils m'ont choisi comme compositeur parce qu'ils avaient besoin de quelqu'un qui puisse puiser dans son ADN roumain et apporter une certaine influence des environs du Château de Bran, bien connu pour être associé à Dracula. Ce sont les plus gros projets sur lesquels je me concentre. Jusqu'à présent, j'ai écrit de la musique pour un grand nombre de films d'animation, mais j'ai aussi des projets de musique de chambre. Je vais peut-être envisager aussi de participer à d’autres concours de composition. 

Vous souhaitez donc continuer à participer à des concours de composition ?

J'ai vraiment envie de participer à d'autres concours, notamment à celui, absolument énorme, de Bâle, pour orchestre. Mais je ne sais pas si j’aurai le temps pour cela maintenant que j'ai un bébé de dix-huit mois. Nous verrons comment j'arriverai à organiser mon temps. 

Propos recueillis par Lucian Haralambie pour Radio România Muzical . Traduction en adaptation : Michelle Debra et Pierre-Jean Tribot (Crescendo-Magazine).

Crédits  photographiques : Florin Ghenade

 

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