Deux Requiem inaboutis...

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Verdi_Requiem_BarenboimGiuseppe VERDI (1813-1901)
Messa da Requiem

Anja HARTEROS (soprano), Elina GARANCA (mezzo-soprano), Jonas KAUFFMANN (ténor), René PAPE (basse), Orchestra e Coro del Teatro alla Scala, dir.: Daniel BARENBOÏM, enregistrement video Andy SOMMER
2013-live-DVD-88'-Textes de présentation en anglais, français, allemand et italien-Decca 074 3807

Kristin LEWIS (soprano), Violeta URMANA (mezzo-soprano), Piotr BECZALA (ténor), Ildar ABDRAZAKOV (basse), Orchestre et Choeurs de l'Opéra National de Paris, dir.: Philippe JORDAN
2013-live-77'05''- Textes de présentation en anglais, français et allemand-Erato 50999 9341402 9

Il est un peu hasardeux de comparer DVD et CD, mais les deux parutions étant sorties quasi simultanément, l'occasion était trop belle. Je me concentrerai uniquement sur l'enregistrement musical de l'oeuvre. En effet, la réalisation filmée du concert du 27 août 2012, à la Scala, n'a rien d'exceptionnelle : on y admire la plastique des deux dames et celle du beau Jonas Kaufmann, on observe les demandes constantes de contrastes de Barenboïm, mais la plus-value s'arrête là.
La caractéristique première de l'interprétation de l'illustre chef israélien réside en effet dans cette obsession du contraste dynamique qui, il faut l'avouer, donne souvent d'excellents résultats. Ainsi, tout au long du Requiem initial, l'auditeur expérimente cette alternance d'extrême douceur, suivi de la pleine puissance du Kyrie, dominé par une Anja Harteros en surmultipliée. Avec sa suite de morceaux brillants, le Dies irae va comme un gant à Barenboïm, ici très chef d'opéra. Hormis René Pape, assez éteint, les solistes s'en donnent à coeur joie : Garança se prend pour Amneris dans le Liber scriptus, et Kauffmann pour Domingo dans l'Ingemisco. Contrastes violents à nouveau pour le Recordare puis l'admirable Lacrymosa. Par contre, l'Offertorio souffrira de ces contrastes, exagérés cette fois, avec un Hostias inaudible. Mais Harteros y réussit une superbe gradation dramatique sur "… sed signifer Sanctus Michael". Tout sera à l'avenant jusqu'à l'ultime Libera me, beaucoup trop retenu au début, mais grandiose à souhait dans la fugue, après l'extatique si bémol aigu tant attendu. Un beau Requiem donc, mais un peu trop particulier pour atteindre les sommets de la discographie.
Egalement enregistré en live, en juin 2013, le Requiem de Philippe Jordan est tout différent. Le chef ne dispose pas du gratin mondial de solistes comme son confrère : les siens ne sont pas des stars lyriques, mais de belles voix de concert. Sa version sera dès lors plus purement symphonique, oratorio plus qu'opéra. L'orchestre de l'Opéra de Paris, très réputé, brille de tous ses feux (cuivres du Tuba mirum, bassons du Quid sum miser). La conception est modérée, visant l'équilibre et la musicalité. L'immense Dies irae est spécialement réussi, ne versant jamais dans la violence : le Rex tremendae puissant mais sans forcer, en est un bel exemple. Les deux dames s'accordent parfaitement dans un très pur Recordare. Si Piotr Beczala exalte l'Ingemisco, il déçoit un rien dans un assez pâle Hostias. Sans aucun doute, Abradzakov domine le quatuor des solistes, du Mors stupebit au Lux aeterna. Il sera le seul soliste à se préoccuper de l'aspect dramatique de la partition, d'où le côté un peu bancal de cette version, qui oscille entre deux pôles. Et le Libera me de Kristin Lewis déçoit par un curieux manque d'implication.
Que conclure dès lors ? Deux belles interprétations sans doute, mais ni l'une ni l'autre ne parvient à cette rare réussite que fut la version récente d'Antonio Pappano (EMI), laquelle comprenait deux solistes de la version Barenboïm (Harteros et Pape) : elle est à conseiller en premier lieu. Sans oublier les grands anciens : Reiner, Giulini, Karajan et Solti.
Bruno Peeters
Barenboïm : Son 10 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 9
Jordan : Son 9 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 9

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