Deux versions du War Requiem de Benjamin Britten

par washington university college essay writing checklist

Benjamin BRITTEN (1913-1976)
War Requiem

- Anna Netrebko (soprano), Ian Bostridge (ténor), Thomas Hampson (baryton), Coro e Voci Bianche dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Circo Visco (chef de choeur), Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, dir. : Sir Antonio Pappano
2013-DDD-live-80.05-Textes de présentation en anglais, français et allemand-chanté en latin, anglais et allemand-Warner Classics WC 6154482
- Galina Vischnevskaya (soprano), Peter Pears (ténor), Friedrich Fischer-Dieskau (baryton), The Bach Choir and London Symphony Orchestra Chorus, David Willcocks (chef de chœur), Highgate School Choir, Edward Chapman, dir. : Edward Chapman, Simon Preston (organ), Melos Ensemble, London Symphony Orchestra, dir. : Benjamin Britten.
2013-ADD-3 CD-Textes de présentation en anglais, français et allemand-chanté en latin, anglais et allemand-Decca 478 5433

Britten2À l’occasion du centième anniversaire de naissance du compositeur Benjamin Britten (1913-1976), deux nouvelles éditions discographiques rendent hommage à une des œuvres majeures du maître anglais, le War Requiem, Missa pro defunctis, opus 66. L’œuvre fait l’objet d’une nouvelle édition originale et remasterisée chez Decca, alors que Warner Classics nous offre une version live, enregistrée lors d’un concert à la Sala Santa Cecilia de Rome en juin 2013.
La genèse du War Requiem découle d’un événement tragique. Au lendemain d’une violente attaque des forces de la Luftwaffe, le 14 novembre 1940, la ville de Coventry s’éveille dévastée devant la désolation de ses ruines. Plusieurs monuments ont succombé au désastre parmi lesquels l’église du XVe siècle dédiée à saint Michel. Dès lors naîtra le projet d’ériger un nouveau lieu de culte sur les vestiges de l’ancienne église pour célébrer la mémoire de ce patrimoine. Le comité du Coventry Cathedral Festival sollicite en octobre 1958 Benjamin Britten pour la composition d’une œuvre imposante en vue de la consécration de la nouvelle église. Britten adhère au projet et choisit pour le livret d’adapter à la Missa pro defunctis des textes de Wilfred Owen (1893-1918), dont il avait déjà mis les poèmes en musique en 1958 dans The Kind Ghosts, opus 60/6. Ce dernier, mort au front une semaine avant l’armistice de novembre 1918, marqua profondément Britten par l’humanisme de ses textes et le sentiment pacifiste que dégage son discours.
Le War Requiem, dans lequel on peut reconnaître l’influence de la Huitième symphonie de Mahler et celle du Requiem de Verdi, est construit selon trois plans : le premier présente les deux principaux protagonistes, un soldat anglais et un soldat allemand, ainsi qu’un ensemble de chambre, le second plan est formé des chantres de la messe officielle, d’une soprano soliste et du grand orchestre symphonique tandis que le troisième plan met en valeur un chœur d’enfants et l’orgue. À chacun de ces plans correspond une intention poétique propre dont le dialogue représente une des plus belles qualités expressives de l’œuvre.
Le livret fournit avec l’édition de la Warner Classics propose plusieurs explications factuelles intéressantes dans un texte explicatif signé Stephen Jay-Taylor (également traduit en français et en allemand). Le texte intégral de l’œuvre y est de même retranscrit en anglais. Nous regrettons toutefois le manque d’information quant aux artistes et aux motifs de la réalisation de cet enregistrement-concert. L’édition de Decca nous propose un document beaucoup plus riche, présentant des photographies prises lors de l’enregistrement original en janvier 1963, réitérant ainsi la valeur historique de cette édition. Il y a également une version trilingue (anglais, français, allemand) du texte intégral de l’œuvre. De même, le texte explicatif rédigé par Christopher Palmer pour l’édition originale est repris et agrémenté d’une brève biographie de Wilfrid Owen par Nina Lesieur.
L’enregistrement-concert présenté par la Warner Classics, bien qu’il possède une grande qualité d’exécution, ne fait pas le poids face à la version remasterisée de Decca qui, déjà en 1963, s’était vendue à plus de 250 000 exemplaires. Cette dernière version, outre une excellente adaptation numérique de la bande-son analogique, est une référence considérable pour quiconque voudrait donner une nouvelle interprétation de l’œuvre. En effet, nous y retrouvons l’ensemble des musiciens et solistes qui ont créé l’œuvre dans la nouvelle cathédrale de Coventry le 30 mai 1962 (hormis la soprano russe Galina Vishnevskaya remplacée par Heather Harper lors de la création en raison de contraintes politiques). Le ténor Peter Pears, compagnon de Britten et dédicataire de maints rôles de ses opéras, interprète brillamment sa partie avec une diction claire et une voix timbrée. Les qualités du baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau ne sont plus à signaler, il reste ici fidèle à sa réputation d’une des plus grandes voix allemandes du XXe siècle. Nous devons également souligner l’excellente spatialisation sonore de l’enregistrement, ce que la version Blu-ray traduit encore mieux que ne pouvait offrir l’enregistrement analogique original ou la première version remasterisée parue en 2006.
Un autre point intéressant à relever de l’édition Decca est l’ajout d’un disque présentant des enregistrements sonores des répétitions pour l’enregistrement du War Requiem de 1963. Nous y entendons Britten lui-même donner des indications par rapport à l’interprétation de l’œuvre, ce qui souligne la qualité de cette édition de haute valeur artistique. Sans aucune hésitation, malgré une légère différence de prix, notre choix se porte sur l’édition remasterisée de Decca, édition qui gardera pendant encore longtemps une place de choix dans la discothèque des amateurs de Britten.
Hubert Bolduc-Cloutier

Warner Classics : Son 8 – Livret 5 – Répertoire 10 – Interprétation 7
Decca : Son 10 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 10

Les commentaires sont clos.