Die schöne Müllerin à Baden-Baden : un Schubert sous étouffoir
Le ténor allemand Klaus Florian Vogt donnait en récital, le 13 juin dernier à Baden-Baden, le cycle de lieder de Franz Schubert Die schöne Müllerin (La Belle Meunière), accompagné par l'Ensemble Acht en lieu et place du piano habituel.
La transcription est une vieille et saine habitude de l'histoire de la musique. Mozart, par exemple, arrangea ses concertos pour piano afin d'en faire des quintettes. Elle permet de familiariser le public avec des œuvres de grandes dimensions — opéras de Verdi ou de Haendel, symphonies de Brahms ou de Bruckner — en les réduisant aux dimensions d'un quatuor à cordes ou d'un piano, et, ce faisant, de rendre plus audibles les lignes mélodiques et les architectures ; à l'inverse, lorsqu'il s'agit d'augmenter le nombre d'instrumentistes, comme ici, elle ajoute des couleurs, et donc des atmosphères.
L'octuor tenant autant du quatuor à cordes que du quatuor à vents et de l'orchestre de chambre — autant de genres dans lesquels Schubert excellait —, l'auditeur ne pouvait s'empêcher de songer aux quatuors et aux premières symphonies très mozartiennes et haydniennes du compositeur, et de constater par là même à quel point la transcription de l'arrangeur Andreas N. Tarkmann en est éloignée. Ce n'est pas tant que les vents et les cordes constituant l'octuor manquent de cohésion, bien que cela soit aussi le cas ici : c'est surtout que, contrairement à l'œuvre originale de Schubert, les notes qui sortent des instruments semblent noyées dans la ouate. Elles manquent d'élan, d'emportement, de vie. N'oublions pas que la jeunesse du narrateur — ce compagnon meunier amoureux — est au cœur du cycle, et qu'il faut savoir l'incarner musicalement. Certes, comme dans les pages champêtres de Schubert, les vents évoquent la forêt, les champs, la nature, tandis que les cordes sont plus volontiers vouées à l'expression des sentiments ; mais ni le jeu de l'Ensemble Acht ni la transcription elle-même n'emportent. Rien ne transporte ici comme dans le piano si orchestral de Schubert dans ses lieder, et plus particulièrement dans le piano de ce cycle-là, qui souligne les emportements amoureux, les aspirations profondes et la jeunesse du narrateur.
Mais l'octuor n'était pas seul à décevoir. La voix claire de Klaus Florian Vogt, qui tire vers le Heldentenor, ne parvient pas véritablement à exprimer l'emportement, la joie, le doute, ni la mort à l'horizon du narrateur. Elle peine même à se faire entendre face à l'octuor. L'auditeur se demande si l'ambitus du chanteur est pertinent pour ces lieder, tant il semble restreint. L'opéra intérieur qui caractérise les lieder de Schubert, et dans lequel les sentiments sont les véritables acteurs du drame — caractéristique qui sera encore plus accentuée avec le Voyage d'hiver —, semble ici étouffé et perdu dans le coton.
À une époque où tant de jeunes barytons — Konstantin Krimmel, Huw Montague Rendall, André Schuen, Samuel Hasselhorn — et de jeunes ténors — Julian Prégardien, Maximilian Schmitt, Patrick Grahl, Mauro Peter, Daniel Behle — s'emparent du répertoire schubertien et lui rendent toute sa fraîcheur, cette tentative de diversification, faute de moyens, manque sa cible.
Baden-Baden, Festpielhaus, 13 juin 2026
Crédits photographiques : Wolfgang Wilde



