Et Satan conduit le bal...

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Bryn Terfel en Mephistohélès © ROH Bill Cooper

Faust de Gounod à Londres
Cela fait déjà dix ans que le Royal Opera présentait pour la première fois le Faust de Gounod mis en scène par David McVicar dans les décors de Charles Edwards et costumes de Brigitte Reiffenstuel. En 2004, c’était Antonio Pappano (devenu Sir Antonio Pappano !) qui dirigeait une distribution réunissant Angela Gheorghiu (Marguerite), Roberto Alagna (Faust), Bryn Terfel (Méphistophélès), Simon Keenlyside (Valentin) et Sophie Koch (Siébel). Pour la reprise de cette saison, Anna Netrebko était annoncée mais la diva russe a finalement décidé de ne pas ajouter le rôle de Marguerite (qu’elle devait aussi chanter à Vienne et Baden-Baden) à son répertoire puisque entretemps sa voix a considérablement évolué. Le spectacle, lui, reste une vraie fête vocale et la production de McVicar tient toujours le coup.
Ce n’est pas un Faust traditionnel. L’action est avancée vers 1870 avec les deux mondes qui ont tiraillé Gounod : théâtre et religion sont intégrés dans le décor. Marguerite est serveuse dans un cabaret. Méphistophélès semble être à la tête d’une troupe de saltimbanques. Il n’y a pas de jardin idyllique mais une rue au maisons grises. Mais, surprise !, il y a une Nuit de Walpurgis avec ballet et tutus blancs, pas classique du tout, un spectacle présenté par Méphistophélès… en grande robe de soirée. Le bon goût s'éloigne parfois mais le spectacle marche, laisse assez de place aux épanchements lyriques et accroche, avec son excellente distribution.Une fois de plus, le grand baryton gallois Bryn Terfel est un Méphistiphélès impressionnant : esprit du mal et grand seigneur à la voix de bronze avec une claire projection du texte dans un français impeccable et une interprétation nuancée et captivante. Joseph Calleja chante Faust d'un ténor souple et ensoleillé qui s’épanouit sans peine dans le registre aigu et beaucoup de style. On peut croire à son Faust juvénile et ardent. C’est finalement Sonya Yoncheva qui a repris le rôle de Marguerite : voix de soprano ample et homogène aux couleurs chaudes et interprète engagée et expressive. Détail piquant : Yoncheva devait faire Marguerite dans la nouvelle production de Faust le mois prochain à Amsterdam, mais elle a annulé parce que le rôle ne lui convenait plus ! Simon Keenlyside répéte son Valentin solide et sobre chanté de façon exemplaire. Bonne prestations aussi de Renata Pokupic (Siébel gauche et touchant) et de Diana Montague (Dame Marthe mure mais séduisante) aux voix souples et contrastées et de Jihoon Kim (Wagner) . Les chœurs sont vigoureusement et participent activement à l’action. Maurizio Benini conduit l’orchestre du Royal Opera d'une main ferme mais souple et parvient à donner de l’élan au spectacle tout en ménageant les moments intimes et poétiques. Une belle soirée.
Erna Metdepenninghen
Londres, Covent Garden, le 4 Avril 2014

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