Ferveur italienne

Ottorino Respighi (1879-1936) : Lauda per la Natività del Signore. Francesco Paolo Frontini (1860-1939) : Canti religiosi del popolo siciliano (chants de Noël siciliens), arrangement d'Howard Arman. Giacomo Puccini (1858-1924) : Sogno d'oro, arrangement d'Howard Arman.Chen Reiss, soprano ; Eunkyung Shin, soprano ; Ruth Volpert, alto ; Andrew Lepri Meyer, ténor. Chor des Bayerischen Rundfunks. Münchner Rundfunkorchester. Howard Arman, direction. 2024. Notice en anglais et en allemand. 1 CD. 50'52. BR Klassik 900533.
Seule œuvre chorale sacrée d'Ottorino Respighi, Lauda per la Natività del Signore met en musique le mystère médiéval de la Nativité dû au poète franciscain Jacopone da Todi. Le dialogue des anges, des bergers et de la Vierge Marie révèle une facette du compositeur déjà entrevue dans La Belle au bois dormant et ses pièces de piano destinées aux bambini : une inspiration fraîche, délicieuse, sensible au merveilleux, qui rejoint son intérêt pour les musiques anciennes et, en particulier, pour le chant grégorien.
Cette inspiration se conjugue à une science de l'orchestration où les timbres, les contrastes d'effectifs et de tonalités dessinent un paysage aussi opulent et pittoresque que fervent. La ligne mélodique se déploie comme des phylactères auxquels répondent les entrelacs du trio de bassons, flûtes et hautbois (Gloria). Des sonorités pastorales se mêlent à des effets de foule bigarrés évoquant Turandot, voire Moussorgski. Les chœurs déferlent doucement en nappes de paix sous les pas de l'Ange (Eunkyung Shin), dont l'apparition se révèle aussi limpide que stratosphérique. Le Berger d'Andrew Lepri Meyer (ténor) et l'alto de Ruth Volpert (Marie) participent à cette harmonie à la fois charnelle et hors du temps.
L'hymne italien O Sanctissima, orchestré par le chef d'orchestre Howard Arman, met à nouveau les chœurs du Bayerischer Rundfunk à contribution. Ils se développent au rythme d'une respiration paisible, en volumes mouvants semblables à des nuages.
Les huit chants religieux populaires siciliens de Francesco Paolo Frontini témoignent de l'éclectisme de ce compositeur d'opéra vériste, passionné par le répertoire populaire et auteur d'une anthologie de vingt-deux mélodies pour voix et piano, Canti religiosi del popolo siciliano, publiée en 1938. Les nuances des différents dialectes raviront les connaisseurs tandis que, là encore, l'orchestration — deux bassons, hautbois, cor anglais, flûtes et piano — se montre légère et ingénieuse. La nascita del Bambino Gesù prend ainsi les accents d'une berceuse gorgée de tendresse. Les rythmes de danse délicatement balancés et la cornemuse instaurent un climat féerique.
La mélodie Sogno d'oro, qui inspirera Puccini pour le quatuor du deuxième acte de La Rondine, apporte une conclusion tour à tour sensible et hollywoodienne, illuminée par le galbe vocal et les aigus en lévitation de la soprano Chen Reiss.
Un enregistrement qui concilie cultures et époques dans le creuset italien : aussi beau et passionnant sur le plan musical qu'irréprochable sur le plan technique.
Son : 10 – Notice : 9 – Répertoire 10 - Interprétation : 10
Bénédicte Palaux Simonnet



