Flamboyance de la musique de chambre espagnole

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Enrique GRANADOS
(1867-1916)
Quintette avec piano op. 49
Joaquin TURINA
(1882-1949)
Quintette avec piano op. 1 - Calliope op. 93 n° 9
Javier PERIANES (piano) - Quatuor QUIROGA
2015-51' 20''-Texte de présentation en français, anglais, allemand et espagnol-Harmonia Mundi HMC 902226

Il y a exactement un siècle - le 24 mars 1916 - Granados tentait désespérément de sauver son épouse de la noyade après le torpillage, dans la Manche, du paquebot Sussex  par le sous-marin allemand UB-29 : ce fut en vain, ils périrent tous les deux. L'anniversaire du décès de l'illustre compositeur espagnol est dignement célébré par plusieurs enregistrements, dont, entre autres, une intégrale de la musique orchestrale entreprise par Naxos. Granados ne composa pas exclusivement pour le piano, on a tendance à l'oublier : ce magnifique Quintette op. 49 en est la preuve. Il n'était pas inconnu, non, en voici d'ailleurs la sixième version, à ma connaissance. "Je veux être à mon pays ce que Saint-Saëns et Brahms sont aux leurs" aurait affirmé Granados d'après un de ses biographes. On pense en effet par endroits à Saint-Saëns, et l'étrange mélopée venue d'ailleurs, qui ouvre l'"allegretto quasi andantino" central, évoque le début du mouvement lent du premier quatuor avec piano de son confrère français. Le joyeux allegro initial, aux thèmes bien profilés, avec ses vigoureux unissons et son fugato, tout comme le final, savamment construit en deux parties - largo, puis molto presto - ainsi que sa belle gradation conclusive évoquent encore la musique française, Chausson parfois, et Saint-Saëns à nouveau. Une prise de son aléatoire détruit à certains moments le charme de cette jolie partition : piano ou violon en retrait, bourdonnement déplaisant du violoncelle, déséquilibre piano-cordes, dommage. Heureusement, ce handicap apparaît moins dans le quintette de Turina. Celui-ci date de 1907. Le compositeur espagnol était  alors élève de la Schola Cantorum. Aucune couleur locale n'est donc à attendre dans cette oeuvre strictement d'Indyste, dont la "fugue lente" initiale sert de thème cyclique. L'écriture est maîtrisée, même si elle n'est pas encore très personnelle : c'est un opus 1.  Ce côté fort classique se retrouve par la suite, dans un "Animé"plaisant, puis un "Andante-Scherzo" entraînant, emmené par un piano volubile. Le finale, décontracté, plus concentré surtout, est sans doute le mouvement le plus original. Très varié, il débute par deux cadences (violon, puis alto), poursuit par un "assez vif" sur fond de pizzicati, pour terminer par une marche claire et éclatante. Le souvenir de Fauré plane souvent : son premier quintette est contemporain. En 1942, Turina compose un cycle dédié aux neuf muses, intitulé "Musas de Andalucia", pour soprano, quatuor à cordes et piano, chaque muse ayant sa propre nomenclature instrumentale. La dernière, Calliope, dédiée à Joaquin Rodrigo, pour quintette à clavier, est aussi sévère qu'envoûtante; ses lents accords au piano, soutenant un quatuor hiératique, curieusement, rappellent Satie. Cette page brève et fascinante clôt ce CD tout à fait remarquable, comme une prière inachevée.
Bruno Peeters

Son 7 - Livret 9 - Répertoire 9 - Interprétation 10

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