Investir dans l'Excellence, le souffle de la Corée

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Le XXIe siècle naissant est passionnant. Les nostalgiques parlent du passé, je parle des possibles. Les pôles financiers, créatifs sont passés à l' Orient. La musique classique aussi. Les salles et les expositions sont pleines de jeunes, les talents foisonnent.

L Europe musicale a tout inventé. Sa formidable expansion s'étend du Moyen Age à 2013 à Séoul. Quel succès! Personne aujourd'hui ne peut rêver pareille couverture marketing.
Nous savons que le système financier européen se meurt, que les caisses sont vides. Certains suggèrent un retour au protectionnisme, d'autres un redressement austère. Personne, hélas!, ne propose un nouveau deal. Ce manque d'imagination fera sans doute les beaux jours de la Chine, des pays déjà émergés dont la Corée, et signera la fin de la belle Europe qui ne sera plus qu'un terrain de jeux pour milliardaires en manque d'histoire et de culture.

Je vis en Corée depuis 4 ans.
Je dois beaucoup à la Belgique. L'enseignement y tient la route: j'ai été élu Rising Star, une chance incroyable pour un guitariste. Et un jour, j'ai quitté la Belgique parce que je ne pouvais plus y respirer.
La Corée est impressionnante. Elle cumule la force de travail, l'enthousiasme, et la fierté nationale suffisants pour passer en 50 ans du Produit Intérieur Brut du Bengladesh au statut de pays du G20. Un miracle économique et culturel. La compétition est rude, mais rares sont ceux qui restent sur le carreau.

Tout ici est privé. Pour accéder à la plus belle salle, il faut proposer un projet musical (soliste, orchestre,...). Une fois qu'il est accepté, c'est le producteur qui prend en charge tous les coûts. Comme il n'y a que 300 jours intéressants par an, la compétition est rude pour obtenir une date, d'autant que les musiciens européens y voient une terre de renouveau. Pour produire le Philharmonique d'Israël et Zubin Mehta, j'ai dû lever 800.000$. Quand mon partenaire (CMI, la famille de Chung Myung Whun) produit mes concerts, c'est la même chose. Les mauvaises langues diront qu'alors, la création est bridée par les finances. Ce n'est pas mon point de vue: il naît aujourd'hui des festivals de plus en plus pointus parce que le public est en recherche de choses neuves. Et si le producteur est bon, les sponsors et le public le suivent.

Pourquoi y a-t-il tant de musiciens coréens sur le marché aujourd'hui?
En Corée, la musique classique est partout. Pas par snobisme mais par réel amour de la musique. La Corée est un peuple qui chante, un peuple noceur. Work hard, party hard. Il n'est pas rare d'entendre Schubert dans le taxi ou les toilettes publiques des gares. Et il n y a guère de place pour l'à peu près. Or la musique classique ne tolère pas l'à peu près. Il faut travailler, beaucoup travailler. Oser aller vers la perfection. Oser réussir. L'éducation est importante, la Juilliard et les écoles allemandes sont remplies de Coréens. Toujours ce souci de perfection.
La culture est associée a une expansion des grands groupes. Psy et son Gagnam style sont le fruit d'un long travail. Il en va de même pour la musique classique. Si le musicien est reconnu, c'est le pays tout entier qui est reconnu et donc aussi ses produits. Samsung, LG, Hyundae etc...

La tragédie de l'Europe d'aujourd'hui, c'est qu'elle ne met pas les pieds dans l'histoire. Elle doit simplifier le rapport de l'argent à l'art. Le XIXe siècle n'est plus, '68 non plus. Les politiques voient à très court terme alors que les compagnies coréennes ont une vision sur le long terme d'un développement commercial. Une forme de nouvel impérialisme.

L'Europe doit prendre garde au retour de flamme. Elle a dominé l'histoire et créé un ressentiment. Elle doit repenser ses repères et valoriser la qualité. Je ne pense pas que la musique pop soit aussi rigoureuse que la musique classique. On ne peut pas assimiler la prestation d'un DJ à la production d'un opéra de Wagner. L'Europe doit remettre l'Art au centre de la question identitaire. L'Art de qualité. S'il faut raisonner en terme de marché pour que l'Europe culturelle survive, pourquoi pas? Il n y a pas de tabou.
Il faut valoriser la musique classique comme un produit soutenant l'économie et l'image exportatrice du pays. Raisonner en adulte autonome. Les chimères protectionnistes ne sont rien en face du géant chinois. Miser sur un tassement économique asiatique revient à aller sur un terrain de football en espérant que l'équipe adverse a la gueule de bois.
Seules la qualité, la valorisation artistique et historique permettront à l 'Europe de continuer a rayonner.
Hélas, je n'entends pas grand chose de la part des dirigeants. Vue d'ici, la politique culturelle franco-belge paraît naïve -voir niaise. C est pourtant la seule voie vers une Europe globalisée et énergisée. La seule pour combattre les intégrismes, favoriser le commerce, les échanges. Pour préserver la belle histoire européenne.

La Corée a pris la mesure de son tout petit espace de manoeuvre entre le géant chinois et le Japon. Elle mise sur ses talents et elle tente de réfléchir à la création d'un nouveau système: Yonsei University a mis en place une cellule de réflexion (à laquelle je participe) pour la création d une identité coréenne culturelle et financière forte. Capable de soutenir le rayonnement économique nécessaire.

Il est temps de créer un nouveau modèle économique et culturel.
Cela viendra peut-être d'Asie.

Denis Sung-ho Janssens

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