Ives, Berg et Webern réunis au disque

par Go Here

Charles Ives (1874-1954) : Sonate pour piano n°2, « Concord, Mass., 1840-60 »
Anton Webern (1883- 1945) : Variations pour piano, Op. 27

Alban Berg (1885-1935) : Sonate pour piano, Op. 1
Alexei Lubimov, piano
2015-DDD-61’12-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Zig-Zage Territoires-ZZT362Alexei Lubimov nous revient au disque avec un programme très original consacré à trois pièces de Ives, Berg et Webern enregistrées lors de concerts à Kreuth (1997) et Moscou (1999). Un pianiste qui aime aborder des pans du répertoire souvent négligés dont le panorama artistique est large. C’est ainsi qu’on le retrouve en compagnie de Yury Martynov pour l’œuvre de Carl Philipp Emanuel Bach ou en solo dans un enregistrement de quelques sonates de Beethoven exécutées sur un Erard de 1802. Et finalement, ce travail de recherches prend tout son sens au regard de présent enregistrement. La Sonate n°2 de Charles Ives est imaginée à partir de trois œuvres inachevées du compositeur (Orchard House Overture, Emerson Concerto et Hawthorne Concerto) dont la ville de Concord, Massachussets, forme le fil conducteur. Mais ce sont surtout les nombreuses allusions à certaines compositions de Beethoven, Brahms ou encore Bach qui marquent les esprits, en plus des thèmes et motifs populaires américains. Novatrice, la pièce de Ives propose à certains endroits des interventions ad libitum de flûte et d’alto. Pour l’enregistrement, seule la flûte est retenue. La Sonate de Berg, sorte d’œuvre « miniature », est éditée à comptes d’auteur en 1910. Sa particularité réside dans le fait qu’elle ne se compose que d’un seul mouvement, dont le professeur Schönberg aurait indiqué que tout y était dit. A travers un langage chromatique-postromantique dont les intervalles de demi-ton et de quarte juste et/ou augmentée régissent l’écriture au détriment d’accords parfaits, Berg offre ici l’une des premières œuvres d’envergure de la seconde Ecole de Vienne pour le piano. Les Variations Op. 27 de Webern concluent le programme. Composées entre octobre 1935 et septembre 1936, elles font suite à la disparition de Berg en décembre 1935. C’est très logiquement qu’on y retrouve l’image de Berg pour des variations qui « constituent à elle seules une apogée de l’art dodécaphonique wébernien ».
Si le programme peut faire peur, il ne faut pas hésiter à ouvrir les portes de ce monde si expressif et novateur à bien des niveaux dont l’opposition de la musique de la seconde école de Vienne à celle de Charles Ives permettra à l’auditeur de cerner facilement une multitude de caractéristiques expressives et musicales du 20ème siècle. Alexei Lubimov en offre une lecture énergique et engagée avec un jeu robuste et limpide. Il se trame dans cet enregistrement une volonté d’aller au bout des choses, de faire émerger la note qui surprendra. On y décèle aussi un jeu sensible dont les inflexions rythmiques répondent à la force éclatante des dissonances. Beau travail également sur l’atmosphère de chaque pièce où l’énergie n’est à aucun moment interrompue.
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 9

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