…TOUCHING THE MEMORY … Musiques pour piano et cordes

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Valentin SILVESTROV (1937) : Four Postludes, Moments of Poetry and Music, Three Postludes, Epitaph, Three Waltzes, Two Elegies, Moments of Memory II et III, Hymn – 2001. Bonus : Three Waltzes. Ensemble Musiques Nouvelles, dir. Jean-Paul Dessy; Alexei Lubimov, piano; Elise Gäbele, soprano; Valentin Silvestrov, piano (Bonus). DDD-2018 78’01-Livret anglais CD-Brillant Classics 95765.

Plusieurs compositeurs de la génération précédente ont opéré une volte-face esthétique un moment donné de leur production. C’est le cas, par exemple, du belge Karel Goeyvaerts, bien oublié aujourd’hui, mais c’est sans doute momentané : il resurgira inévitablement un jour. C’est aussi le cas du Russo-Ukrainien Valentin Sivestrov (né en 1937). A l’âge de 40 ans, un âge décisif pour beaucoup, il a changé son esthétique pour une musique plus consonante et minimale. Sa musique est depuis bien documentée sur le label exemplaire ECM New Series, aux côtés d’Arvo Pärt ou de Giya Kancheli. Il n’empêche que, ayant beaucoup composé, il reste beaucoup à découvrir. D’où l’intérêt de cet album de l’Ensemble Musiques Nouvelles dirigé par l’infatigable Jean-Paul Dessy. Il nous présente neuf pièces, plus Trois Valses en bonus, jouées par son compositeur. Aux côtés de Dessy, il y a le pianiste russe Alexei Lubimov, bien connu pour ses aventures musicales, toujours intéressantes, et la soprano Elise Gäbele pour la composition intitulée Moments of Poetry and Music.

Les moments de Silvestrov, un mot qui revient souvent dans ses titres, sont fugitifs et mettent en avant le travail sur le temps musical (d’où le titre générique …Touching the Memory…). Il a fallu du courage à ces compositeurs pour quitter une esthétique post-sérielle inévitable et obligatoire et oser une nouvelle consonance, caractérisée par une tonalité modle, c’est-à-dire sans les fonctions tonales (cycle de quintes, modulations …). Dans Quatre Postludes pour piano et cordes, les cordes prolongent les sonorités du piano, exactement comme un mélange piano/cordes sur un synthétiseur. Idem pour Moments of Poetry and Music, mais cette fois avec la voix en plus qui égrène les mots d’un poème de Paul Celan. La musique lente de Silvestrov continue avec Epitaph, toujours pour piano et cordes : les sons graves du piano contrastent et alternent avec les sons plus aigus des cordes. Les Trois valses op 54 sont trois miniatures, chacune dédiée à un des compositeurs de la trilogie viennoise du début du 20e siècle. Suivent Two Elegies, puis 6 pièces pour cordes, mais où le piano intervient aussi.

Une autre caractéristique de la “Nouvelle Consonance” est la fragmentation du discours, avec des arrêts à la fin des phrases. Il ne s’agit plus d’avancer à tout prix (l’obsession des professeurs de piano) mais de prendre le temps de faire entendre chaque son, chaque accord. A côté de cet album pour piano et cordes (omniprésentes), on écoutera avec plaisir Requiem for Larissa ou ses étonnantes Sacred Songs (deux albums ECM).

Dominique Lawalrée

Son : 10-Livret : 8-Répertoire : 9-Interprétation : 10

 

 

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