L’Achéron : violes, virginal et orgue pour le XVIIe siècle anglais 

par tomsk dating Idaho

A Consort’s Monument. Fantaisies, airs et danses d’Alfonso FERRABOSCO (ca 1575-1628), John WARD (1571-1638), William WHITE (1571- ca 1634), Thomas LUPO (1571- ca 1627), Richard DERING (ca 1580-1630), Giovanni COPERARIO (ca 1570/1580-1626), William LAWES (1602-1645), John JENKINS (1592-1678), Christopher SIMPSON (1610-1669) et Claudio MONTEVERDI (1567-1643). L’Achéron, direction François Joubert-Caillet. 2020. Livret en anglais, en français et en allemand. 66.40. Ricercar RIC 413.

Comme l’indique le site de L’Achéron fondé en 2009 par François Joubert-Caillet, le nom de l’ensemble rappelle le fleuve qu’Orphée franchit pour sauver Eurydice des Enfers et est symbolique d’un pont jeté entre deux mondes, le présent et le passé, la réalité et l’imaginaire.

A partir de 2012, comme l’explique le fondateur dans l’abondante notice du présent CD, s’est mis en place un instrumentarium et « un consort de six violes anglaises a été construit par Arnaud Giral sur la base d’une multitude de recherches et d’études musicologiques », que nous laisserons le soin au mélomane de découvrir par la lecture. Ces instruments, considérés par Joubert-Caillet comme « les plus authentiques qui soient et constituent une première mondiale » ont fait l’objet d’une gravure chez Ricercar en 2017, consacrée à Orlando Gibbons, Fancies for the viols. Cette fois, un virginal construit par Jean-François Brun, et un orgue qui est l’œuvre de Dominic Gwyn, avec des tuyaux en bois qui rappellent les petits instruments domestiques de l’époque, viennent s’ajouter aux six violes. Chaque facteur fournit de précieuses indications sur le virginal, puis sur l’orgue dans le livret à lire aussi avant audition.

Cette abondante et érudite documentation bienvenue est complétée par un texte de Jérôme Lejeune sur les compositeurs de ce Musick’s Monument, titre d’un ouvrage publié en 1676 à Londres par Thomas Mace (1612/13-1709). Trois parties occupent ce livre : la musique polyphonique anglaise, le luth (la plus importante) et la viole et la pratique musicale. L’enregistrement propose un éventail de pages de compositeurs qui sont « pour les plus anciens, les représentants de la tradition polyphonique du début du siècle, et, pour les plus récents, les derniers musiciens de l’entourage du roi Charles Ier, qui a été exécuté en 1649 ».

Pour les premiers, les liens avec l’Italie sont encore proches (Coperario, Lupo, Ferrabosco, Deering). A tel point que dans le programme figure un air de Monteverdi, extrait du Troisième Livre de madrigaux, Rimanti in pace, la pratique du madrigal étant liée à celle du consort of viols. Le contenu du CD est un ensemble de fantaisies, airs et danses, au nombre desquels ne figurent pas des noms plus connus comme ceux de Dowland, Byrd ou Gibbons (mais pour celui-ci, il y a déjà le disque de 2017), mais bien ceux de Ward ou White. Une dizaine de créateurs se partagent ainsi un panorama de dix-sept pièces accompagnées par les deux instruments cités (virginal ou orgue), avec lesquels la fusion est des plus évidentes et dont les sonorités se conjuguent avec charme et clarté à la souplesse des violes. Trois pages d’improvisations sont réservées aux deux instruments à clavier, ce qui permet de savourer comme il se doit la façon dont ils sonnent, la qualité de leurs timbres et le travail des luthiers. 

L’atmosphère générale de ce programme éclectique et représentatif entraîne l’auditeur au cœur d’un univers reconstitué, dans lequel la diversité de l’écriture et la couleur (que l’on se surprend souvent à mesurer comme si on la touchait du doigt) dominent une sensation qui relève autant de l’intimité de l’émotion que de la beauté plastique. Une très belle réussite pour L’Achéron dont il nous paraît utile de citer chaque membre ici présent : François Joubert-Caillet, bien sûr, mais aussi Andreas Linos, Marie-Suzanne de Loye, Aude-Marie Piloz, Amélie Chemin et Sarah van Oudenhove. Yoann Moulin est au virginal et Philippe Grisvard à l’orgue. Une nouvelle production, enregistrée avec soin en octobre 2019, en l’église Notre-Dame de Centeilles à Siran dans l’Hérault, à ajouter à toutes les merveilles que le label Ricercar, qui vient de fêter ses quarante ans, ne cesse de distiller avec un goût très sûr.  

Son : 10  Livret : 10  Répertoire : 9  Interprétation : 10

Jean Lacroix

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