L’Arménie éternelle

par gay dating vermont

My Armenia
Sergey KHACHATRYAN (violon), Lusine KHACHATRYAN (piano)
DDD–2015–79’ 39’’– Texte de présentation en français, anglais et arménien–Naïve V5414

ArmenieTigran HAMASYAN (° 1987)
Luys i Luso
Tigran HAMASYAN (piano et piano préparé), Yerevan State Chamber Choir, dir. : Harutyun TOPIKYAN
DDD–2015–76’ 05’’–Textes de présentation en anglais et en arménien–ECM 2447

Les commémorations du centenaire du génocide arménien ont été fort nombreuses tout au long de l’année 2015. C’est dans ce cadre que Sergey et Lusine Khachatryan ont enregistré les diverses pièces d’un disque écrites par cinq compositeurs arméniens de l’ère moderne. Le plus connu d’entre eux est, assurément, Aram Khatchatourian (1903-1978), dont le nom est à l’évidence fort proche de celui des deux interprètes. Amusante coïncidence, deux autres compositeurs portent ici des patronymes qu’on pourrait confondre, et d’autant plus qu’ils sont contemporains : Arno Babadjanian et Edouard Bagdasaryan, nés respectivement en 1921 et 1922, et décédés respectivement en 1983 et 1987. En revanche, leur musique ne se ressemble guère, le premier avec Six peintures pour piano seul où les couleurs sont à la fois multiples et chatoyantes, le second avec Rhapsodie et Nocturne, deux œuvres beaucoup plus intimistes. Le quatrième compositeur convoqué, Edouard Mirzoyan (1921-2012), appartient à la même génération que celle d’Arno Babadjanian et Edouard Bagdasaryan, quoique ses nombreuses œuvres plongent davantage dans les traditions folkloriques, comme en témoigne ici son Introduction et mouvement perpétuel, qui était au départ un concerto pour violon et orchestre et qui a été retravaillée plus tard pour violon et piano – une pièce que Sergey et Lusine Khachatryan exécutent avec une très belle maîtrise. Mais le compositeur le plus marquant et le plus symptomatique de la culture arménienne reste Komitas Vardaped, le nom religieux de Soghomon Soghomonian (1869-1935), à qui on doit d’importants travaux d’ethnologie musicale et qui est à l’Arménie ce que Béla Bartók est à la Hongrie ou George Enesco à la Roumanie. Il y a d’ailleurs une griffe Komitas (en général, on le désigne uniquement par ce nom), reconnaissable entre toutes. Même si certaines des pièces de Komitas retenues sur ce disque constituent des arrangements, il est bien difficile d’échapper à leur beauté. Une beauté simple, presque simpliste, et profondément émouvante.

Son 9 – Livret 7 – Répertoire 7 – Interprétation 9

Arrangements (au pluriel) : le terme s’applique sans réserve au travail du pianiste de jazz Tigran Hamasyan, puisqu’il a eu l’heureuse idée de reprendre une quinzaine de chants et d’airs extraits de la liturgie arménienne, ou spécialement écrits pour des offices religieux arméniens, et de les assortir d’une tonalité jazzique – de les reconfigurer avec son propre style. Le résultat est des plus saisissants et confère à cette musique sacrée parfois millénaire une sorte de vigueur, d’entrain, de dynamisme inattendue, au point même qu’on pourrait se demander si à l’avenir, il ne conviendrait pas de les interpréter toujours, et en toutes circonstances, de cette manière si originale. Passage obligé et auquel tout le monde s’attend désormais dès lors qu’il est question de musique arménienne, Tigran Hamasyan a arrangé cinq morceaux de Komitas, dont deux tirés de la Sainte messe arménienne, une de ses œuvres les plus caractéristiques, basées sur des mélodies datant du VIIe siècle. Un CD de choix.

Son 9 – Livret 7 – Répertoire 9 – Interprétation 10
Jean-Baptiste Baronian

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