Joyce DiDonato n'avait plus chanté à La Scala depuis La Donna del Lago, il y a quelques années. Aussi son récital fut-il accueilli par de véritables ovations. Elle commençait la seconde partie de la soirée par une scène de l'Otello de Rossini. Elle atteignait la fin si touchante et pianissimo de la prière de Desdémone lorsqu'une sonnerie de téléphone retentit soudain bruyamment. La Diva ne s'émut pas car elle était au bout de son air. Elle quitte la scène, tandis que le public l'ovationne, une ovation mêlée de "Vergogna!" (Honte!); un auditeur dans la salle a même crié : "si vous alliez téléphoner à la maison, ce serait mieux!", suscitant des bravos et des applaudissements encore plus nourris. La Diva américaine revint sur scène pour calmer les esprit en demandant simplement si c'était Rossini qui avait appelé pour savoir comment s'était passé l'aria. En italien, elle ajouta : "On dit que ce théâtre est plein de fantômes : grazie Gioachino !
Plus sympathique que Christian Zimmermann qui amputa son récital, également pour raison de sonnerie de téléphone !
DiDonato donna ensuite son premier rappel à la mémoire du chef d'orchestre italien Bruno Bartoletti, décédé le 8 Juin.
Le Bolshoï, suite... le danseur-étoile Nikolaï Tsiskaridze licencié
Nikolaï Tsiskaridze, l'un des artistes les plus connus du ballet russe, en conflit avec l'administration du théâtre dont il critiquait haut et fort la gestion et briguait lui-même le poste de direction, s'est vu refuser la prolongation de son contrat à la fin de ce mois, quelques mois après l'agression au vitriol de son directeur artistique, Sergeï Filine (voir notre Journal). Il fait partie de la compagnie depuis 1992 et y est également professeur, contrat qui n'est pas renouvelé non plus. "Persécution" a seulement commenté Nikolai Tsiskaridze.
Depuis le 17 janvier 2013, jour de l'agression au vitriol de l'ancien directeur artistique du Bolchoï, Sergeï Filine, une épée de Damoclès était suspendue au-dessus de la tête de Tsiskaridze: le directeur du théâtre, Anatoli Iksanov, l'avait alors ouvertement accusé d'être l'instigateur de l' agression qui, après dix-huit opérations, laisse la victime aveugle selon une déclaration ce lundi de son avocate, Me Stoukalina, au quotidien russe.
Celui que l'on surnomme "l'Ange noir du Bolchoï" a été à plusieurs reprises en conflit avec la direction et il critiquait les travaux de restauration herculéens entrepris dans le théâtre avec l'aide du gouvernement. A l'égard de la victime, Sergeï Filine, il tenait des propos très violents. En novembre dernier, au moment du renouvellement du contrat du directeur artistique, Tsiskaridze avait fait parvenir à Poutine une pétition proposant sa candidature à la tête de la compagnie.
Si les accusations à l'encontre de Tsiskaridze ont été levées avec l'arrestation d'un autre membre de la troupe, Pavel Dmitrichenko, le danseur-étoile avait néanmoins reçu deux blâmes de la part du Bolchoï. La raison ? Des interviews jugées diffamatoires à la BBC et à Izvestiya où il témoignait de la vie prétendument dissolue du Bolchoï (notamment de ses danseuses) et des rivalités politiques qui règnent dans les coulisses. Le 12 avril, l'accusé se défendait et portait plainte contre le Théâtre au Tribunal de la région de Tver, pour atteinte à la liberté d'opinion et d'expression. Une nouvelle audience doit avoir lieu le 2 juillet prochain.
Selon la loi, un troisième blâme aurait suffi à licencier ce danseur-étoile qui est dans son pays une star médiatique. Dans les faits, il n'a même pas fallu attendre que le danseur à la langue trop bien pendue fasse une nouvelle saillie publique, ni même la sentence du juge, pour le congédier.
Le caractère bien trempé de Nicolaï Tsiskaridze ne lui enlève pas son mérite aux yeux de ses admirateurs. Son licenciement trois jours après une interprétation très remarquée de Giselle suscite l'indignation de la blogosphère russe et des autres membres de la troupe. Anastasia Volochkova, danseuse experte en scandales congédiée du Bolchoï il y a quelques années, s'est exprimée à l'antenne de l' Echo de Moscou: «C'est une véritable chasse à l'homme. Personne ne pourra le remplacer dans la compagnie. Nikolaï est quelqu'un de courageux et d'honnête.» Une manifestation de soutien à «l'ange noir» est prévue à Moscou le 15 juin, les organisateurs demandant la réhabilitation immédiate du danseur au sein de la troupe.
Le mystère sur ce que l'on appelle désormais l'affaire du Bolchoï n'est pas totalement éclairci. Le bien-fondé de l'arrestation du danseur Pavel Dmitrichenko, accusé d'être le véritable commanditaire de l'agression de Filine, est aujourd'hui remis en question par certains membres de la troupe. Solidaire de ces derniers, le Bolchoï a en effet adressé au gouvernement une demande de poursuite de l'enquête. Dans une pétition, 300 membres du théâtre dénoncent une atteinte aux droits de l'Homme: les aveux auraient été arrachés à Dmitrichenko après 18 heures d'interrogatoire. «Nous tous qui connaissons Pavel personnellement depuis des années (...), nous sommes absolument sûrs que ses divergences avec Filine quant à la direction et la politique artistique du théâtre n'ont pas pu le conduire à des agissements criminels», lit-on dans la pétition qui circule aujourd'hui dans le théâtre. Même Tsiskaridze en personne a soutenu le suspect, s'avouant choqué et soutenant qu'«aucun danseur ne croit à son implication». Tous veulent croire à ce proverbe russe: «La loi est comme un guidon: elle va là où tu le tournes.»
Pourquoi les chinois aiment la musique classique occidentale?
Le Philadelphia Inquirer rapporte les propos de l'ancien ambassadeur Nicholas Platt: "Une des choses qui me frappe chez les Chinois, c'est que la plus grande part de la littérature, de la musique et de la philosophie, etc... est orientée vers la pratique et la solution des problèmes, la description des événements, ou la musique à programme avec des photos de la lune sur l'eau. C'est beau. Mais ce n'est pas très abstrait. Je pense que la musique classique a un certain attrait pour les Chinois en raison de son abstraction. Elle peut combler un trou dans leurs besoins. Il y a des explications plus simples. ils aiment les grandes choses -de grands immeubles, de grands ponts...- et la musique classique occidentale est grandiose ".
La presse allemande a relaté la découverte d'un manuscrit de Jean-Sébastien Bach vieux de 273 ans. Il s'agit d'une transcription de 1740 d’après Francesco Gasparini. Selon les musicologues, cette pièce au contrepoint complexe nous apprend beaucoup sur la dernière période de Bach. La pièce est pour 4 voix et quelques instruments et le manuscrit se trouve maintenant aux archives Bach de Leipzig.
Un pianiste ukrainien lauréat du Concours Van Cliburn
C'est un pianiste ukrainien, Vadym Kholodenko, qui a remporté le 14e Cliburn International Piano Competition à Fort Worth (Texas), quatre mois seulement après la mort du pianiste fondateur du concours. Le 2e prix est revenu à l'Italienne Beatrice Rana, 20 ans, et Sean Chen (USA, 24 ans) a terminé troisième.
Harmonia Mundi fête ses cinq années de collaboration avec le concours Van Cliburn en enregistrant les trois premiers lauréats de la session.
Les trois autres finalistes sont Fei-Fei Dong (Chine, 22 ans), Nikita Mndoyants (Russie, 24 ans) et Tomoki Sakata (Japon, 19 ans).
Le lauréat reçoit 50.000 dollars, un enregistrement live de ses performances au concours et un enregistrement en studio; les tenants des deuxième et troisième prix reçoivent 20.000 dollars et un enregistrement live de leurs performances au concours. Les trois autres reçoivent chacun 10.000 dollars, et les six finalistes reçoivent trois ans de gestion de concert.
Kholodenko, qui avait séduit le public dimanche avec le Concerto pour piano no 21 de Mozart a également remporté des prix pour la meilleure exécution de la partition contemporaine imposée et pour sa prestation en musique de chambre. Il a déjà remporté le concours international Schubert à Dortmund en 2012 et le Concours Musical International de Sendai en 2010. Il est assistant au Conservatoire de Moscou.
Beatrice Rana, qui a commencé à jouer du piano à l'âge de 4 ans, est diplômée du Conservatoire de Musique Nino Rota et étudie actuellement à la Hochschule für Musik, Theater und Medien de Hanovre. L'année dernière, elle a enregistré son premier CD d'œuvres de Scriabine et Chopin. Elle a remporté le Concours Musical International de Montréal en 2011 ainsi que les concours Muzio Clementi et Bang & Olufsen.
Chen, premier finaliste américain depuis le concours de 1997 a obtenu deux diplômes à la Juilliard School après avoir refusé des offres d'assistant à Harvard et au MIT. Il a remporté la deuxième place au Concours de Séoul en 2011 ainsi que d'autres prix. Chen étudie maintenant à la Yale School of Music.
Montserrat Caballé a reçu l'Ordre d'Honneur d'Arménie
Après avoir été déclarée "Persona non grata" en Azerbaïdjan (précédemment dans notre journal), la célèbre cantatrice espagnole a reçu, des mains du président arménien, Serge Sargsian, l'Ordre d'Honneur. Cet Ordre d'Honneur est décerné pour la défense des intérêts de l’État et de la République d'Arménie, pour les réalisations exceptionnelles dans la déclaration de l'indépendance, de la démocratie, ainsi que pour une contribution significative au renforcement de la paix entre les nations. Il y a quelques jours, Montserrat Caballé avait été déclarée persona non grata en Azerbaïdjan en raison du fait qu'elle avait visité le Haut-Karabakh, considéré par Bakou comme le territoire azerbaïdjanais occupé par l'Arménie.
Les Russes d'aujourd'hui semblent avoir oublié le rôle redoutable de Khrennikov à l'égard des Chostakovitch, Prokofiev ou encore Alfred Schnittke. A sa mort en 2007, Vladimir Poutine en fit l'éloge et le remercia pour ses bons et loyaux services, lui qui dès 1948, l'année même où les oeuvres de Chostakovitch et Prokofiev étaient accusées de "formalisme allant à l'encontre du réalisme socialiste", fut nommé par son compère Andrei Jdanov "Secrétaire Général de l'Union des Compositeurs Soviétiques", poste qu'il garda jusqu'à la fin de l'Union en 1991.
A l’occasion du 100e anniversaire de Tikhon Khrennikov, Valery Gerguiev donnera des concerts dans différentes villes de Russie dont Moscou, Saint-Pétersbourg et la patrie du compositeur, l’ancienne ville de Elets. Participent à ce mini-festival : les solistes et l'orchestre du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, l'orchestre « la Nouvelle Russie » et Vadim Repin. Par ailleurs, l'ensemble des symphonies et concertos de Khrennikov viennent de sortir en coffret chez Melodyia.
En consacrant une série de concerts à Tikhon Khrennikov, Valery Gerguiev rend hommage à la mémoire de l’homme à l'égard de qui il est reconnaissant pour son amitié et son soutien. Ils ont fait connaissance en 1977 à Berlin. Gergiev, alors âgé de 23 ans, avait gagné le Concours International des chefs d'orchestre Herbert Von Karajan. Aujourd'hui, Gergiev se souvient de la première rencontre avec Khrennikov : « J'étais jeune, sans titres, même sans ambitions, mais le pays m'a envoyé au concours à Berlin Ouest. Tikhon Nikolaévitch était membre du jury, il représentait l’immense tradition musicale, soviétique et multinationale. Il savait que quelques enfants de l’URSS y participaient. Le concours a commencé mais nous avons fait connaissance d'abord et nous nous sommes très vite liés d'amitié, bien qu’il soit un grand maître et moi un étudiant terminant ses études au conservatoire de Leningrad. Son amitié était pénétrée de chaleur (...). Le programme des concerts commémoratifs présente toutes les facettes de l'œuvre de Tikhon Khrennikov : la symphonie, le concerto de violon, les airs d'opéra, les suites de ballet, beaucoup de musiques de films grâce auxquelles Khrennikov était aimé par des millions de gens. Sa Chanson sur Moscou pour le film La Porchère et le berger, ses Adieux pour le film À dix heures du soir après la guerre, étaient chantés dans toute l'Union Soviétique. Le célèbre compositeur italien Nino Rota a dit un jour: « Il est dommage que Tikhon Khrennikov ne puisse pas travailler à l'ouest : Hollywood en ferait un millionnaire ».
Samedi 8 juin avait la Première du Prince Igor de Borodine réduit à 1h30 (au lieu de 4 heures) par le célèbre scénographe Iouri Lioubimov aujourd'hui âgé de 95 ans. La première avait été reportée de 6 mois suite à une maladie grave du metteur en scène. Lors des répétitions, on apprenait que le maître avait fait des coupes sombres dans la partition de Borodine, en en gardant essentiellement les solos et les airs les plus célèbres. Quant au sujet de l’opéra qui se rapporte à l’histoire russe du 12e siècle et traite de la lutte des princes russes contre les incursions des nomades, il a mis l'accent sur les moyens permettant d’arriver à la paix et de préserver la terre russe. « Tout le monde aspire à la paix mais les conflits, les assassinats et le terrorisme se portent toujours bien. Nous nous comportons donc contrairement à la volonté du Créateur », dit Lioubimov.
De nombreux musiciens estiment que Lioubimov avait parfaitement le droit de réaliser ces coupes dans la partition de Borodine. Après tout, ce chimiste bien connu se sentait toute sa vie « tiraillé » entre la science et la musique et a mis 18 ans à composer « Le Prince Igor », laissant sa partition inachevée. A sa mort, le point final a été mis à la partition par son ami Rimski-Korsakov. Quant à Lioubimov, il propose sa propre version, dit le directeur musical du Bolchoï Vassili Sinaïski : "C’est une version bien charpentée qui utilise la musique correspondant au concept retenu et supprime le reste. Je pense que l’opéra est devenu plus dynamique et les spectateurs ne vont pas s’ennuyer."
L’équipe du spectacle dont Zinovi Margoline, un des meilleurs scénographes russes, a tout fait pour mettre en oeuvre le plus fidèlement possible l’idée de Lioubimov : "Ce n’est pas un spectacle historique du point de vue des décors et des costumes mais il n’est pas ultra-moderne non plus. On peut seulement dire qu’il porte l’empreinte de Iouri Lioubimov. Le maître sait très bien ce qu’il fait parce que, malgré son grand âge, il a gardé toute la clarté de son esprit créateur." La décoratrice du spectacle Marina Danilova estime qu’elle avait pour tâche de « Passer sur un fil de rasoir entre le costume historique et moderne (...) Les costumes ne devaient pas être historiques, ni outrageusement russes. Ils ne devaient pas non plus ressembler à des vêtements contemporains. C’était une tâche compliquée mais je crois m’en être bien acquittée."
« Si j’avais jusqu’ici beacoup de sympathie pour Borodine, je lui voue maintenant un véritable amour », ajoute à son tour le chef d’orchestre Vassili Sinaïski à la veille de la première du spectacle.
La SNCF à l'exemple de Courtrai : le classique pour faire fuir les jeunes !
La musique classique ferait fuir les jeunes. La SNCF a testé la diffusion de musique classique dans certaines de ses gares dans le cadre d’une opération intitulée “Choisissez l’ambiance musicale de votre gare“. Le but avoué : "voyagez confort"; le but réel d’un tel programme : dissuader “ces groupes de personnes [qui] utilisent les gares comme des lieux de squat”, comme le fait la ville de Courtrai pour l'un de ses parcs depuis juillet dernier. Le résultat est sans appel : “Figurez-vous que ça marche ! Soumettre ces personnes à des airs auxquels elles ne sont pas habituées a le mérite de les faire fuir”, se félicite un responsable. Aussi, on trouve déjà la playlist composée de Chopin, Beethoven ou encore Mozart et Vivaldi en gare de Sartrouville (Yvelines), Mureaux (Yvelines) et Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).
Ces méthodes, expérimentées dans plusieurs autres pays comme aux Pays-Bas, aux États-Unis et en Australie, rappellent le tristement célèbre “Mosquito”, ce dispositif qui diffuse des sons à haute fréquence très désagréables que seules les jeunes paires d’oreilles peuvent entendre. L’utilisation de ce “boîtier anti-jeunes” a été interdite en France.
Selon un sondage de la Sacem réalisé en 2010, le classique est loin d’être la musique favorite des jeunes. Pas des 15-24 ans en tout cas. 45% d’entre eux plébiscitent le RnB, 42% la pop et le rock, 38% le rap, 28% les musiques électroniques et 26% la chanson française.
Montserrat Caballé "persona non grata" en Azerbaïdjan
Bakou a déclaré l'éminente soprano lyrique espagnole "persona non grata" après qu'elle eut visité la région séparatiste de Nagorno-Karabakh. Le 6 juin, l'ambassade d'Azerbaïdjan en Espagne a annoncé aux journalistes qu'une note spéciale demandant une explication. avait été envoyée au ministère espagnol des Affaires étrangères. Le 4 Juin, Caballe a visité le Haut-Karabakh et a rencontré les dirigeants séparatistes de cette région sécessionniste. Selon les responsables azerbaïdjanais, l'entourage de Caballe avaient été mis en garde contre les conséquences possibles de leur visite dans ce qu'ils appellent les «territoires occupés de l'Azerbaïdjan». Haut-Karabakh est une enclave en grande partie ethnique peuplée d'Arméniens et entourée par le territoire azerbaïdjanais. L'Arménie, qui contrôle les districts entourant le Haut-Karabakh, est en litige avec l'Azerbaïdjan depuis plus de deux décennies ; des années de pourparlers et une médiation internationale n'ont pas réussi à résoudre le conflit.