Les Fantaisies de Schubert/Liszt et Tchaïkovski tout en panache sous les doigts de Lukas Geniušas

par

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Fantaisie de concert pour piano et orchestre op. 56. Franz Schubert (1797-1828)/Franz Liszt (1811-1886) : Fantaisie « Wanderer » D 760 (S. 366). Lukas Geniušas, piano ; Sinfonieorchester St. Gallen, direction : Modestas Pitrėnas. Livret en anglais. 51'16. Alpha 1225

Ce pianiste russo-lituanien (russe par sa mère, lituanien par son père) est né à Moscou où il a fait ses études avant de remporter un Deuxième Prix aux Concours Chopin (2010) et Tchaïkovski (2015). Sa carrière discographique montre un goût résolu pour la découverte comme le montrent « Dissonances », un passionnant récital de mélodies et de chansons de Rachmaninov gravé en compagnie d'une irrésistible Asmik Grigorian ou encore une fascinante interprétation de la version originale (encore inédite) de la 1re sonate de Rachmaninov. Il investit aujourd'hui le répertoire assez rare des Fantaisies pour piano et orchestre.

La version orchestrée par Liszt de la « Wanderer Fantasy » demeure une œuvre assez rare au disque même si Alfred Brendel nous en a laissé une version péremptoire dès 1958. Dès l'attaque de l'« allegro con fuoco », Geniušas s'impose par la richesse des sonorités et le côté tranchant de ses accents là où il souligne le côté introspectif de l'adagio. Volontiers interrogatif, le finale fonctionne comme un pétulant jeu de questions-réponses. L'œuvre s'impose par son caractère inattendu, fort en effets de surprises que conforte la direction attentive de l'Orchestre symphonique de St-Gall sous la baguette de Modestas Pitrėnas.

La même complicité préside à leur lecture de la « Concert Fantasy » de Tchaïkovski et, ici, on effectue un voyage dans l'inconnu où le compositeur flirte avec la forme concertante en trois mouvements tout en développant des échappées libres proprement surprenantes et quasi improvisées pour la cadence. Dénommé « Quasi Rondo », le premier mouvement est un enchevêtrement d'une forme sonate et d'un rondeau qui pourrait introduire un concerto imaginaire dont le « Contrastes » du second mouvement pourrait concentrer la section lente et le finale. Il débute par un passage lent d'une douceur méditative conduisant à un beau dialogue avec le violoncelle et est ensuite bousculé par des rythmes de danse endiablés qui pourraient venir d'une suite imaginaire. C'est la force de Geniušas de cumuler une virtuosité insolente et une rare richesse de sonorités donnant ainsi à l'œuvre implicitement construite une sensation de liberté endiablée.

La « Concert Fantasy » déploie alors un panache indéniable qui la rapproche de celui, imparable, de la « Wanderer Fantasy » et le disque de Geniušas cesse de courir en tout sens pour réconcilier un sens de la forme et une inventivité presque improvisatrice. Une sacrée démonstration menée avec une folle liberté.

Son 8  Livret 7  Répertoire 10   Interprétation 9

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