Les huit saisons par Richard Galliano

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Ce lundi 27 mai, le Cercle Royal Gaulois de Bruxelles recevait l'accordéoniste français. Il a enflammé la salle des Caryatides, surtout quand a résonné la musique de son mentor, Astor Piazzolla.

Pour l'occasion, Galliano est venu défendre son dernier enregistrement paru chez Deutsche Grammophone et consacré à Vivaldi. Le musicien poursuit l'exploration de répertoire assez éloigné (quoique ?...) de son instrument après un autre CD consacré à Bach.
Il était accompagné ce lundi par l'orchestre de chambre HSCO. Cet ensemble fait partie de « Hulencourt Art Projet » et il a pour objectif de former des jeunes musiciens à l'orchestre en leur permettant de rencontrer des solistes de haut niveau. Ces jeunes musiciens proviennent de toute l'Europe et sont triés sur le volet par un examen d'entrée. De plus, l'organisation offre des bourses généreuses au musicien qui s'est particulièrement distingué pendant la saison pour lui donner les arguments afin de poursuivre sa formation au plus haut niveau.
Chaque pupitre était renforcé par les musiciens du quintette qui jouent habituellement avec Galliano : Jean-Marc Philips et Sébastien Surel (violon), Jean-Marc Apap (alto), Eric Levionnais (violoncelle) et Stéphane Logerot (contrebasse).
Richard Galliano est originaire de Cannes. Initié dès son plus jeune âge à l'accordéon par son père Lucien, l'adolescent de 14 ans se prend de passion pour le jazz et il s'étonne que son piano à bretelles, son instrument fétiche, y occupe une place dérisoire. Son parcours fulgurant le fait monter en flèche sur Paris où il croise la route de Claude Nougaro. Il devient son musicien, chef d'orchestre, arrangeur et même compositeur puisqu'il lui offre le célèbre Tango pour Claude basé sur la grille d'accords de Libertango. La deuxième rencontre capitale n'est autre que le bandonéoniste de Buenos Aires Astor Piazzolla. Il devient son mentor et lui fait remarquer que sa musique est beaucoup trop marquée par les standards américains (Coltrane, Evans...) Il l'encourage alors à puiser son inspiration dans ses origines françaises à savoir le musette. De cette manière, comme Piazzolla a inventé le « Tango Nuove », tango argentin marqué par les influences de Ravel, Stravinsky, Prokofiev et Nadia Boulanger, Galliano crée le « new musette » marqué par ses influences jazz ! Alors se poursuit son parcours formidable où il impose son style !
Ce lundi, Galliano décide de confronter les quatre saisons de Vivaldi à celles de Piazzolla. Il souhaite démontrer l'énergie commune qui est sous-jacente aux deux créations à l'esthétique si différente. Si les saisons de Vivaldi sont marquées par une certaine objectivité dans la volonté descriptive, celles de Piazzolla sont plus subjectives, visant surtout à dépeindre des atmosphères ressenties pendant les différentes saisons lorsqu'on se promène dans les rues de Buenos Aires.
Galliano joue en soliste-chef d'orchestre, debout devant l'orchestre. Pour un avis plus précis, je vous invite à consulter mes commentaires qui suivront bientôt à propos du CD consacré à Vivaldi. Mais Galliano joue avec virtuosité, énergie rythmique et une volonté de rafraîchir l'oeuvre en poussant ses tempi. Si c'est particulièrement convaincant dans les mouvements rapides, on déplore un second mouvement de l'hiver trop rapide. On en perd la douce sensation chaude du feu de bois dans les chaumières. Notons la prestation d'Eric Levionnais au violoncelle, excellent partenaire dans les duos avec le soliste !
Pour la deuxième partie de ce concert, Galliano impose son charisme dès le décompte de la primavera portena. Les premières notes sont conquérantes, l'accordéoniste s'éclate dans un univers qu'il maîtrise sur le bout des doigts. Et l'orchestre embraie ! Les jeunes musiciens du HSCO font preuve d'une grande réceptivité et d'une belle réactivité à toutes les intentions de Galliano. Il sont parfaitement coachés par les membres du quintette Galliano. Stéphane Logerot joue un rôle capital à la contrebasse. Il crève l'écran et semble tenir l'orchestre à lui tout seul.
Les saisons se déroulent avec brio, lyrisme bien dosé et rythmique infernale ! Le public a des fourmis dans les jambes et il fait tout à coup très chaud ! On en veut encore ! Richard Galliano revient avec une version solo et jazzy de Libertango à la virtuosité phénoménale. Enfin, c'est l'incontournable Oblivion, beau à pleurer, qui conclut ce concert !
Nous sommes debout, nous sommes à Buenos Aires !
Quand on joue de l'accordéon, on cultive une part d'Astor Piazzolla mais une part de Richard Galliano aussi !
Michel Lambert

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