Les Saisons berlinoises, trente ans après

par

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre Saisons, op. 8 nᵒˢ 1-4. Berliner Barock Solisten, Daishin Kashimoto, violon. 2025. Livret en anglais et allemand. 1 CD/SACD hybride Berliner Philharmoniker Recordings BPHR 260541

Il y a des disques qui bouclent une boucle. À la fin des années 1990, les Berliner Barock Solisten — fruit de la rencontre entre des musiciens du Philharmonique de Berlin et des figures du mouvement baroque — gravaient Les Quatre Saisons comme tout premier enregistrement, sous la houlette de Rainer Kussmaul. Près de trente ans plus tard, l'ensemble y revient avec Daishin Kashimoto, premier Konzertmeister du Philharmonique de Berlin et — le symbole ne doit rien au hasard — ancien élève de Kussmaul.

Le projet originel des Berliner Barock Solisten tenait en une formule : jouer la musique des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles sur instruments modernes, en s'appropriant les acquis de l'interprétation historiquement informée sans renoncer à une certaine plénitude sonore. C'est exactement ce que l'on retrouve ici. Le geste est vif, l'articulation soignée, les contrastes dynamiques marqués, mais la matière instrumentale conserve ce velouté, cette rondeur qui sont la marque de fabrique de l'ensemble. On est loin de l'âpreté revendiquée par certaines lectures « period » ; on est aussi très loin du Vivaldi confortable et lisse d'antan. Cette capacité à se tenir sur la crête, entre rigueur stylistique et générosité sonore, témoigne d'une réelle flexibilité des artistes, qui passent d'un registre à l'autre avec un naturel confondant.

Kashimoto aborde la partition en soliste racé, sans surenchère virtuose. Sa sonorité, ductile et lumineuse, épouse les climats successifs avec une intelligence de coloriste : l'orage de l'Été a du mordant, le mouvement lent de l'Hiver (ce célèbre Largo pizzicato) trouve une suspension délicate, et l'on apprécie l'entente de chambriste qui le lie à des musiciens qu'il côtoie au pupitre du Philharmonique. C'est sans doute là le véritable atout du disque.

Dans une discographie pléthorique — Les Quatre Saisons sont peut-être l'œuvre la plus rabâchée du répertoire, soumise à toutes les relectures et à tous les excès —, on n'attendait pas forcément une nouvelle gravure de plus. Et pourtant : ce qui frappe ici, ce n'est pas la quête de l'effet ou de l'originalité à tout prix, mais une force collective d'une qualité supérieure. La familiarité entre le soliste et l'ensemble se traduit par une respiration commune, une élasticité du discours qui ne se commande pas et qui place cette version, sans tapage, parmi les plus convaincantes de ces dernières années.

La prise de son SACD, ample et détaillée, rend justice à cet équilibre.

Son : 10 — Livret : 9,5 — Répertoire : 10 — Interprétation : 9

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