L'hommage discographique à Pierre Boulez, nonagénaire aujourd'hui

par

Les 90 ans de Pierre Boulez -né à Montbrison le 26 mars 1925- n'est pas passé inaperçu dans la vie musicale. Fêté un peu partout dans le monde, son état de santé ne lui permettait malheureusement plus d'honorer ces multiples invitations. Universal lui rend hommage en deux coffrets : tous deux sont consacrés à Boulez, chef d'orchestre.

Le premier, sous le label Deutsche Grammophon, est doté de 48 CD. Boulez à la tête de diverses phalanges dans le répertoire du 20e siècle où on sait qu'il opérait un choix drastique. Mais, très professionnel, le chef avoue lors d'une interview diriger les oeuvres qu'il admire peu ou prou, ou même pas du tout, comme autant de documents dans l'histoire de la musique. Ainsi en est-il par exemple de l'oeuvre de Bartok après son 2e Concerto pour violon, un compositeur à qui sont consacrés ici huit CD aux côtés des quatre autres compositeurs que Boulez considérait comme importants au 20e siècle : Webern, l'unité profonde de son oeuvre et la nouveauté de sa pensée, Schönberg, sa rigueur et son acuité, Berg et la complexité de son oeuvre, Stravinsky, son dynamisme vigoureux et sa faculté de contrôle. Pas le Stravinsky néoclassique, bien sûr. 3 CD sont consacrés à Anton Webern, 4 à Arnold Schönberg, 4 à Alban Berg et 6 à Igor Stravinsky. A leurs côtés, Messiaen, son Maître, (2 CD) plus « affectif » que René Leibowitz -dont il avait également suivi les cours- qui a ouvert la porte à plusieurs générations de compositeurs, Birtwistle (2 CD), Debussy, « le seul musicien français universel dans le 19e et le 20e siècle (2 CD), Ligeti (2 CD), Ravel, à l'ombre de Debussy qu'il apprécie pour le raffinement de l'écriture orchestrale, classique cependant (4 CD), Szymanowski (1 CD), Varèse, à l'opposé d'un Webern (1 CD), mais Boulez aime les confrontations. Saluons au passage le soin du livret reprenant le synopsis des oeuvres concernées par ce besoin.
Pierre Boulez – 20th Century- Textes de présentation en anglais, allemand, français -DG 00289 479 4261

Domaine MusicalLe second coffret, sous le label Accord-Universal, apporte 10 CD consacrés à Boulez à la tête du Domaine Musical qu'il avait fondé et animé avec militantisme durant douze années. Le texte du livret de présentation est de la plume de Claude Samuel qui rédéfinit clairement le travail et la « mission » de Boulez dans le Paris du début des années '50 et rappelle le travail de la Présidente de l'Association des Concerts du Domaine Musical, Suzanne Tézenas, amie des artistes, sans qui le projet n'aurait sans doute pu se développer de manière aussi féconde. C'est le 13 janvier 1954 qu'eut lieu le premier concert du Domaine Musical au Théâtre Marigny où était installée la Compagnie Renaud-Barrault dont Boulez était le directeur musical. Trois volets guidaient le bouillonnant défenseur de la musique de son temps : un « plan de référence » illustré par les ancêtres que furent Machaut, Dufay, Gesualdo, J.S. Bach ; un « plan de connaissance », autant de modèles pour la nouvelle école (Bartok élagué, un peu Stravinsky, Varèse, les trois compositeur de l'Ecole de Vienne avec une préférence pour Webern ; un « plan de recherche » intégrant les musiciens de sa génération, essentiellement disciples de Darmstadt -Nono, Stockhausen, Berio, Maderna, Pousseur, Kagel, Ligeti, Holliger, Bussoti, Boucourechliev, Barraqué- et la génération qui le suit, dont Gilbert Amy, reprenant le flambeau de Boulez au Domaine Musical. Bien sûr, on n'oubliait pas le Maître entre tous : Olivier Messaien. Le coffret est conçu avec autant de clarté que le livret qui l'accompagne, chaque CD étant consacré à un thème développé par le Domaine Musical, augmenté d'un entretien de Boulez avec Claude Samuel et la reprise du tout premier enregistrement du Marteau sans maître réalisé en 1956.
Le Domaine Musical – Boulez – 1956... 1967 – Textes de présentation en anglais et en français avec présentation de chaque oeuvre - Accord Universal 4811510.

Bernadette Beyne

Read Full Article

 

Les commentaires sont clos.