L’ONB enflamme la Salle Henry le Boeuf

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Richard Wagner : Ouverture de Tannhäuser – Die Mestersinger von Nürnberg
Paul Hindemith : Der Schwanendreher
Richard Strauss : Tod und Verklärung
Orchestre National de Belgique, Asher Fisch, direction – Antoine Tamestit, alto
Si l’ONB continue sur cette lancée, on peut s’attendre à une excellente saison car cette soirée fut prodigieuse! De l’extérieur, le programme pouvait en inquiéter plus d’un, à la fois par le choix massif mais aussi par la durée des œuvres. Le chef israélien Asher Fisch plaça l’ouverture de "Tannhäuser" en premier. La musique de Wagner, avec celle de Richard Strauss -dont en entendit "Tod und Verklärung"- est au cœur de la saison 2013-2014 dans le monde entier : bicentenaire de la naissance pour l'auteur de "Tristan", 150 ans pour Strauss. Grande maîtrise et assurance du chef dans l’ouverture. Tempo assez lent et passionnant. Les vents -principalement les cuivres- peuvent remplir l’espace dans n’importe quelle nuance de la plus douce à la plus forte. Les passages plus lyriques sont poignants sans être vulgaires. Grande émotion donc après cette ouverture dont le chef assure la direction d'une main, la gauche, celle du cœur. L’œuvre d’Hindemith, "Der Schwanendreherk", est un concerto pour alto et petit orchestre. Petit car il ne comporte finalement que des cordes basses (violoncelles et contrebasses), quelques vents, des timbales et une harpe soliste. Le chef dispose les cordes à droites tandis que la harpiste est juste derrière le soliste, Antoine Tamestit. Le soliste semble à l’aise dans cette partition qu’il garde sur scène. Le contact est bon entre orchestre et Tamestit mais c’est davantage dans la seconde partie qu’on le sent investi. Bonnes dynamiques dans la rythmique et un jeu souple qui contraste avec succès avec la patte sonore de cet orchestre de chambre rudement bien mené. Les parties plus joyeuses sont presque dansées par le soliste face à des passages plus sages qui offrent une légère ironie. En seconde partie de soirée, le poème symphonique op.24 de Strauss est donné avec tempérament. Le son est bien contrôlé par Fisch qui n’hésite pas à lever la main gauche pour calmer certaines sections instrumentales, même si la motivation est louable. Cette œuvre si profonde raconte avec émotion les dernières heures d’un homme qui se remémore sa vie. Les trois parties de l’œuvre (forme sonate ici) évoquent, par l’émergence de thèmes significatifs, les idéaux de l'homme : tristesse, joie, amour, passion. Sur un sujet philosophique donc (fidèle aux passions de l’époque), le chef saisit l’œuvre dans sa toute-puissance et à la fois dans les moindres précisions que l’on connaît. Tout est juste, de la précision des coups d’archets aux respirations des vents. L’auditeur est véritablement subjugué par cette lecture. Et le bouleversement atteindra son apogée dans "Die Meistersinger von Nürnberg", s’agissant bien sûr de la suite orchestrale. On y décèle une fraîcheur que l’on n’aperçoit pas toujours dans les autres grandes pages du compositeur. D’un lyrisme poignant parfois teinté d’humour, le chef israélien montre sa capacité à conduire les phrasés de cette grande musique. Aucune fausse note dans le choix des dynamiques, au contraire, de la pureté (enfin!) dans une musique que l’on qualifie souvent d’indigeste.
Une telle soirée ne laisse pas l'auditeur indifférent et l’invite à découvrir ces œuvres qui ont véritablement bouleversé le 19e siècle.«La musique commence là ou s’arrête le pouvoir des mots», disait Wagner. C’est ce que l’on garde du concert, de cette musique qui brasse nos émotions, nos sensations et notre histoire. Excellente prestation donc pour l’ONB qui offrira cette semaine un programme consacré à Tchaïkovski, une autre (belle) page de musique !

Ayrton Desimpelaere
Bozar, le 20 septembre 2013

 

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