L’Orchestre National de Lille, Aldo Ciccolini et Jean-Claude Casadesus, une merveille !

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Aldo Ciccolini lors de la remise du "Lifetime Achievement Award" ICMA 2013 à Milan © Nora Roitberg

Edouard Lalo, Le Roi d’Ys – Camille Saint-Saëns, Concerto pour piano et orchestre n°5, Nikolaï Rimski-Korsakov, Shéhérazade
Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, direction, Aldo Ciccolini, piano, Fernand Iacu, violon solo

L’Orchestre National de Lille ouvrait hier sa saison 2013-2014 au Nouveau Siècle, rénovée depuis quelques mois maintenant. A concert exceptionnel, invité exceptionnel. Aldo Ciccolini nous faisait l’honneur de sa présence sur scène dans le 5ème Concerto de Saint-Saëns. Evènement fort de la soirée, le pianiste âgé de 88 ans est arrivé sur scène, soutenu par un Jean-Claude Casadesus prévenant. Cette entrée éleva une émotion si touchante que le public offrit au maître un accueil des plus chaleureux. Peut-on se permettre de critiquer la prestation du pianiste italien ? Non. Entre la merveilleuse intégrale des Cinq Concertos avec l’Orchestre de Paris et Serge Baudo et l’exécution de ce soir, il n’y a qu’un pas. Bien sûr, quelques tempi sont plus modérés, mais la richesse des couleurs et le jeu si vif d’Aldo Ciccolini sont toujours réels et marquent les esprits. Ce maître, qui a suscité tant de vocations, continue par le biais de ces concerts à émerveiller les mélomanes et à inspirer les jeunes pianistes. Tant de pianistes ont tenté une approche de l’œuvre de Saint-Saëns, pas toujours réussie. Jean-Yves Thibaudet a enregistré deux des cinq Concerto, l’une des meilleures captations du 21e siècle. Choix logique vu que Ciccolini fut le professeur de Thibaudet au Conservatoire de Paris. Quant à l’orchestre, particulièrement en forme, il accompagne avec beaucoup de douceur le pianiste. Attentif, aucun pupitre ne le surpasse. Des couleurs de musique de chambre en découlent logiquement et le couple orchestre-piano se marie intelligemment. Casadesus dirige en prêtant énormément attention au pianiste. Sa battue, toujours aussi énergique, est précise et les contours mélodiques sont modelés avec réflexion. L’expérience des deux artistes, séparés d’à peine 10 ans ont vraiment fait de cet événement quelque chose de magique. Après de longues salves d’applaudissements, Ciccolini revient sur scène avec entrain, se libérant de sa canne et du chef. Visiblement touché par l’amour du public, il débute le Chant d’amour d’Elgar. Déjà exécutée lors de son dernier concert avec l’Orchestre de Paris où il interprétait le Quatrième Concerto, cette pièce touche le public, au point d’y voir quelques larmes chez certains. Envahie d’émotion, le public offre la première "standing ovation" au pianiste qui revient cette fois au pas de course jouer la cinquième Danse de Granados. Si la musique adoucit les mœurs, il est rassurant de voir qu’il existe des choses sur lesquelles la vieillesse et la mort n’ont pas d’emprise ou pouvoir.
Du côté symphonique, la soirée commença par le Roi d’Ys de Lalo. Après une introduction lente caractérisée par une maîtrise des plans sonores et des nuances piano, Casadesus propose une seconde partie mouvementée, contrôlée et énergique. Les cuivres excellent ce soir par leur justesse et leur puissance tandis que les cordes démontrent une parfaite capacité à suivre la direction musicale du chef. Le concert s’est conclut par une excellente interprétation de la suite symphonique de Rimsky Korsakov, Shéhérazade. Dès les premières mesures éclatantes des cuivres, l’auditeur est immergé au sein du récit oriental si populaire. Le violon solo de Fernand Iacu est délicat et déclame avec précision et sensualité les triolets de doubles-croches. Accompagné par une harpe douce et délicate, la cadence entraîne le second tutti où les cordes exécutent le thème principal. Le long crescendo qui en découle, captive l’auditeur et exalte son enthousiasme. Le premier tranquillo est léger, les clarinettes et les bassons jouant avec des dynamiques précises. Arrive enfin le solo tant attendu du violon, ardu, juste accompagné de quelques instruments. Les phrases musicales sont conduites avec maturité et lyrisme. Les accords déployés aux violoncelles, dont le soliste possède un son magnifique, aident Fernand Iacu à maintenir la pulsation. Le second mouvement reprend avec la même expressivité le solo de violon accompagné par la harpe. S’enchaîne alors l’andantino du basson, presque récité. De caractère plus populaire, Casadesus propose une lecture assez libre, sans rentrer dans la vulgarisation. Après un accelerando bien maîtrisé, le troisième mouvement nous emmène dans une structure plus souple où chaque phrase possède un lien avec tout ce qui l’entoure. Cohérence et harmonie. De nature animée, le dernier mouvement a démontré les grandes qualités des pupitres de l’ONL. Les percussions, très utilisées ici sont concentrées tandis que leur jeu est puissant. Après un long passage dans des nuances fortes, la suite se termine sur les dernières notes du violon solo et conclut une soirée extraordinaire.
L’Orchestre National de Lille débute sa saison avec succès. Cette première série de concerts, sans doute la plus touchante de la saison, entraînera d’autres belles programmations à suivre sans faute !

Ayrton Desimpelaere
Lille, Le Nouveau Siècle, le 7 octobre 2013

 

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